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Une nuit avec… Mr Giscard

Son pre­mier album en forme de jour­nal intime nous présente Mr Gis­card comme une sorte de los­er mag­nifique et destroy sur fond de house dégin­gandée. On peut appli­quer les mêmes qual­i­fi­cat­ifs à cette nuit agitée qui se déroule à ses tout débuts.

 

Cet article est issu du Tsugi 152 : Être artiste en 2022 avec Vald, Clara Luciani et Justice

 

21h: Ça se passe il y a cinq ou six ans. Je tra­vail­lais dans une agence intérim comme con­seiller con­sul­tant en recrute­ment. Un truc pas spé­ciale­ment glo­rieux. Après le boulot, mon pote vient me chercher à Cer­gy en bas du HLM de mes par­ents, où j’habitais à l’époque. Ma mère me demande où je vais, je lui dis que je vais vers ma destinée.

22h: On se gare rue Boy­er dans le XXe, un peu loin de notre objec­tif, La Bellevil­loise, mais c’est pour être sûr que les vig­iles ne nous repèrent pas. L’apéro peut com­mencer. His­toire de ne pas se ruin­er à l’intérieur, tout est dans le cof­fre. On sort des gob­elets en plas­tique et on com­mence à faire des mélanges de tous les fonds de bouteilles restant des soirées précédentes.

22h15: Un pote du 92 débar­que en courant. Il se cache vite dans la voiture. Il nous explique qu’il est venu en scoot­er, mais il a pris un sens inter­dit et les flics le cherchent. On le calme, on lui dit que s’ils débar­quent, on dira qu’il était avec nous depuis le début de la soirée. Mais finale­ment il se barre vite parce qu’il bosse tôt le lendemain.

23h: L’alcool aidant, je trou­ve le courage de faire écouter à mon pote mes pre­mières maque­ttes: “Pas per­son­nel” et OYAPOK. Il n’a aucune réac­tion, à part “je trou­ve ça trop bizarre de t’entendre chanter”. Il est trop choqué. Mais on écoute à fond et petit à petit, il se prend au truc. Vu que j’habite dans un HLM, je n’ai pas trop la pos­si­bil­ité de tester les mix­es dans les con­di­tions où on pousse le vol­ume au max.

23h15: Je vois une caillera dans un immeu­ble qui nous inter­pelle. Je baisse la vit­re de la voiture. J’imagine qu’il veut qu’on baisse le son. Mais non, il veut savoir ce que c’est parce qu’il trou­ve ça bien. On sym­pa­thise avec Bil­lal, c’est son nom. Il ne boit pas, mais il fume des gros joints. Et d’un coup, il nous sort un énorme pit­bull. Ça me fait trop peur j’ai l’impression qu’il est prêt à mor­dre tout ce qui passe. Mais on le caresse, c’est cool. J’ai du mal à
com­pren­dre com­ment un mec peut aimer ma musique, parce que je pars du principe que ma musique est nulle.

00h: Deux filles passent, elles vont à la soirée. Elles nous par­lent parce que le chien est quand même trop mignon. Elles finis­sent par pren­dre l’apéro avec nous. Et là, les nanas adorent “Pas per­son­nel”, mais elles n’arrivent à croire que c’est moi.

01h30: On entre à La Bellevil­loise où je voulais absol­u­ment aller, parce que c’est Lido qui pas­sait. Un demi-dieu pour moi.

01h45: Je retrou­ve une ex-coloc. Comme l’impression que nous sommes les deux seuls de la soirée à con­naître vrai­ment Lido.

02h: Je com­mence à être bien bour­ré, mais c’est dans le top 3 de mes meilleurs lives. Le mec a des drums, des syn­thés sur scène, il fait vrai­ment un show où je recon­nais toutes les chan­sons, mais il les a toutes remixées pour le live. Je me prends ça dans la gueule.

02h30: Une Améri­caine essaie d’attirer mon atten­tion en me touchant le cul et une des deux meufs de la voiture danse devant moi en atten­dant que je la branche.

02h45: Je ne veux rien rater du con­cert, donc plutôt que d’aller au fumoir, je fume une clope en extase devant ce que j’entends. Le moment parfait.

03h: Un gros videur arrive et me fout dehors.

 

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03h05: Je me retrou­ve devant La Bellevil­loise en train de louper ce con­cert de ouf. J’essaie de soudoy­er la sécu pour me faire ren­tr­er. Rien à faire. Je tente par une porte sur le côté. Mais vu mon taux d’alcool assez avancé, les gars me captent direct.

03h20: Ma coloc débar­que parce qu’elle ne me voy­ait plus. Elle est camer­ounaise, comme le boss de la sécu. On se fait pass­er pour un cou­ple, ils nous font une fleur en m’autorisant à revenir dans la salle.

04h: J’ai loupé des moments déments, mais on ter­mine le concert.

06h: Je com­mence à fatiguer au bar. La musique n’est plus si ouf. Je ne sais plus pourquoi je reste là. J’enchaîne les gin-tonic. Je capte des yeux qui me matent et je vois qu’il se passe un truc avec une nana.

06h15: Dehors, je la vois qui se dirige vers un Uber avec un mec. On s’échange un regard, genre “merde on aurait pu ren­tr­er ensem­ble”.

06h16: Je lui cours après. Je lui par­le. Le gars est déjà dans la voiture. Il pro­pose à la fille: “Alors tu viens à la Con­crete?” Elle répond non et elle claque la porte.

06h17: Je me retrou­ve avec cette fille mag­nifique qui est styl­iste. On part au Zor­ba à Belleville, un bar d’after.

06h18: Elle boit une vod­ka red­bull et moi un thé. J’arrive à me faire servir parce qu’elle con­naît le patron. Mais je me sens fébrile, et je descends piss­er aux chiottes pen­dant que la fille par­le avec une copine.

06h30: Je ne me sens pas bien. Malaise, je tombe. C’est la cuite de trop de la semaine. Je me relève tant bien que mal et je vom­is dans la cuvette des WC.

06h40: Je ressors comme si de rien n’était. Je me lave les mains et je remonte.

06h45: Une nana sous MDMA me drague, ce qui rend l’autre jalouse. Du coup elle me dit qu’on s’en va. La meuf habite à côté, donc on ren­tre chez elle. Voilà, une nuit de plus où je suis tombé amoureux.

 

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