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12 juin 2020

Inter[re]view : Muddy Monk explore la beauté de la tristesse

par Manon Michel

Après avoir dévoilé le titre « Mylenium », Muddy Monk sort le 12 juin un nouvel album, Ultra Tape. Un ensemble de cinq titres composés à l’aide d’un Akai MG1214 – magnétophone à cassettes –, inspirés tout autant du parcours du serial killer Roberto Succo que du romantisme du quotidien.

https://open.spotify.com/album/5dnqKUHFMBeHcMQGXPpRXe

Aborder la beauté de la tristesse n’est pas toujours chose aisée. Loin de tomber dans la négativité, Muddy Monk nous dévoile dans son album Ultra Tape, sorti le 12 juin, sa vision des choses avec grâce et justesse. Durant cinq titres, composés à la manière d’une mixtape, l’artiste suisse questionne l’humain, l’amour, la religion ou encore le rejet.

Évoquant le fil rouge d’Ultra Tape, Guillaume Dietrich (de son vrai nom) affirme : « Je pense que ce qui lie ces morceaux est une sorte de désespérance. Qui n’est pas que négative car c’est aussi une acceptation de la vie dans sa réalité. Un peu le combat de l’homme contre sa condition. » De « Mylenium », « un hymne à l’amour qui s’abime avec le temps, et l’humain avec lui », le disque enchaîne sur « Tout ça », « inspiré par les quatrains d’Omar Khayyâm », « Tervenent », « un hommage à ceux qui ont décidé de s’en aller », « Magnolia », «une petite chanson  sur le combat d’un homme et d’une femme pour voir fleurir leurs espoirs et une jolie version d’eux-même » ou encore « Encore » un peu et l’abandon par les Dieux. « J’aime bien les morceaux comme celui-ci qui peuvent autant s’adresser à une femme qu’à une divinité », commente le musicien.

L’excitation de l’expérimentation

Un rapport au divin qu’il entretient depuis son enfance en Suisse. Son éveil musical passe par la musique écoutée par ses parents, « des goûts musicaux éclectiques mais toujours assez doux », de Simon and Garfunkel à Mickey Baker en passant par João Gilberto, Pierre Perret ou encore Laurent Voulzy. Le petit Guillaume intègre ensuite la chorale locale, où il découvre les traditions vocales chrétiennes fribourgeoises, et en retient aujourd’hui le côté mystique : « Bien que je ne sois d’aucune église, les chants traditionnels du pays de Fribourg, comme beaucoup d’autres, diffusent une émotion très spéciale, avec cette relation au divin. Et le fait de le chanter à plusieurs voix ajoute une vraie intensité. J’écoute encore beaucoup les morceaux de l’Abbée Bovet ou de l’Abbé Pierre Kaelin. » Néanmoins, il préfère rapidement l’expérimentation à l’apprentissage de partitions : « Je pense que c’est dans l’excitation que provoque l’expérimentation que j’ai trouvé l’envie et la force de persévérer. Enfant, je n’étais pas un exemple de volonté et de persévérance, mais dans le jeu et l’expérimentation j’avais une vraie endurance. J’ai toujours eu besoin de m’amuser dans ce que je faisais, sinon c’est comme si je ne vivais pas. »

« J’ai toujours eu besoin de m’amuser dans ce que je faisais, sinon c’est comme si je ne vivais pas. »

De la Suisse, son pays natal, Guillaume est passé à la Belgique, où il a conçu Ultra Tape durant deux ans depuis son studio bruxellois, alternant entre séances de sport, concerts et studio. Et cette fois-ci, le producteur a décidé de composer grâce à un nouvel outil : l’Akai MG1214, antédiluvien magnétophone à cassettes. Il en retirera le nom de l’album, au-delà d’une simple innovation de sa méthode créative. « Comme pas mal de producteurs, les acquisitions de matériel sont une nouvelle manière de concevoir la création. On en parlait l’autre jour avec mon ami de B77, c’est vraiment une nouvelle source d’inspiration à chaque fois, explique Muddy Monk. Ça redonne envie d’expérimenter. Le cerveau imagine de nouvelles solutions, ça peut vraiment être un moteur. Le MG est une de ces machines qui m’a donné envie. »

« Désespoir et poussées de vie »

Une méthode de création qui s’est offerte comme une réponse à son souhait de départ : faire un projet radical, brut et imparfait. Il raconte : « C’est une chose qui me manque à l’époque où tout le monde peut “sonner bien”. J’avais besoin de sortir de Longue Ride et je ne voulais surtout pas entrer dans le cercle vicieux de la recherche de l’album parfait. J’ai voulu éviter de faire un album lisse et bien produit comme Spotify en pond dix par semaines. Inconsciemment je crois que j’ai aussi voulu m’éloigner un peu d’une scène synth mielleuse, légère et rigolote qui fleurit un peu partout. » Un objectif qu’il estime réussi « malgré les kilos de doutes ». Quant à la différence avec son premier EP, le producteur commente : « Ultra Tape est plus agressif et plus tranchant. Il est aussi moins axé Synth-wave. »

En résulte une musique romantique, « dans le sens où elle parle de sensibilité, et de rêves ». Celui qui se dit le plus touché par « les morceaux extrêmement bruts voire fragiles, comme les œuvres de Daniel Johnston, ou Sean Nicholas Savage », détaille : « J’ai toujours été très ému par le contraste entre le désespoir et les quelques poussées de vie, de joie. Je pense que cette vision m’habite assez souvent. On la retrouve beaucoup dans les films de Kusturica ou dans “La vie aquatique” de Wes Anderson. » Pour Ultra Tape, Muddy Monk s’est notamment inspiré du parcours du serial killer Roberto Succo. « L’histoire de Succo m’a inspiré une partie d’“Encore un peu” qui devait s’appeler Succo d’ailleurs, mais je ne voulais pas faire la promotion d’un tueur. Il y a un moment dans son histoire ou il se retrouve sur le toit d’une prison, debout et il crie. J’ai imaginé un parallèle entre cette situation et celle de tout homme qui se retrouve à un moment acculé et se demande s’il n’a pas été abandonné », raconte l’artiste. Au-delà de Succo, le producteur s’est également inspiré de J.J. Cale pour Magnolia, des quatrains d’Omar Khayyâm pour Tout ça, et de “la vie pour les autres”. Nous offrant, entre les notes, une ode à la vie.

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