Album du mois : Fuzz — II

Derrie?re ses airs de sur­feur cal­i­fornien a? la cool, Ty Segall est un homme presse?. Avec le plan de carrie?re le plus ban­cal au monde – con­sacr­er sa vie a? un sous-genre du rock’n’roll aus­si sauvage que cra­do, le petit prince du garage con­quiert chaque jour un peu plus le cœur des rockeurs du monde entier. Le garc?on est devenu l’incarnation d’une success-story comme seuls les E?tats-Unis savent en pro­duire. Sans avoir la moin­dre ide?e de la de?finition du mot avenir, cet auto­di­dacte a re?ussi a? bous­culer, gra?ce a? un de?vouement inde?fectible a? son art et une spontane?ite? extre?me, jusqu’a? la vieille garde de Rolling Stone et Rock&Folk tout en restant la coqueluche de l’underground. Com­ment ? Su?rement en lais­sant de co?te? tout inte?re?t pour la com­mu­ni­ca­tion et la pro­mo­tion – il n’a poste? que trois pho­tos sur Face­book en qua­tre ans, mais surtout, a? la fac?on d’un MC qui enchai?ne les mix­tapes, en tra­vail­lant d’arrache-pied et en sor­tant autant d’albums que pos­si­ble. Le pau­vre homme est telle­ment mono­ma­ni­aque qu’un seul groupe ne lui suf­fit pas. Il est oblige? de cumuler les pro­jets pour e?tancher sa soif de pro­duc­tion. En plus de sa carrie?re solo, de Gøg­gs et de Bro­ken Bats, le Cal­i­fornien a donc forme? Fuzz avec Char­lie Moothart de Ty Segall Band et Chad Ubovich de Meat­bod­ies. Cha­cun de ces groupes explore une dimen­sion diffe?rente de la sphe?re rock ; garage pour les deux pre­miers et punk pour le troisie?me. Fuzz sort claire­ment du lot en ren­dant hom­mage a? la mou­vance psyche?de?lique des 70’s. Comme son nom l’indique, cette for­ma­tion met a? l’honneur la ce?le?bre pe?dale d’effet, pierre angu­laire du mou­ve­ment garage et objet indis­pens­able pour tout ama­teur de riffs sauvages. A? la sor­tie de son pre­mier album en 2013, il e?tait de?ja? dif­fi­cile de ne pas penser a? Black Sab­bath, une influ­ence que Segall n’a jamais cache?e et qu’il exploite encore un peu plus sur II. Si les longues com­plaintes expe?rimentales de I nous avaient peu touche?s, II, en se con­cen­trant sur des me?lodies tanto?t rageuses, tanto?t pop, nous a comble?s. Si II e?tait sor­ti en 1971, il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui Fuzz en serait a? sa cinquie?me ref­or­ma­tion et a? sa douzie?me tourne?e d’adieux a? tra­vers les Zeniths du monde entier. Ce n’est heureuse­ment pas le cas. Il est tou­jours plus agre?able de voir ces rockeurs cass­er leurs gui­tares et hurler a? en vom­ir devant 500 per­son­nes dans des caves humides que dans des stades bonde?s de selfie-sticks et de places assises.

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