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Andrew Weatherall / ©Tom Mcshane
16 décembre 2020

Andrew Weatherall par David Holmes : « Il aimait aller vers le bizarre, le décalé, le dangereux. »

par Théo Poddevin

Le compositeur de BO de films (la trilogie Ocean, Logan Lucky…) et artiste électronique britannique, signataire notamment de quelques pépites sur Warp, Soma, Go! Beat ou encore Jockey Slut dans les années 90, David Holmes, a livré au journal anglais The Guardian ce samedi un témoignage sincère et touchant de sa relation avec la légende Andrew Weatherall. Nous vous en avons sélectionné quelques passages. Une bonne occasion de revenir sur le parcours d’un artiste qui va beaucoup manquer au monde de la musique.

« Il aimait aller vers le bizarre, le décalé, le dangereux. »

« Je commencerais par dire que mixer, remixer et produire ne faisaient que compter parmi les choses qu’Andrew faisait. Je l’ai toujours estimé comme une présence plus générale. Passer une journée avec Andrew, un joint et une tasse de thé était comme une expérience éducative. Je le quittais à chaque fois plein d’enthousiasme, prêt à l’attaque. Il ne pouvait pas s’empêcher de vous parler du disque qu’il venait d’entendre, du nouveau film qu’il venait de voir ou du nouveau livre qu’il venait de lire, parce qu’il voulait vous faire goûter ce qu’il venait d’expérimenter. Il n’était ni hautain ni prétentieux. Il voulait juste partager cet amour. »

Andrew Weatherhall_à Londres en 2001

Andrew Weatherhall à Londres en 2001 / © Paul Blackwood

« En 1990, je l’ai vu jouer dans un club à Londres. Il était déjà ce DJ brillant, mythique. Je me souviens trouver le courage d’aller le voir et lui dire : « Salut, je m’appelle David. J’habite à Belfast. Ça te dirait d’y venir et jouer dans mon club le Sugar Sweet ? » Il m’a répondu : « J’aimerai beaucoup venir à Belfast ! J’ai lu tellement de bouquins dessus. » Il est arrivé avec ses cheveux bouclés, ses bottes de moto, son pantalon de cuir et son chapeau breton. Il avait la classe. À l’époque, beaucoup de DJs ne venaient pas jusqu’à Belfast, et pour cause ! Je comprends. Mais Andrew était fasciné par la ville. Il aimait aller vers le bizarre, le décalé, le dangereux. Il adorait les marginaux. »

 

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« Andrew était respecté partout sur la planète. Il jouait de tout : des musiques de films au dub, du post-punk au disco obscur. Personne n’arrivait à les rassembler comme lui le faisait. C’était le maître de l’enchaînement : ce que tu vas jouer après. Il était constamment en train de chercher cette sensation que l’on ressent lorsque qu’on entend quelque chose de brillant pour la première fois et il prenait énormément de plaisir à regarder les gens sur le dancefloor car il savait qu’eux, l’entendaient pour la première fois. Je me souviens de lui expliquant que, lorsqu’il était jeune, il allait acheter cinq ou six disques, puis il avait envie de rentrer chez lui et de tous les écouter en même temps. Il savait exactement de quoi il parlait. »

« Il savait exactement de quoi il parlait. »

« Il a fait tellement d’albums avec tellement de gens, sous tellement de noms différents, des Asphodells aux Sabres of Paradise, mais ça sonnait toujours Weatherall. Il était le maître du temps et du minimalisme. Il laissait tout respirer. Il avait décidé que la production n’était pas le chemin à suivre – il détestait le mot « carrière » – qu’il souhaitait éradiquer. L’idée d’être dans la même pièce qu’un groupe de musicien et ne pas pouvoir s’exprimer librement n’était juste pas envisageable pour lui. Remixer était le format idéal pour lui. Lorsqu’il a produit Screamadelica de Primal Scream, ils lui ont juste donné les partitions, donc il s’est retrouvé à sculpter ce disque d’une façon qui pouvait marcher sur un dancefloor. Andrew n’a jamais été bon à recevoir des ordres. Le moindre signe de compromis et il s’en allait. »

 

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« Andrew était l’une des personnes les plus intelligentes que j’ai connu : naturellement brillant et très curieux. Comme il passait tellement de temps dans les avions, il était tout le temps en train de lire. Il dévorait l’information si rapidement et retenait tout. Il s’exprimait également très bien. J’ai essayé de l’encourager à écrire un livre. »

L’intégralité du texte est à lire ici.

Andrew Weatherall au Cabaret Voltaire pour We Are... Electric à Édimbourg le 9 Août 2006

Andrew Weatherall au Cabaret Voltaire pour We Are… Electric à Édimbourg le 9 Août 2006 / © Cabaret Voltaire

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