© Felipe Pelaquim

Une enquête révèle l’ampleur de la fraude aux streams

Le sujet sus­cite de nom­breux fan­tasmes. Mais qu’en est-il réelle­ment ? Le media Les Jours a pub­lié une enquête sur le phénomène de la fraude aux streams. Et ceux qui y ont recours ne sont pas for­cé­ment ceux que l’on croit.

Tout est affaire de chiffres. Le nou­veau par­a­digme du stream­ing entraîne une atten­tion accrue, voire démesurée, sur les chiffres d’écoute. For­cé­ment, la ten­ta­tion de les gon­fler se fait très grande. Mais qui y a réelle­ment recours ? Si l’on en croit les réseaux soci­aux, tout le monde : l’heure est à la sus­pi­cion per­ma­nente. Même Boo­ba y a mis son grain de sel, accu­sant Nin­ho de gon­fler ses ventes via des écoutes en Thaï­lande (le rappeur y est en tête d’é­coute sur Deez­er), ou provo­quant une polémique autour des écoutes du nou­v­el album de Vald en févri­er dernier. Chaque fois, Deez­er ou la SNEP lui ont don­né tort, et ont cer­ti­fié l’au­then­tic­ité de ces écoutes. Fin de l’histoire ?

Pour­tant, la fraude serait bel et bien une réal­ité. Et même impor­tante, si l’on en croit cette nou­velle enquête du jour­nal­iste Sophi­an Fanen pour le site Les Jours. Sa con­clu­sion est sans appel : la plu­part des artistes y auraient recours, et même les plus gros. Surtout les plus gros. “Plus per­son­ne ne fait rien sans faux streams” affirme un directeur de label resté anonyme. Pour Ludovic Pouil­ly, vice-président de Deez­er, “ça fait un an et demi que ça devient plus intense.” À la pointe sur la détec­tion des fraudes, la plate­forme estime à 7% le vol­ume d’écoutes fraud­uleuses. Mais celles-ci sont bien sûr ciblées : en ce qui con­cerne les nou­veautés les plus écoutées, l’enquête relaie des esti­ma­tions autour de 30% de fraude.

 

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Mais pourquoi un artiste réal­isant des mil­lions d’écoutes “naturelles” aurait recours aux fraudes ? L’enquête explique que cela per­met de se plac­er en tête des ventes. Plus qu’un boost d’ego, un tel place­ment engen­dre encore plus d’écoutes légitimes, notam­ment en se plaçant dans des playlists très écoutées. Ceci instau­re une sit­u­a­tion prob­lé­ma­tique pour les musi­ciens indépen­dants. Math­ieu Dassieu, cofon­da­teur du label Baco Records et prési­dent de la Félin, la Fédéra­tion des labels indépen­dants, explique ain­si à Sophi­an Fanen : “Quand on se pointe avec nos artistes dans les radios, on nous répond qu’on ne fait pas un mon­tant assez con­séquent de streams parce que les chiffres sont devenus inat­teignables sans tricher.”

L’enquête pointe ain­si les dif­férentes tech­niques util­isées pour gag­n­er sans trich­er. Cer­taines sont rel­a­tive­ment faciles à détecter, comme l’écoute mas­sive — ou “stream raid” — ou le vol de comptes (peut-être avez-vous déjà remar­qué des écoutes inhab­ituelles sur votre compte, sur­v­enues en pleine nuit). Plus retors, cer­taines entre­pris­es vont créer des tonnes de comptes apparem­ment authen­tiques, et payants (le stream d’un abon­né payant compte plus dans les écoutes). Plus dis­cret, donc plus cher, explique Fanen : “comptez entre 4 000 et 6 000 euros pour un mil­lion de streams de qual­ité sur une semaine” con­tre 2500 euros pour des sites plus vis­i­bles. Pouil­ly pré­cise : “Vu l’argent que ça peut génér­er, on est dans des organ­i­sa­tions presque crim­inelles qui bossent à plein temps et s’adaptent, qui ont les moyens d’agir sur de nom­breuses plate­formes en même temps”. Un véri­ta­ble polar, donc, qui s’achève presque comme tel : Fanen annonce déjà la suite de son enquête, à paraître dans les prochains jours, sur un cliffhang­er. Une autre aurait lieu “au sein même des playlists et elle est encore moins facile à com­bat­tre”. Sacré suspense.

Le reste de l’en­quête est à retrou­ver sur Les Jours (disponible par abonnement).

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