Coronavirus : depuis les clubs vides, les DJs chinois créent la “cloud rave”

Le 19 févri­er, le bilan de l’épidémie de coro­n­avirus dépas­sait les 2 000 morts et les 74 000 con­t­a­m­inés en Chine con­ti­nen­tale. Alors que la sit­u­a­tion incite au con­fine­ment, cer­tains acteurs du monde de la musique et du club­bing n’ont pas voulu que la fête s’ar­rête pour autant. Sur les réseaux soci­aux, la rave fait de la résis­tance avec cer­tains clubs chi­nois qui organ­isent des “cloud raves”, des DJ sets streamés en direct des boîtes désertées, pour les clubbeurs chez eux, en quar­an­taine, et finale­ment tout le pays.

Dif­fusés sur des plate­formes et réseaux soci­aux pop­u­laires en Chine (Tik­Tok, Kuaishou…), ces live streams per­me­t­tent non seule­ment à la pop­u­la­tion chi­noise de danser aux mêmes heures et sur les mêmes DJ sets qu’en club, mais aident égale­ment les étab­lisse­ments à faire ren­tr­er de l’ar­gent dans les caiss­es, générant des dons en jetons de la part des util­isa­teurs et autres inter­nautes. Cela va même jusqu’à la créa­tion de fes­ti­vals comme le Bed­room Online Cloud Music, à suiv­re en direct sur la plate­forme Bili­bili, et l’on peut même se deman­der si cela ne va pas devenir une ten­dance glob­ale et pérenne. Nous avons pu join­dre Yue Wang sur place à Pékin, témoin de ce phénomène qu’elle nous explique par email.

Pour les gros clubs, les gains générés par chaque stream dépassent ceux qui sont nor­male­ment générés sur place.”

Live stream du club One Third à Pékin

Déjà, com­ment allez-vous ? Quelle est l’am­biance générale en Chine et plus pré­cisé­ment là où vous vivez ?

Je vais bien. Je vis à Pékin et la sit­u­a­tion épidémique est tou­jours grave, en par­ti­c­uli­er dans la province de Hubei [où plus de 400 nou­veaux cas d’in­fec­tion au COVID-19 vien­nent d’être sig­nalés, ndr]. Dans les régions moins touchées, les gens ont du mal à rester opti­mistes.

Com­ment s’or­gan­isent ces live streams, sur quelles plate­formes ?

Ils sont dif­fusés depuis le compte des clubs chi­nois sur deux des plate­formes de vidéos cour­tes les plus pop­u­laires de Chine : 抖音 (Tik­Tok) et 快手 (Kuaishou). D’habi­tude, les clubs strea­ment le ven­dre­di et same­di jusqu’au petit matin, l’équiv­a­lent de leurs horaires nor­males. La pre­mière soirée a été dif­fusée par le club TAXX à Shang­hai qui lançait sa “Cloud dis­co” le 8 févri­er. Puis le One Third à Pékin suiv­it ain­si que beau­coup d’autres. Je ne sais pas exacte­ment com­bi­en mais ce qui est sûr, c’est qu’il y en a de plus en plus.

Sur une vidéo, j’ai pu voir le DJ porter un masque à l’in­térieur du club, devant un dance­floor totale­ment vide. Est-ce oblig­a­toire en Chine de porter le masque, y com­pris dans cette sit­u­a­tion ?

Non, c’est seule­ment par pré­cau­tion. Il y a d’autres mem­bres du staff dans le club qu’on ne peut pas voir.

Le Bed­room Online Cloud Music Fes­ti­val, à suiv­re en stream­ing depuis Bili­bili

N’est-ce pas dan­gereux pour le DJ qui se rend au club, sachant qu’il n’y aura per­son­ne ? Est-ce que le jeu en vaut la chan­delle ?

Il faudrait deman­der au DJ mais je pense que ça vaut le coup pour les clubs et les DJs quelque part, oui. D’après les sta­tis­tiques offi­cielles com­mu­niquées par le club TAXX, sur les qua­tre pre­mières heures du pre­mier stream, ils étaient plus de 71 000 à s’y être con­nec­tés en même temps, ce qui occu­pa le top de l’ap­pli­ca­tion et généra plus de 700 000 RMB [rén­mín­bì ou yuan, la mon­naie chi­noise, ce qui fait plus de 91 000€, ndr]. Le 9 févri­er, le club One Third lançait la “cloud rave” inti­t­ulée Dance Live sur Tik­Tok. De 21h à 2h, le compte enreg­is­trait un total de 1,213 mil­lions de vis­i­teurs et rece­vait env­i­ron 20 mil­lions de jetons Tik­Tok de la part des util­isa­teurs de l’ap­pli­ca­tion, équiv­a­lents à plus d’un mil­lion de RMB (env­i­ron 130 000€). Pour les gros clubs, les gains générés par chaque stream dépassent ceux qui sont nor­male­ment générés sur place.

Est-ce que les gens, chez eux, dans leur immeu­ble par exem­ple, s’or­gan­isent pour faire la fête dans un seul et même apparte­ment ?

Je n’en sais rien.

Est-ce le seul moyen de faire la fête en Chine aujour­d’hui ?

Je crois bien, oui.

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