Crédit Photo : Edouard Nardon et Clement Pascal

Au Baccara”, la poésie électronique et contemplative d’Odezenne

N’ayons pas -ou plus?- peur de miser sur Odezenne. Pour les trois Bor­de­lais, la vie sem­ble être un jeu de cartes où il faut bluffer et sur­pren­dre, pour tou­jours se retrou­ver là où per­son­ne ne les attend. Après Dolziger St. 2 en 2015 et leurs tournées à la demande en 2016 sur les réseaux, le groupe con­tin­ue de trac­er les con­tours de sa sin­gu­lar­ité avec Au Bac­cara. “C’est un peu le jeu roi au Casi­no, où tu peux miser soit con­tre la banque soit pour toi et miser très gros, détaille Alix. On trou­vait l‘expression hyper jolie et ça représente une petite philoso­phie de vie”. Enregistrés sur ban­des au mythique stu­dio Konk de Lon­dres -notam­ment chéri par les Kinks- pour un son brut et authen­tique, les onze titres repoussent les lim­ites de leur créativité. Cela donne un disque qui fait s’entrechoquer les épo­ques : mod­erne mais réal­isé à l’ancienne, avec une poésie intem­porelle et des com­po­si­tions résol­u­ment élec­tron­iques.

Alix et Jacques aux paroles, Mat­tia au son. La recette reste inchangée pour ces amis de longue date (depuis vingt ans) qui ont écrit et com­posé chaque chan­son ensem­ble dans un stu­dio de Bor­deaux, à 500 m de la mai­son où ils habitent à trois. Ca déra­pait sou­vent en soirée, avec les potes qui débar­quent, sans que ça con­trarie leur élan créatif. Les textes et les mélodies de Au Bac­cara ont pris for­ment dans cette ébul­li­tion. L’album est à leur image : instinc­tif, fausse­ment foutraque et inten­sé­ment vivant. Après les cap­ti­vants ‘’Nucléaire’’ et ‘’Lost’’-accom­pa­g­nés par des clips aus­si sim­ple que mélancoliques‐ on retrou­ve la voix indo­lente de Jacques sur “Bébé”, un titre qui par­le de la tor­peur qui suit l’ivresse.“T’as les yeux trou­bles comme si t’avais deux vies”. Une instru mal­saine, pour un morceau obsédant — “une bande‐originale d’enjaillement” selon Alix‐ prêt à retourn­er les salles de France et de Navarre, tout comme ‘’BNP’’. On retrou­ve un peu de ten­dresse entre les tempêtes avec ‘’En L’’, ‘’James Blunt’’ ou ‘’Tony’’ : de doux refrains qui s’incrustent rapi­de­ment dans notre incon­scient. Un immense coup de cha­peau à ‘’Bon­nie’’, belle claque aux références évidentes aux atten­tats et à la vie qui doit suiv­re son cours : ‘’Le feu n’éveille pas les con­sciences’’ / ‘’N’écoute pas les cris, la chair ou la cen­dre’’… Fasci­nant.

A chaque nou­velle sor­tie, les trois gars d’Odezenne se mon­trent plus exigeants, tant dans les textes que dans les arrange­ments. Leur moteur? Tou­jours sor­tir de leur zone de con­fort et com­pos­er chaque disque comme si c’était le dernier. Ce qua­trième album est finale­ment très éclec­tique : puis­sant, con­tem­platif, fatal­iste et lyrique, mais aus­si plein de plaisir et d’espoir… Tout ça à la fois. Si Odezenne évolue en s’écartant pro­gres­sive­ment du rap et en se rap­prochant tou­jours plus de la chan­son, c’est pour mieux embrass­er les para­dox­es et vivre Au Bac­cara. En nav­iguant à vue entre des beats électroniques lanci­nants, l’émotion des paroles et la verve du quo­ti­di­en.

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