Artwork de "Energy"

Album du mois : Disclosure

Chronique de l’al­bum Ener­gy de Dis­clo­sure par Gérôme Dar­mendrail, pub­liée dans le Tsu­gi 133 (sept 2020).

Art­work de “Ener­gy”

En 2014, Simon Rat­cliffe, moitié de Base­ment Jaxx, alors en pleine pro­mo­tion du cinquième album de son groupe, avait estimé que Dis­clo­sure était le digne héri­ti­er du duo lon­donien. Une com­para­i­son pas totale­ment infondée, mais qui pou­vait sem­bler exagérée et s’apparenter surtout à une ten­ta­tive de récupéra­tion de la part des Jaxx, alors en perte de vitesse. Le pre­mier album de Dis­clo­sure, Set­tle, venait de faire un car­ton pub­lic et cri­tique avec sa for­mule hybride entre house et UK garage, et Guy et Howard Lawrence, la fratrie à la tête de Dis­clo­sure, ne lui a jamais retourné le com­pli­ment, citant au gré des inter­views un large pan­el d’influences allant de Ste­vie Won­der à Zed Bias, en pas­sant par Michael Jack­son, Kate Bush, J Dil­la, Todd Edwards ou Joy Orbison.

Influ­ence incon­sciente ou non avouée, il sera en revanche dif­fi­cile de ne pas penser aux Base­ment Jaxx à l’écoute du troisième album de Dis­clo­sure, Ener­gy, dont la prox­im­ité saute aux oreilles dès le pre­mier morceau, « Watch Your Step », titre house agité et légère­ment débrail­lé, dont même le fea­tur­ing, une Kelis ramenée d’entre les limbes, paraît avoir été emprun­té à ses aînés. Si le reste du disque n’a pas for­cé­ment d’accents aus­si « jaxxiens », cette ouver­ture donne le ton d’un disque dont l’intitulé n’est pas une vaine promesse. Le duo anglais affirme qu’il l’aurait trou­vé au moment d’empaqueter son œuvre, comme une évi­dence par rap­port à son con­tenu, remuant, tran­chant avec son prédécesseur, l’oubliable et déjà oublié Cara­cal, sor­ti il y a cinq ans. Ce dernier n’avait pas échap­pé aux écueils du dif­fi­cile sec­ond album qui vient après un pre­mier album à suc­cès : abon­dance d’invités bank­ables et ten­ta­tive de se répéter, mais en plus pop. Les cri­tiques furent mit­igées, même si com­mer­ciale­ment ce fut loin d’être un échec.

Dis­clo­sure s’est depuis réori­en­té vers un son plus dance­floor, à tra­vers quelques max­is effi­caces et donc Ener­gy, qui s’inscrit dans cette même lignée. Une forme de retour aux fon­da­men­taux, de l’aveu de leurs auteurs, qui auraient, pour le con­cevoir, pro­duit plus de 200 morceaux en trois ans, n’en retenant au final que onze, dont deux inter­ludes. Du prêt-à-danser de qual­ité, faisant éta­lage de tout leur savoir-faire en la matière. « Douha », tube afro-house en puis­sance, rap­pelle ain­si le sin­gle « Ulti­ma­tum », sor­ti il y a deux ans, sur lequel Fatouma Diawara posait déjà sa voix. Autre tube évi­dent, « Ener­gy » résonne comme « When A Fire Starts To Burn », présent sur le pre­mier album, sam­plant une nou­velle fois un ser­mon du pas­teur améri­cain Eric Thomas pour l’apposer sur de fréné­tiques per­cus­sions. Quant à l’élégant « Who Knew ? », il ramène à l’héritage 2 step du duo. Dans la ver­sion deluxe de l’album, on retrou­ve d’ailleurs MJ Cole au remix d’un morceau (« Birth­day »). Mais comme sou­vent chez Dis­clo­sure, ce n’est pas parce que les références au passé sont pal­pa­bles qu’il n’en ressort pas une impres­sion­nante impres­sion de fraîcheur.

Artiste : Disclosure
Album : Energy
Label : PMR/Island/Universal
Date de sor­tie : 28/08/2020
Band­camp

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