Crédit : Loll Willems

Arcade Fire : le feu à Fourvière

Avec le Théâtre de la Mer à Sète qui se jette lit­térale­ment dans la Méditer­ranée, le Théâtre Antique de Fourvière trô­nant au som­met de la colline du même nom, qui offre une vue spec­tac­u­laire sur Lyon, peut se tar­guer de faire par­tie des deux plus belles salles à ciel ouvert de France. C’est dans ce cadre majestueux, celui des Nuits de Fourvière, qu’ils avaient déjà vis­ité il y a pile dix ans, que les Américano-Canadiens d’Arcade Fire fai­saient étape après leur tri­om­phe du week-end dernier à Pri­mav­era, Barcelone. Avec dans leurs bagages l’annonce récente d’un nou­v­el album (sor­tie le 28 juil­let) et la paru­tion d’un pre­mier et con­va­in­cant sin­gle “Every­thing Now” (copro­duit par Thomas Ban­gal­ter quand même), la bande à Win But­ler et Régine Chas­sagne débar­quait au meilleur moment entre Rhône et Saône. La rumeur annonçait même une track­list com­por­tant sept ou huit inédits. Euh pas vrai­ment comme on va le con­stater.

À 22H17, une fois la nuit tombée sur qua­tre mille spec­ta­teurs aus­si excités que les drag­ons de Daen­erys Tar­garyen, Arcade Fire pou­vait pren­dre d’assaut les lieux au son d’un “Wake Up” de cir­con­stance, extrait de leur pre­mier Funer­al qui donne le ton à une sélec­tion à l’allure de best-of qua­si idéal (on aurait aimé enten­dre “Joan Of Arc”, mais bon…). À notre époque où les con­certs sont surtout syn­onymes de surenchère pyrotech­nique, his­toire de faire oubli­er la faib­lesse des presta­tions musi­cales, il est rafraîchissant de con­stater que les Cana­di­ens n’ont besoin d’aucun cache-misère, aus­si éblouis­sant soit-il, pour dop­er leur per­for­mance. Quelques écrans en fond de scène, des tubes de néons mul­ti­col­ores sur le devant et bas­ta. Les huit musi­ciens occu­pent suff­isam­ment l’espace dans une espèce de grand tin­ta­marre rock jouis­sif, à l’apparence bor­délique, mais au final très con­trôlé où la com­mu­ni­ca­tion est lim­itée à quelques mer­cis. Pas ques­tion de se dis­pers­er.

La réac­tion qua­si hys­térique du pub­lic sur “Every­thing Now”, vieux de même pas une semaine, invite à met­tre quelques billes sur sa pos­si­ble élé­va­tion en tube pop de l’été. “Crea­ture Com­fort”, le seul autre inédit placé en fin de set, donne envie de décou­vrir l’ensemble de ce cinquième album dont on sait qu’il com­portera treize titres. La rel­a­tive sur­prise du con­cert est de voir que ce sont les anciens Funer­al et The Sub­urbs qui se tail­lent la part du lion. Mais leur grav­ité som­bre et rageuse colle mieux à nos temps trou­blés que l’effervescence tour­bil­lon­nante de Reflek­tor, même si le titre homonyme fera se lever les gradins dans une poussée dis­coïsante. Pas la peine de se rasseoir. On est resté debout pour prof­iter du final mon­strueux tout en puis­sance avec “Neigh­bor­hood #3 (Pow­er Out)” enchaîné à “Rebel­lion (Lies)”. L’unique rap­pel au bout d’une heure cinquante de con­cert est offert à Regine Chas­sagne, mag­nifique sur le mélan­col­ique “In the Back­seat”, par­fait pour faire retomber la ten­sion d’une presta­tion ful­gu­rante et éner­gisante, à l’allure de check-up de la fusée Arcade Fire en atten­dant le décol­lage immi­nent vers un futur radieux. Mise à feu lors de leur prochain con­cert dans notre pays aux Eurock­éennes de Belfort ? Pos­si­ble.

Meilleur moment : l’alliance du lieu mag­ique avec un groupe charis­ma­tique. Et men­tion pour l’or­gan­i­sa­tion impec­ca­ble.

Pire moment : un son qui a mis longtemps à se régler.

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