Yuksek : “J’ai un caractère addictif, tant pour les clopes que pour la musique”

Pierre-Alexandre Bus­son aka Yuk­sek a 39 ans et vient de Reims. S’il écoute de tout, il se forge très vite un son bien à lui, au-dessus duquel il aime par­fois chanter. Il entame pro­gres­sive­ment une car­rière en 2002 sur le label Hyp­not­ic Music mais c’est le titre “Tonight” extrait de son pre­mier album Away From The Sea en 2009 qui le propulse sur le devant de la scène. S’en­suit une tournée, des EPs et un sec­ond album, Liv­ing On The Edge Of Time en 2011. Depuis, Yuk­sek a remixé une tripotée de morceaux, de Katy Per­ry à Goril­laz en pas­sant par Brigitte et Griefjoy et vient de sor­tir un nou­v­el EP, Sweet Addic­tion sur son label Par­ty Fine. Aujour­d’hui, le titre “Sweet Addic­tion” en fea­tur­ing avec Her s’ac­com­pa­gne d’un clip et pour l’oc­ca­sion, on a ren­con­tré cet artiste français poly­va­lent et passionné. 

Quel a été ton pre­mier con­tact avec la musique électronique ?

Un ami avec qui je fai­sais du skate avait fait une rave à Paris et il avait apporté une cas­sette enreg­istrée sur Radio FG je crois. C’était il y a très longtemps et il était déjà con­nec­té. Je me sou­viens juste que c’était de l’électro de rave, un peu ghet­to. Le pre­mier disque que j’ai acheté, je crois que c’é­tait De La Soul, son pre­mier album, 3 Feet High and Ris­ing

Com­ment était la scène rémoi­se quand tu as commencé ? 

Je viens de Reims et j’y habite tou­jours. A l’époque, il n’y avait rien ni per­son­ne là bas, ça a bien changé depuis. J’avais lancé un fes­ti­val, Elek­tric­i­ty, dans des lieux un peu recher­chés de la ville. On avait trou­vé des moyens pour un peu de finance­ment et j’ai pu faire venir des gars que j’aimais bien à l’époque, Ivan Smag­ghe, Scratch Mas­sive, cette scène française un peu déviante.

Tu as fais beau­coup de lives, tu préfères au DJ set ? 

En tant que Yuk­sek, j’ai com­mencé par faire du live en solo, avant même de sor­tir mon pre­mier album, Away From The Sea en 2009. C’est aus­si comme ça que je me suis fait con­naitre, seul avec mes machines. Je chan­tais un peu en plus donc c’était plus sym­pa en live. Et puis entre les deux albums, je me suis remis au DJ set, ce que je fai­sais au tout début et j’ai recom­mencé à y pren­dre du plaisir. Après Liv­ing On The Edge Of Time en 2011 et une nou­velle tournée, j’avais envie de quelque chose d’un peu plus étof­fé : j’avais une bat­teuse et un bassiste/claviériste pour m’accompagner. Au fur et à mesure, j’ai préféré le Djing et main­tenant je ne fais plus que ça. Enfin pas com­plète­ment, puisque je sors un album à la fin de l’année, donc une tournée live est en pré­pa­ra­tion sous une autre forme.

Tu as remixé beau­coup de titres. Qu’est ce qui te plaît le plus dans cet exercice ? 

C’est surtout le tra­vail des voix qui m’intéresse. Générale­ment et quand c’est pos­si­ble, je n’écoute que les voix, je demande à ce que ce soit les seules pistes qu’on m’envoie, pour ne pas écouter le morceau dans son inté­gral­ité. Après je recon­stru­is un titre sim­ple­ment à par­tir de l’a capel­la sans savoir quels étaient les accords à la base. C’est amu­sant. J’ai tou­jours con­sid­éré le remix plus comme un tra­vail de pro­duc­teur que de remixeur, comme si le morceau d’origine n’existait pas. Je remar­que que de cette manière, on est plus libres sans être jamais très loin de l’existant. Ca peut don­ner des vari­a­tions improb­a­bles et c’est ce qui me plaît. La petite anec­dote : quand j’ai remixé “Liz­to­ma­nia” de Phoenix, qui était quand même un tube quand c’est sor­ti, j’ai écouté les pistes et j’ai trou­vé ça bien mais je n’ai pas tout de suite vu le poten­tiel tubesque du titre. Ca laisse une marge d’erreur amusante.

Quel est ton remix préféré ? 

Générale­ment, c’est le dernier. J’aime bien celui de Keren Ann. Dans les plus vieux, juste­ment celui de Phoenix était bien et puis celui de Lana Del Rey est pas mal, assez dif­férent de ce que je fais.

Com­ment en es-tu arrivé à devenir producteur ? 

C’est plutôt un acci­dent, enfin des ren­con­tres qui amè­nent à ce genre d’activité. Côté pure­ment élec­tron­ique, il y a eu l’album des Birdy Nam Nam et puis celui de Juve­niles, plus proche de mon style. J’ai pro­duit beau­coup de choses mais les gens ne le savent pas for­cé­ment. Je l’ai fait un peu sur com­mande mais je ne veux plus le faire comme ça, je peux me per­me­t­tre de marcher au coup de cœur et c’est un luxe de pou­voir choisir de boss­er sur des musiques qui me plaisent. C’est aus­si pour ça que j’ai mon­té mon label, Par­ty Fine. En général je pro­duis les morceaux qu’on sort et là encore il n’est ques­tion que de plaisir.

