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©David Boschet
30 juillet 2021

Astropolis : revivre à Brest, en attendant la rave

par Anaëlle Abasq

La dernière fois que nous avions écrit sur Astropolis, c’était en février 2020, pour l’édition hiver. À l’époque, la tempête Dennis qui ravageait Brest nous inquiétait plus que les prémices d’une pandémie s’apprêtant à nous couper toute source de fête et de culture. C’est peut-être à Astro Hiver que certain·e·s ont dansé pour la dernière fois en toute innocence, sans imaginer les longs mois lancinants qui nous attendaient… jusqu’à cet été. Car oui, en ce mois de juillet, la vie a repris, pour de vrai ! La saison des festivals est officiellement lancée, et à la pointe ouest, c’est Astropolis qui a ouvert le bal.

Les retrouvailles avec la sueur des voisin·e·s, la bière dans les cheveux et les lendemains où on tousse la poussière avalée la veille, ont été célébrées du 2 au 17 juillet, lors d’En attendant la rave, « une édition particulière d’Astropolis, puisque nous avons dû composer avec une situation très floue et des mesures sanitaires en perpétuelles évolution” explique Jessica Bert, responsable communication du festival.

La grande messe a commencé le vendredi 2 juillet, dans un site encore jamais exploité par le festival : le fort de Bertheaume, à Plougonvelin. Une fois sur place, on retrouve les ami·e·s, on sort du coffre des voitures de quoi improviser un apéro, on trinque, on allume des enceintes, on rit… Tout s’enchaîne dans un saisissant naturel, telle une chorégraphie qu’on n’aurait jamais cessé de répéter.
19h : le Fort ouvre ses portes pour laisser les 1 500 festivaliers et festivalières prendre place dans l’amphithéâtre à ciel ouvert, face à la mer. C’est dans ce cadre idyllique, au soleil couchant que Yann Tiersen s’apprête à inaugurer les grandes retrouvailles. Et qui de mieux que Lesneu pour amorcer cette belle soirée ? L’occasion pour le public de découvrir en live les deux derniers titres du groupe brestois : « Est-ce de ma faute » et “Amoureux de vous”. Une première pour Victor Gobbé qu’on n’avait encore jamais entendu chanter en français.
Si quelques gouttes de pluie viennent marquer l’entracte, les rayons de soleil irradient toujours le site lorsque le virtuose du piano monte sur scène. C’est ici, au bout du Finistère dans la mer d’Iroise, que Yann Tiersen présente l’avant-première de “Kerber”, son dernier album, à venir le 27 août, et définitivement le plus électro du compositeur ouessantin. Difficile d’ailleurs de résister au chant des machines… Plus le set évolue, plus l’énergie monte dans le public. Une personne finit par se lever, suivie par les 1 499 autres présentes. C’est ainsi que la foule finit debout, collée à la scène ! Et oui, Yann Tiersen, ça ne fait pas que pleurer, ça fait aussi danser.

 

Yann Tiersen au Fort de Bertheaume, vendredi 2 juillet ©David Boschet

Le dimanche, après avoir passé la journée de la veille en extérieur, sur la rade de Brest, à déconnecter sur les mixs de Lucie Antunes, de Tryphème, d’Aneth Penny et des résidentes du crew nantais Zone Rouge, Aasana et Lizzie, c’est aux Ateliers des Capucins, que le peuple d’Astropolis se retrouve. À lieu exceptionnel, live exceptionnel ! La légende de Détroit, Jeff Mills est présente sous les grandes nefs des anciens ateliers de l’Arsenal pour une performance rare, en collaboration avec le monument du jazz français : Jean-Philippe Dary. Entre free-jazz et soul branchée, le groove cosmique du duo portant le nom de The Paradox parvient à mettre tout le monde d’accord.
Le public se laisse ensuite envelopper par la musique onirique de Pantha du Prince. Le décor immersif nous plonge dans un univers organique où le compositeur allemand Hendrick Weber se retrouve à la tête d’un ensemble de percussions et d’instruments créés à partir de différentes sortes de bois. L’album ne s’intitule pas “Conference of Trees” pour rien…

The Paradox, aux Capucins, dimanche 4 juillet ©David Boschet

Difficile d’aller se coucher quand la soirée se déroule si bien. Surtout lorsqu’il n’est que minuit… Mais le réconfort se trouve dans la certitude que cette année, Astropolis ne dure pas qu’un week-end et se prolonge dans la semaine. Le mercredi midi par exemple, on apprécie de prendre sa pause déjeuner aux Capucins, devant un Chapelier Fou en live. Le jeudi soir, on se remet dans le bain en s’allongeant sous le Dôme de La Carène pour en prendre plein les oreilles (et les yeux) à travers une expérience sonore et visuelle en 360 degrés, orchestrée par les artistes Zadig x Kmyle x Daff, NZE NZE et Re.Kod x Florence Bioulac.

