©David Boschet

Astropolis Hiver : s’il fallait mourir, ce serait à Brest

Mi-février se déroulait à Brest la 9e édi­tion hiver­nale du pre­mier fes­ti­val de musiques élec­tron­iques de France, Astrop­o­lis. Réc­it de cette aven­ture, qu’il va fal­loir remet­tre le 1er juil­let pour l’édi­tion d’été, dont les pre­miers noms vien­nent de tomber.

Pho­tos : Mar­got Dejeux, Evan Lun­ven, David Boschet

« Il est où l’after ? » Qu’il soit 4h en sor­tant de La Carène, ou 6h à la sor­tie de La Suite, hors de ques­tion d’ar­rêter de taper du pied si tôt sur le port de Brest. On ouvre les cof­fres de voitures, on branche les enceintes et on fait réson­ner la musique jusqu’à la gare. Le week-end dernier, pour la neu­vième édi­tion d’As­trop­o­lis Hiv­er, les fes­ti­va­liers et fes­ti­val­ières ont vain­cu la tem­pête Den­nis. Ils ont été 6 400 à fréquenter les dif­férents lieux du fes­ti­val, qui s’est déroulé du jeu­di au dimanche, à l’ex­trémité de la pointe bre­tonne.

Tout com­mence dès 16h, à Passerelle, le cen­tre d’art con­tem­po­rain du quarti­er Saint-Martin. Sous son immense ver­rière, ça fouille dans les bacs du tra­di­tion­nel Vinyl Mar­ket, ça dis­cute une bière à la main, ça s’in­stalle sur des poufs ou ça s’échauffe les jambes devant les pre­mières presta­tions. Le same­di, c’est l’artiste Antoine Gar­rec qui cap­tive le pub­lic chahutant de Passerelle. Le chanteur à syn­thé­tiseurs, orig­i­naire de la petite ville fin­istéri­enne de Pont-L’Abbé, présente un live scénique, ani­mé par les décors col­orés de la plas­ti­ci­enne Zoé Dubus. Une col­lab­o­ra­tion toute fraîche, jouée pour la deux­ième fois seule­ment, à l’oc­ca­sion d’As­trop­o­lis. Sur la musique inspirée de micro-cataclysmes sen­ti­men­taux du quo­ti­di­en, comme la dis­pari­tion de la cais­sière du Lidl ou l’at­tente d’un SMS, un cou­ple de danseurs évolue dans une étrange jun­gle urbaine. Un univers « un peu enfan­tin » qui s’al­lie par­faite­ment avec la poésie d’An­toine Gar­rec, oscil­lant entre mélodies roman­tiques, douceurs nar­ra­tives et envolées rageuses vis­cérales.

Antoine Gar­rec

À 22h, le palace des nuits élec­tro brestois­es (aka La Carène) ouvre ses portes. Après avoir sil­lon­né la ville depuis le jeu­di au volant du Cool bus, pour faire décou­vrir au jeune pub­lic ses syn­thés mod­u­laires, Mono­lithe Noir ouvre le grand bal élec­tron­ique du week-end. Pour cette pre­mière soirée, le Club de la Carène est immé­di­ate­ment retourné par l’én­ergie sur­voltée de Brac­co. À coup de beats sat­urés et de riffs de gui­tare, le duo parisien du label Le Turc mécanique réveille l’am­biance techno-rock-punk (et oui, tout ça d’un coup) du port de Brest, à tel point qu’avec un peu d’ef­fort, on peut vrai­ment se croire dans un bunker.

2h10, « à l’heure où les matelots dégueu­lent sous les étoiles », on se demande ce qu’il y a dans la tech­no de DJ Varso­vie pour que le Club de La Carène soit ain­si tran­scendé. Peut-être la fougue du com­pos­i­teur qui sait que ces nuits ne dureront pas éter­nelle­ment. « J’ai un prob­lème d’au­di­tion qui s’ag­grave. Je ne peux jouer que dans des con­di­tions très spé­ci­fiques. » Ce soir-là, ce n’est que la troisième fois, depuis la sor­tie de son pre­mier EP en 2017, qu’il accepte de jouer. « Habituelle­ment je mets mon nom sur l’af­fiche mais je reste au guichet. » Réveil­lant en cha­cun des sou­venirs qu’on tente d’ex­or­cis­er en sec­ouant la tête et en agi­tant le corps, la musique de DJ Varso­vie est à l’im­age de la mémoire industrialo-portuaire de Brest : vétuste mais sans cesse vécue. Avec le flot d’im­ages qu’il déverse à la minute, on devine que les émo­tions et les idées souf­flent aus­si fort dans son esprit, que la tem­pête sur la ville. Un amour des mots qui pour­rait pouss­er le pro­duc­teur hyper-actif à tro­quer, prochaine­ment, les beats tech­no con­tre un pro­jet de var­iété française. On ne vous en dit pas plus.

Brac­co

DJ Varso­vie

Same­di soir, entre les grooves fédéra­teurs de Folam­our et du très atten­du pio­nnier de l’acid house DJ Pierre, le set aux touch­es funky de la Lon­doni­enne Mox­ie est une belle décou­verte pour une grande par­tie du pub­lic. Après avoir célébré l’amour de la musique élec­tron­ique et dan­sé jusqu’à en faire vibr­er le port, il est temps pour lui de quit­ter La Carène. À la sor­tie, le défi est presque devenu une tra­di­tion : franchir les portes avec, sous le bras, un des fameux transats du hall. En équipe ou en solo, mais tou­jours dans un esprit bon enfant, les fes­ti­va­liers et fes­ti­val­ières rusent de strat­a­gèmes. « Eh eh toi, tu me laiss­es ça. » De justesse, le pro­gram­ma­teur Yan­nick Mar­tin rat­trape un clubbeur qui tente de fuir avec le pres­tigieux trophée. Le voleur, vêtu d’un peignoir bleu ciel, rebon­dit avec humour : « C’é­tait pour pren­dre un bain de soleil ».

 

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Le lende­main, le soleil n’a tou­jours pas mon­tré un ray­on que la nuit tombe à nou­veau. Pour com­bat­tre le blues du dimanche soir, l’équipe d’As­trop­o­lis pro­pose une ultime soirée, sous un nom devenu un véri­ta­ble cri de ral­liement de fin de fes­ti­val « MOURIR À BREST » ! C’est au port de plai­sance, vue sur la rade, que les sur­vivants et sur­vivantes se rassem­blent pour épuis­er les dernières éner­gies, étir­er le moment jusqu’au bout, partager et danser devant les machines déto­nantes de Ray­mond D. Barre ou sur la house revig­o­rante des mem­bres du col­lec­tif brestois La Sin­gerie.

S’il fal­lait danser et aimer jusqu’à en mourir, ce serait à Brest, bien évidem­ment, qu’on le ferait.

Folam­our

Mox­ie

DJ Pierre

Ray­mond D. Barre

DÔME, à La Suite

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