Pour quelles autres raisons as-tu mon­té Par­ty Fine ? 

Pour sor­tir la musique que j’aime et pour réduire une tem­po­ral­ité que je trou­ve assez frus­trante aujourd’hui. Quand tu tra­vailles avec une major, c’est très long de sor­tir un disque. Avec un label indé et un petit dis­trib­u­teur, ça va beau­coup plus vite. J’avais en tout cas envie de faire ça depuis longtemps et je suis con­tent qu’il existe, même si c’est pour ne pas sor­tir des dis­ques à la pelle. Avoir une struc­ture dor­mante en quelque sorte, tou­jours disponible est un vrai plus. Je pense qu’il dur­era longtemps même si pen­dant une péri­ode, je n’y fais plus rien.

Il y a‑t-il quelque chose de prévu cette année ? 

On a sor­ti deux dis­ques récem­ment, celui de Week­end Affair et le dernier EP de Clarens. Mon album sor­ti­ra sur mon label aus­si. Un autre Week­end Affair, un maxi de Jean Tonique, une nou­velle com­pil, voilà tout ce qui est prévu d’ici la fin de l’année.

Il s’est passé cinq ans depuis ton dernier album, pourquoi ? 

Je n’avais pas for­cé­ment envie de recom­mencer tout de suite et puis je voulais me pencher sur d’autres choses. J’ai com­mencé plein de nou­veaux morceaux mais il n’y avait rien qui me sat­is­fai­sait au point de me con­va­in­cre de le sor­tir. C’est venu tout seul, ça a muri dans mes dis­ques durs. J’ai mon­té le label, j’ai fait des musiques de films et des choses pour le théâtre, je me suis un peu nour­ri de tout ça.

Par­lons de ton nou­v­el EP, Sweet Addic­tion. Il y a deux titres assez sim­i­laires, “Sweet Addic­tion” et “Switch Addic­tion”, pourquoi ? 

Switch Addic­tion”, c’est ma pre­mière démo du morceau qui est devenu “Sweet Addic­tion” avec un beat plus lourd et un côté moins reg­gae, plus old school. Mais elle me plai­sait beau­coup aus­si alors j’ai tenu à la met­tre dans le disque. Ce n’est pas moi qui ai écrit les paroles, c’est Her et ce qui est drôle c’est que ça colle bien, j’ai un car­ac­tère plutôt addic­tif, tant pour les clopes que pour la musique. Les gars de Her vient de Rennes. J’avais bossé avec Juve­niles sur leur album, eux-mêmes se con­nais­saient déjà. Je tra­vaille sou­vent avec des Ren­nais, sûre­ment parce que Jules (Juve­niles) en est aus­si orig­i­naire, il con­nait du monde là bas. Et Mon­i­ca, ça s’est fait de manière plus impromptue. J’avais écouté un de ses morceaux et j’avais adoré sa voix. Je l’ai con­tac­té, elle est super. Je suis allée la voir à Los Ange­les, elle est venue à Paris et c’é­tait lancé.

Ton nou­v­el EP est un peu dif­férent de ce que tu pro­po­sais aupar­a­vant. As-tu des nou­velles influences ? 

J’ai tou­jours écouté beau­coup de musiques dif­férentes, sans vrai­ment de lim­ites. Mais il y a des moments dans ta vie où un cer­tain type de musique va plus te mar­quer, on ne sait pas pourquoi. Depuis un an et demi, je suis dans un délire soul. Je pré­cise que l’on par­le de l’EP mais en vérité j’ai en tête l’album qui sort à la fin de l’année. Le disque est fini et c’est vrai qu’il y a quelque chose de plus soul. Sur l’EP, c’est plutôt des titres joyeux et fun mais il y a dans l’album des choses plus som­bres. Je n’avais jamais été trop nav­igué dans ces eaux-là et c’était vrai­ment bien. Ca ressem­ble un peu à un truc que j’ai sor­ti au tout début, inspiré de ce que j’aimais à l’époque, le label Out­put de Trevor Jack­son par exem­ple. C’est presque une boucle qui se boucle.

Aujour­d’hui, on décou­vre un nou­veau clip, “Sweet Addic­tion” en fea­tur­ing avec Her, extrait de l’EP. Tu peux nous en dire un peu plus ? 

J’ai tou­jours eu du mal avec les clips. Je trou­ve ça assez embê­tant et c’est dif­fi­cile d’en avoir un bien parce que le curseur entre la nar­ra­tion, l’esthétisme, que ça ne prenne pas le pas sur la musique sans être non plus trop illus­tratif, il est com­pliqué à plac­er. Pour celui ci, je voulais un univers sim­ple, donc le stu­dio puisque c’est là que je passe la plu­part de mon temps. On est par­ti sur un principe tech­nique de boucles, des gens qui sont coincés dans leur action. Des gens qui jouent, des gens qui passent, des gens qui enreg­istrent, et autour de tout ça un per­son­nage qui se promène et dont on se rend compte à la fin qu’il est lui aus­si dans une boucle qui est sim­ple­ment plus longue que celles des autres. C’est pas grand-chose mais c’est un principe un peu drôle.

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