Immersion sous le Dôme de la Carène, jeudi 8 juillet, ©David Boschet

Et puis arrive le premier grand week-end. Le mythique château de Keroual est troqué par un Fort de Penfeld plus radieux et enivrant que jamais. Les vraies retrouvailles avec la vie qui nous avait tant manquée, c’était ce soir-là, le vendredi 9 juillet. “Ca fait du bien putain”, s’impose définitivement comme la phrase phare de la soirée, entendue dans toutes les bouches, de tous bords. Et qui dit grandes retrouvailles, insinue forcément Manu Le Malin. Impossible pour celui qui n’a manqué aucune édition du festival de ne pas soulever le public, déjà survolté par les prestations de Vanadis et de Zadig & Electric Rescue. Son set est un long-format empli de fougue. Le public, lui, est heureux et transpirant. Manu Le Malin aussi : “Ahhh, c’est la quatrième date que je fais en dix jours. Ce soir, ça y est, je suis détendu”.
À la sortie, deux amies clamant à tue-tête : “Vive les concerts à nouveau ! On a 21 ans, on a soif de soirées, de concerts et de bières!” se font gentiment raccompagner par une agent de sécurité. Celle-ci nous regarde avec un sourire complice avant de nous souffler : “Ils nous avaient manqué ces fêtards. ça fait plaisir de les retrouver, surtout dans une si bonne ambiance”.

Manu Le Malin au Fort de Penfeld, vendredi 9 juillet, ©David Boschet

Le lendemain, on remet le couvert. Même endroit, ambiance différente cependant. Ce samedi, Astropolis s’échappe de son carcan électronique pour une soirée rock et rafraîchissante, avec un public plus restreint. Devant les Parisiens de Hoorses, un Brestois, lunette de soleil sur le nez, lève sa pinte : “une reprise en douceur, ça fait du bien aussi”! Non loin de lui, une grande rousse qui semble montée sur des ressorts manifeste sa joie de se retrouver devant un concert, entourée de ses ami·e·s. “À Brest, on adore ce format “petit comité”. Les fidèles sont toujours là, et puis danser sans le masque, j’a-do-re” déclare-t-elle avec un grand sourire, en effectuant un tour sur elle-même.

Alors que l’excellent rock jubilatoire du couple canado-suisse Peter Kernel fait vibrer les murs du Fort, on s’assoit un moment avec les membres du groupe Gwendoline, programmés en clôture de soirée. “Ici, on se sent comme à la maison” confie Maelan. Il faut dire que la bande connaît bien la région. Groupe anti-héros de la scène indé rennaise, Maelan et ses acolytes ont déjà largement sillonné les scènes bretonnes avec leurs différents groupes respectifs (Bantam Lyons, Lesneu…). “Gwendoline, c’est un témoignage de notre loose perpétuelle. On raconte nos frustrations et notre décalage sur de la musique cold-wave rock”, explique Pierre le chanteur. “L’idée, c’est de donner l’impression aux gens, qu’ils écoutent quelqu’un au bar leur livrer ce qui lui passe par la tête” ajoute-t-il. “C’est de la poésie punk, mi premier degré, mi second degré” complète Maelan. À 1h de concert, le quatrième membre du groupe Mickaël arrive l’air légèrement paniqué : “Mais les gars, on n’a pas de set-list !”. Tout le monde réagit en riant : “Bah alors, t’es stressé ou quoi?” Une réponse à l’image de leur musique : décomplexée et assumée. Un style qui parle incontestablement au public brestois, à en juger par l’engouement de celui-ci lors du live. Les paroles sont clamées en chœur et résonnent tel un nouvel hymne au sein de Fortress : “Rendez-vous au PMU à 8h du matin/ Partir en retraite en mobylette avec tous les copains!”.
En attendant, c’est en navette que les festivaliers et festivalières rejoignent le centre avant de se disperser aux quatre coins de la ville, et prolonger la fête jusqu’aux aurores .

Gwendoline, au Fort de Penfeld, le samedi 10 juillet ©David Boshet

Retour dans la galaxie électro, pour le dernier week-end du festival “En attendant la rave”. Le samedi soir, le public navigue entre odes kraftwerkiennes et sonorités robotiques, grâce aux lives de la mystérieuse entité Dopplereffekt, initié par le légendaire Gerald Donald, du visionnaire et pionnier Anthony Rother, venu avec son set up monumental de machines et du prolifique producteur breton, maintenant exilé à Paris, Shelter.

 

Dopplereffekt au Fort de Penfled, vendredi 16 juillet @Morganographe

Samedi 17 juillet, closing en apothéose pour la dernière soirée au Fort de Penfeld. La danse est menée par deux étoiles montantes de la scène électronique, Marina Trench et Nicky Elisabeth, ainsi que par une jeune artiste brestoise Swooh, membre du collectif Elemento Records. Estevan et Julien, deux Guingampais, ont l’air charmé. “Le week-end dernier, c’était la première fois que nous venions à Astro. Après un an et demi sans fête, 1h15 de voiture, c’est le minimum que l’on puisse faire pour rendre hommage à la musique”, confie le premier. “D’ailleurs, on n’a pas hésité à refaire la route ce week-end. Et ce qui est sûr, c’est qu’on reviendra”, surenchérit le deuxième.

Nicky Elisabeth au Fort de Penfeld, samedi 17 juillet ©Morganographe

En février 2020, nous concluions le report d’Astropolis Hiver par ces mots : “S’il fallait danser et aimer jusqu’à en mourir, ce serait à Brest, bien évidemment, qu’on le ferait”. Aujourd’hui, en cet été 2021, nous avons bien envie d’écrire : Pour revivre, c’était à Brest, bien évidemment qu’il fallait être.

 

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