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L'œuvre d'art en NFT mise aux enchères / ©Weirdcore, Aphex Twin
15 mars 2021

Aphex Twin a mis aux enchères une œuvre d’art en NFT. Mais c’est quoi au juste ?

par Antoine Barsacq

Alors qu’Aphex Twin a mis aux enchères une œuvre d’art numérique sous la forme d’un NFT unique (non-fungible token), on s’est demandé à quoi cette technologie issue de la blockchain pouvait bien servir dans la musique. On vous explique.

L’œuvre d’Aphex Twin et Weirdcore en question

L’enchère pour l’œuvre d’art d’Aphex Twin, co-réalisée avec l’artiste Weirdcore sous forme de NFT à un seul exemplaire, est actuellement à plus de 128 000 dollars. Nous-mêmes étions interloqués en voyant que le 10 mars, XLR8R lançait un marché de musique électronique dédié à ces tokens numériques, une technologie de la blockchain, la même qui fait fonctionner les cryptomonnaies. On l’avait également remarqué quand le 28 février, la chanteuse Grimes avait mis aux enchères des œuvres d’art numériques qui s’étaient envolées en moins de 20 minutes, pour la bagatelle de 5,8 millions de dollars. Ces œuvres prenaient elles aussi la forme de NFTs : des jetons non-fongibles. Mais qu’est-ce que c’est exactement ?

Un moyen supplémentaire pour rendre des collectionneurs fous ? Possible.

Pour simplifier, le NFT existe depuis 2017 et est comme une sorte de certificat numérique d’authenticité car un NFT est unique. Un fichier numérique, par nature, peut être aisément copié et distribué instantanément, il ne peut pas être rare. En achetant un NFT, l’acheteur a la preuve de sa propriété et de son origine, il sait qu’il n’a jamais été dupliqué et qu’il possède le seul exemplaire de tout le Web. Chaque jeton a ses propres identité, authenticité et traçabilité.

Aphex Twin

© Chris McCoy

Vous l’aurez compris, c’est le token, c’est-à dire-le contenant, qui est rare, pas l’œuvre contenue en elle-même. C’est exactement le même principe qui régit celui des copies de vinyles numérotées : un disque numéroté spécifique sera rare et aura de la valeur, pas l’œuvre contenue dessus. Ainsi, on avait déjà pu entendre parler des NFTs avec le buzz des CryptoKitties en 2017, qui n’ont aucune autre utilité que d’être collectionnés, à l’instar des stickers Panini. Un moyen supplémentaire pour rendre des collectionneurs fous ? Possible.

Cette technologie s’applique ainsi parfaitement au monde de la musique et de l’art en général. Les défenseurs des NFTs arguent que si la musique est vendue sous cette forme, il sera certain que le fichier vendu est authentique, en sachant qui en étaient le(s) propriétaire(s) précédent(s). Un autre avantage pour les artistes serait de gagner de l’argent en vendant leur musique directement aux fans, plutôt que de passer par les plateformes de streaming, peu rémunératrices. Surtout, certaines plateformes de NFTs garantissent que les artistes touchent une part sur la revente de leurs œuvres, ce qui n’est actuellement pas le cas sur Discogs, la plus grande plateforme de revente de musique.

Aphex Twin

NFTs et stickers Panini, même combat ?

 

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Les questions éthiques soulevées par ces nouveaux tokens sont multiples, notamment environnementales ; on estimerait l’impact environnemental d’un seul NFT équivalent à la consommation d’électricité d’un citoyen européen pour un mois, ou d’un vol de deux heures. On comprend alors pourquoi Richard D. James a déclaré qu’une partie de l’argent de la vente sera reversée à une association écologique. Aussi, pour l’instant vendus dans des ventes aux enchères, les NFTs orientent le monde de la musique vers un cas de figure similaire à celui de l’art moderne, où les tableaux deviennent parfois des objets de spéculation, sans même que la valeur artistique reste pertinente. La question de la valeur de l’art se pose, alors que ces fichiers de collection rendraient la musique inabordable pour les moins aisés, comme lorsque le Wu-Tang avait mis Once Upon a Time in Shaolin en vente à un seul exemplaire. Enfin, le traçage de la propriété des NFTs implique aussi de savoir si les comptes détenteurs pourront être identifiés, et cela pourrait aller à l’encontre du droit à la vie privée.

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