©Mayli Sterkendries

✅ Artiste Tsugi à suivre : Marc Melià, prophète du Prophet

Marc Melià sort ce 15 octo­bre Veus, un sec­ond album en forme d’ex­plo­ration du plus sim­ple des instru­ments : la voix. 

D’o­rig­ine espag­nole, on peut aisé­ment con­sid­ér­er Marc Melià comme étant un petit génie du syn­thé. Et aujour­d’hui, avec la sor­tie de son deux­ième album, comme étant un petit génie de la musique tout court. En 2017, il nous présen­tait un pre­mier album sur le label de Gas­par Claus Les Dis­ques du Fes­ti­val Per­ma­nent, Music for Prophet, réal­isé unique­ment à l’aide de son syn­thé préféré, le Prophet‑5, donc. L’oc­ca­sion pour nous d’apercevoir tout le tal­ent du musi­cien pour la dis­ci­pline. Après avoir fait ses armes au sein du trio pop brux­el­lois Lone­ly Drifter Karen, auteur de trois albums sur le label belge Crammed Discs, puis, s’être lancé en solo, Flavien Berg­er l’a réqui­si­tion­né comme clav­iériste sur son album le plus abouti, Contre-Temps (2018).

Je voulais être à la fois David Bowie, Aphex Twin ou Björk. Au fond, je cher­chais prob­a­ble­ment à trou­ver ma pro­pre voix”.

Avec Veus, Melià passe au niveau supérieur et ne se fixe aucune lim­ite. L’artiste explore, déforme et joue avec le plus sim­ple des instru­ments : sa voix. Jusqu’à devenir, sur cer­tains morceaux, androïde. Mal­gré tout, il reste fidèle à ses pre­miers amours, avec de déli­cates mélodies pop réal­isées au syn­thé, mais aus­si un fea­tur­ing avec son acolyte Flavien Berg­er. Pour autant, le résul­tat se rap­proche davan­tage d’une œuvre réfléchie et aboutie que de la sim­ple expéri­men­ta­tion musi­cale. C’est là tout le tal­ent de Marc Melià. Il nous avait déjà impres­sion­né en sor­tant pour Tsu­gi une sub­lime ses­sion live à l’oc­ca­sion de la sor­tie de la com­pi­la­tion From Above Vol 2 du label de Chloé, Lumière Noire. Avec cet album, Marc Melià étonne encore en pro­posant un art qui s’af­fran­chit des bar­rières, et pour tout ça, nous avons l’hon­neur de lui décern­er sa carte du club très fer­mé des Artistes Tsu­gi à suivre.

Que voulais-tu accom­plir avec cette œuvre ?

Veus est un album qui se con­cen­tre sur la trans­for­ma­tion et la manip­u­la­tion de la voix. Mais de la voix en tant qu’instrument à tra­vers lequel nous pou­vons exprimer qui nous sommes, ce qui nous rend unique. Cette manip­u­la­tion part du principe qu’aujourd’hui nous avons les moyens d’adopter des iden­tités mul­ti­ples, de muter en un clic de souris. Je voulais être à la fois David Bowie, Aphex Twin ou Björk. Au fond, je cher­chais prob­a­ble­ment à trou­ver ma pro­pre voix via cette trans­for­ma­tion, comme nous la cher­chons tous.

Quel était le con­texte de pro­duc­tion de cette œuvre, que se passait-il dans ta vie, que vivais-tu à ce moment-là ?

Carte Marc Melià

Après mon pre­mier album Music for Prophet, com­posé avec un seul syn­thé, j’avais envie de faire quelque chose sans lim­ites auto-imposées. Peut-être que les lim­i­ta­tions peu­vent favoris­er la créa­tiv­ité… Mais avouons-le, les lim­ites sont tou­jours là aujourd’hui. Je ne pour­rai jamais avoir la voix de David Bowie ou jouer du clavier aus­si vite que Peter Bence. Et c’est au final posi­tif car cette manière de lim­iter ma créa­tiv­ité m’a per­mis de trou­ver ma voie.

Décris-nous un peu le proces­sus créatif util­isé sur ce disque et en quoi est-il dif­férent du reste de tes œuvres ?

Nous avons com­mencé l’enregistrement dans ce mag­nifique stu­dio de Rodolphe Burg­er au milieu des Vos­ges, avec mes amis Roméo Poiri­er et Lou Rotzinger. Pen­dant une semaine nous avons bu du bon vin, nous nous sommes réchauf­fés devant la chem­inée et nous avons admiré l’incroyable paysage. Entre temps, nous avons aus­si façon­né ce qui, à la base, devait être un EP. Pan Euro­pean, mon label, m’a sug­géré de faire un album à par­tir de ces chan­sons. Le con­fine­ment de 2020 m’a per­mis de pass­er du temps dans mon stu­dio à Brux­elles, pour nour­rir et faire grandir ce petit bébé né en Alsace.

Si tu dois le décrire en quelques mots à tes par­ents, que dirais-tu ?

Ce sont mes par­ents, ils aimeront tou­jours incon­di­tion­nelle­ment ce que je fais. Même si leur fils sonne comme un robot quand il chante.

Marc Melià sera en con­cert le 5 novem­bre prochain à la Boule Noire (Paris 18e).

Melia

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