Avec son nouvel album, Muddy Monk explore la beauté de la tristesse

Après avoir dévoilé le titre « Myle­ni­um », Mud­dy Monk sort le 12 juin un nou­v­el album, Ultra Tape. Un ensem­ble de cinq titres com­posés à l’aide d’un Akai MG1214 – magnétophone à cas­settes –, inspirés tout autant du par­cours du ser­i­al killer Rober­to Suc­co que du roman­tisme du quo­ti­di­en.

Abor­der la beauté de la tristesse n’est pas tou­jours chose aisée. Loin de tomber dans la néga­tiv­ité, Mud­dy Monk nous dévoile dans son album Ultra Tape, sor­ti le 12 juin, sa vision des choses avec grâce et justesse. Durant cinq titres, com­posés à la manière d’une mix­tape, l’artiste suisse ques­tionne l’humain, l’amour, la reli­gion ou encore le rejet.

Évo­quant le fil rouge d’Ultra Tape, Guil­laume Diet­rich (de son vrai nom) affirme : « Je pense que ce qui lie ces morceaux est une sorte de dés­espérance. Qui n’est pas que néga­tive car c’est aus­si une accep­ta­tion de la vie dans sa réal­ité. Un peu le com­bat de l’homme con­tre sa con­di­tion. » De “Myle­ni­um”, « un hymne à l’amour qui s’abime avec le temps, et l’humain avec lui », le disque enchaîne sur “Tout ça”, « inspiré par les qua­trains d’Omar Khayyâm », “Ter­ve­nent”, « un hom­mage à ceux qui ont décidé de s’en aller », “Mag­no­lia”, «une petite chan­son  sur le com­bat d’un homme et d’une femme pour voir fleurir leurs espoirs et une jolie ver­sion d’eux-même » ou encore “Encore” un peu et l’abandon par les Dieux. « J’aime bien les morceaux comme celui-ci qui peu­vent autant s’adresser à une femme qu’à une divinité », com­mente le musi­cien.

L’excitation de l’expérimentation

Un rap­port au divin qu’il entre­tient depuis son enfance en Suisse. Son éveil musi­cal passe par la musique écoutée par ses par­ents, « des goûts musi­caux éclec­tiques mais tou­jours assez doux », de Simon and Gar­funkel à Mick­ey Bak­er en pas­sant par João Gilber­to, Pierre Per­ret ou encore Lau­rent Voulzy. Le petit Guil­laume intè­gre ensuite la chorale locale, où il décou­vre les tra­di­tions vocales chré­ti­ennes fri­bour­geois­es, et en retient aujourd’hui le côté mys­tique : « Bien que je ne sois d’aucune église, les chants tra­di­tion­nels du pays de Fri­bourg, comme beau­coup d’autres, dif­fusent une émo­tion très spé­ciale, avec cette rela­tion au divin. Et le fait de le chanter à plusieurs voix ajoute une vraie inten­sité. J’écoute encore beau­coup les morceaux de l’Abbée Bovet ou de l’Abbé Pierre Kaelin. » Néan­moins, il préfère rapi­de­ment l’expérimentation à l’apprentissage de par­ti­tions : « Je pense que c’est dans l’excitation que provoque l’expérimentation que j’ai trou­vé l’envie et la force de per­sévér­er. Enfant, je n’étais pas un exem­ple de volon­té et de per­sévérance, mais dans le jeu et l’expérimentation j’avais une vraie endurance. J’ai tou­jours eu besoin de m’amuser dans ce que je fai­sais, sinon c’est comme si je ne vivais pas. »

J’ai tou­jours eu besoin de m’amuser dans ce que je fai­sais, sinon c’est comme si je ne vivais pas.”

De la Suisse, son pays natal, Guil­laume est passé à la Bel­gique, où il a conçu Ultra Tape durant deux ans depuis son stu­dio brux­el­lois, alter­nant entre séances de sport, con­certs et stu­dio. Et cette fois-ci, le pro­duc­teur a décidé de com­pos­er grâce à un nou­v­el out­il : l’Akai MG1214, antédiluvien magnétophone à cas­settes. Il en retir­era le nom de l’album, au-delà d’une sim­ple inno­va­tion de sa méth­ode créa­tive. « Comme pas mal de pro­duc­teurs, les acqui­si­tions de matériel sont une nou­velle manière de con­cevoir la créa­tion. On en par­lait l’autre jour avec mon ami de B77, c’est vrai­ment une nou­velle source d’inspiration à chaque fois, explique Mud­dy Monk. Ça redonne envie d’expérimenter. Le cerveau imag­ine de nou­velles solu­tions, ça peut vrai­ment être un moteur. Le MG est une de ces machines qui m’a don­né envie. »

« Désespoir et poussées de vie »

Une méth­ode de créa­tion qui s’est offerte comme une réponse à son souhait de départ : faire un pro­jet rad­i­cal, brut et impar­fait. Il racon­te : « C’est une chose qui me manque à l’époque où tout le monde peut “son­ner bien”. J’avais besoin de sor­tir de Longue Ride et je ne voulais surtout pas entr­er dans le cer­cle vicieux de la recherche de l’album par­fait. J’ai voulu éviter de faire un album lisse et bien pro­duit comme Spo­ti­fy en pond dix par semaines. Incon­sciem­ment je crois que j’ai aus­si voulu m’éloigner un peu d’une scène synth mielleuse, légère et rigolote qui fleu­rit un peu partout. » Un objec­tif qu’il estime réus­si « mal­gré les kilos de doutes ». Quant à la dif­férence avec son pre­mier EP, le pro­duc­teur com­mente : « Ultra Tape est plus agres­sif et plus tran­chant. Il est aus­si moins axé Synth-wave. »

En résulte une musique roman­tique, « dans le sens où elle par­le de sen­si­bil­ité, et de rêves ». Celui qui se dit le plus touché par « les morceaux extrême­ment bruts voire frag­iles, comme les œuvres de Daniel John­ston, ou Sean Nicholas Sav­age », détaille : « J’ai tou­jours été très ému par le con­traste entre le dés­espoir et les quelques poussées de vie, de joie. Je pense que cette vision m’habite assez sou­vent. On la retrou­ve beau­coup dans les films de Kus­turi­ca ou dans “La vie aqua­tique” de Wes Ander­son. » Pour Ultra Tape, Mud­dy Monk s’est notam­ment inspiré du par­cours du ser­i­al killer Rober­to Suc­co. « L’his­toire de Suc­co m’a inspiré une par­tie d’“Encore un peu” qui devait s’appeler Suc­co d’ailleurs, mais je ne voulais pas faire la pro­mo­tion d’un tueur. Il y a un moment dans son his­toire ou il se retrou­ve sur le toit d’une prison, debout et il crie. J’ai imag­iné un par­al­lèle entre cette sit­u­a­tion et celle de tout homme qui se retrou­ve à un moment acculé et se demande s’il n’a pas été aban­don­né », racon­te l’artiste. Au-delà de Suc­co, le pro­duc­teur s’est égale­ment inspiré de J.J. Cale pour Mag­no­lia, des qua­trains d’Omar Khayyâm pour Tout ça, et de “la vie pour les autres”. Nous offrant, entre les notes, une ode à la vie.

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