Flavien Berger au festival Lévitation 2018. Crédit : Jean-Marie Jagu

Angers démons à Levitation

Le week‐end dernier se déroulait la six­ième édi­tion du Lev­i­ta­tion France, fes­ti­val au ser­vice d’une cer­taine idée du rock que cer­tains décriraient comme “psy­chédélique”. Un terme un peu flou qui a le mérite de don­ner au fes­ti­val une iden­tité bien définie sans sac­ri­fi­er la diver­sité de sa pro­gram­ma­tion.

Deux salles, deux ambiances. Sur la grande scène du Lev­i­ta­tion France à Angers, Spir­i­tu­al­ized vient de ter­min­er son con­cert sur “Sail On Through”, une gra­cieuse bal­lade aux couleurs gospel si douce qu’elle entraî­na un câlin col­lec­tif dans le pub­lic. Quelques mètres plus loin, c’est le groupe post‐punk Rendez‐Vous qui vient de débouler pour clô­tur­er le fes­ti­val dans le bruit, le fra­cas et la sueur. Il est 1h30 et ce dernier con­traste vient sym­bol­is­er deux soirs de fes­tiv­ités qu’on imag­i­nait moins var­iées.

Racines d’Amérique

À l’origine, Lev­i­ta­tion est un fes­ti­val qui se déroule à Austin, Texas, sous la houlette du groupe de rock psy­chédélique The Black Angels afin de réu­nir sur une même affiche leurs frères de son. Depuis 2013, la mar­que s’est exportée à Angers dans le cadre du jume­lage entre Austin et la pré­fec­ture du Maine‐et‐Loire. Pas de tacos à Angers, mais une même idée, celle de pro­mou­voir l’héritage de groupes 60’s comme les 13th Floor Ele­va­tors, dont la chan­son “Lev­i­ta­tion” donne nom au fes­ti­val. D’ailleurs, la pre­mière chose que l’on remar­que à Lev­i­ta­tion sont les grands écrans : ici, pas de cap­ta­tion live des musi­ciens mais des pro­jec­tions de couleurs et des jeux de lumière pour, au choix, s’y per­dre ou fer­mer les yeux. Dans la lignée du style Black Angels, les Améri­cains de MIEN ont sor­ti la sitar à la joie des ama­teurs de rock cos­mique. Têtes d’affiche du ven­dre­di, The Bri­an Jon­estown Mas­sacre sont eux venus jouer leur rock garage lanci­nant avec une décon­trac­tion tout à fait con­tagieuse, joli­ment précédés par les séduisants tra­di­tion­nal­istes de La Luz, Holy Wave et The Blank Tapes. Jusque‐là, c’était Los Angers.

Florissage européen

Et puis finale­ment, la carte du monde psy­ché s’est dilatée comme une pupille sous LSD. Les Bor­de­lais de JC Satan ont lais­sé des cauchemars aux noc­turnes du ven­dre­di soir avec leur rock punk d’une bizarre mon­stru­osité. Le lende­main, le trio Sex­tile a mar­qué les esprits de leur new‐wave trib­ale avant que la musique élec­tron­ique vienne pos­er ses mich­es sur la Maine, envahissant sans dire bon­jour les deux salles du fes­ti­val via la tech­no som­bre d’Oktober Lieber, l’étonnante chan­son dig­i­tale de Flavien Berg­er et les qua­tre platines spon­sorisées par la NASA de Radar Men From The Moon. C’est donc déjà bien bous­culés men­tale­ment et physique­ment que nous sommes arrivés au bou­quet final, un par­fait dip­tyque entre le plus beau vieux du rock’n’roll anglais (Jason “Space­man” Pierce de Spir­i­tu­al­ized) et l’une des for­ma­tions les plus exci­tantes de la jeune vague parisi­enne (Rendez‐Vous). Deux salles, deux ambiances, comme on dis­ait. Mais un même plaisir de prof­iter d’un fes­ti­val à l’identité si forte.

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