Juliette Armanet aux Nuits Secrètes © Coolen

Bêtes de scène, public enflammé et karaoké : les dessous des Nuits Secrètes

Le fes­ti­val n’a plus de secrets pour nous : il bouil­lonne, présente la fine fleur des artistes de tous les hori­zons et réserve de belles sur­pris­es autant musi­cales que culi­naires. Les Nuits Secrètes se tenaient du 22 au 24 juil­let, Tsu­gi y était et vous livre son jardin secret.

On est ven­dre­di soir, dans un TER crasseux. Les mines sont gris­es, on est entouré de voyageurs pen­du­laires et avec la canicule, la semaine a été dure pour tout le monde. Mais à l’approche de la sta­tion d’Aulnoye-Aymeries, une horde de per­son­nes se pré­pare à sor­tir, armée de sacs de couchage et de sacs plas­tique débor­dants de boîtes de con­serve. Avec un pass camp­ing à 20 €, nos cama­rades de train ne se sont pas privés. Le fes­ti­val est à seule­ment 15 min­utes à pieds de la gare. Plus on s’approche, plus on sent les vibra­tions des bass­es qui réson­nent et l’odeur de la bière qu’on devine tiède. Dans la file pour entr­er, les gens sont déchainés. Les “cul sec” s’enchaînent sous la bien­veil­lance des bénév­oles qui nous vapor­isent de l’eau et dif­fusent des mes­sages de préven­tion. L’entrée du fes­ti­val est mémorable : une immense lune imag­inée par Luke Jer­ram sur­plombe le site. C’est bon, on est bien arrivé aux Nuits Secrètes. Allez, on vous embar­que dans ces 3 jours de folie. Des­ti­na­tion ? La lune.

 

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Les Nuits Secrètes n’ont cessé de s’agrandir. Le fes­ti­val com­porte main­tenant 4 espaces scéniques dis­tincts. La Grande scène qui accueille les têtes d’affiche sou­vent affil­iées au rap, Damso, Rilès, PNL, Oboy, Orel­san pour ensuite laiss­er place à des DJ pour les clos­ing : Char­lotte de Witte, Jamie XX, Vital­ic. Mal­gré un système-son qui aurait pu mieux cou­vrir les côtés de la scène, elle offre un superbe espace pour se déchain­er. Surtout, elle est entourée de dra­peaux mul­ti­col­ores. Ils font leur petit effet. À l’unanimité, l’Eden éclipse toutes les autres scènes. Elle est tan­tôt un lieu de délices lorsque Novem­ber Ultra s’empare de sa gui­tare, tan­tôt un fruit défendu lorsqu’ascen­dant vierge se met der­rière les platines. Placé tout au fond du fes­ti­val, son toit rouge laisse pass­er les derniers rayons de la journée et offre un joli couch­er de soleil. Petit inside, cette scène est col­lée à la loge des artistes. On a donc pu assis­ter à des scènes mémorables. Le pre­mier soir, Shy­girl entame les fes­tiv­ités. Au milieu de la salle, un petit groupe s’attroupe, mais ce n’est pas pour danser. C’est pour pren­dre une pho­to avec Rone, qui grille sa clope en musique avant son pas­sage sur scène à 22h.

 

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La sta­tion secrète et l’oasis ont été le théâtre de beau­coup d’amusement, puisqu’elles pro­po­saient des activ­ités pour les fes­ti­va­liers avant que les con­certs ne com­men­cent. Elles ont aus­si accueil­li le col­lec­tif parisien La Darude, pour l’opening et le clos­ing du dimanche. Leur DJ-set a mis en liesse le pub­lic. Et en même temps, leur énergie pos­i­tive est si com­mu­nica­tive que le show ne pou­vait être que réussi.

Maroilles, karaokés et sirtakis

Un des secret de ce fes­ti­val réside dans son pub­lic. Les gens du nord savent s’a­muser ! Toute la ville d’Aulnoye se mobilise pour l’évène­ment : une petite scène est instal­lée dans un pas­sage pour que la fête ne s’arrête jamais. On y voit des jeunes comme des vieux avec des col­liers de fleurs, se prenant par les épaules dès 15h. On com­prend vite ‑aux cernes de certains- que leur soirée se ter­mine. Pour d’autres, c’est la fête qui (re)commence. Le kara-okay était un moment mémorable de la journée du same­di.  Les fes­ti­va­liers ont com­plète­ment joué le jeu et se sont révélés être de très bons interprètes.

Bref, les gens du nord débor­dent d’én­ergie et sont sans prise de tête. Ce sont les seuls capa­bles de lancer une peña sur la reprise de “The Age of love”, incon­di­tion­nel morceau transe mer­veilleuse­ment bien remixée par Char­lotte de Witte. Une femme revêtue de néons flu­o­res­cents menait la danse. Sur le refrain fréné­tique “Come on dance with me”, une trentaine de courageux sautaient de tout leur poids sur leurs cama­rades pour rejoin­dre le paquito. Vrai­ment fous ces ch’tis.

Des DJ qui nous en met­tent plein la vue

La pro­gram­ma­tion des DJ nous met­tait déjà l’eau à la bouche. Mais la tri­ade : Rone, Jamie XX  et NTO a sur­passé nos espérances. Grâce à leurs mis­es en scène épatantes, ils ont réus­si à nous met­tre des fris­sons, con­vo­quant tous nos sens avec des jeux de lumière et de fumée par­ti­c­ulière­ment réussis.

Ven­dre­di soir, Rone chauffe la salle en com­mençant par son hit, “Bye bye Macadam”. Les têtes se bal­an­cent. Per­ché sur scène avec ses platines, il endosse par­faite­ment le rôle de chef d’orchestre qui guide ses spec­ta­teurs dans leur danse. Les jeux de miroirs s’adaptent par­faite­ment aux mou­ve­ments lanci­nants de la foule qui, à cette heure-ci, ne demande qu’à rejoin­dre les étoiles.

 

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Jamie xx reprend l’univers chro­ma­tique de la pochette d’In Colour. On est dans son univers, des pro­jecteurs de toutes les couleurs impulsent ses morceaux et sem­blent les porter jusqu’à l’autre bout du fes­ti­val. Spé­ciale dédi­cace au morceau qui ouvre son album, “Gosh”. Il réus­sit à nous tenir en haleine pen­dant plus de 10 min­utes, en appor­tant vari­a­tions et col­oration à ce morceau pour­tant déjà culte.

Dimanche soir, NTO clôt ce mer­veilleux cycle en nous emmenant dans les fonds marins. Tout de noir vêtu, il se fond dans son décor pour ne faire qu’un avec sa musique. Réal­isée par Jor­dan Mag­née, la scéno­gra­phie reprend le visuel de son album Apnea et réus­sit le pari de nous plonger la tête sous l’eau pen­dant plus d’une heure. Chaque track a sa pro­pre iden­tité visuelle en gar­dant tou­jours la même ligne direc­trice : les formes géométriques.

À côté de moi, un vieux tape fréné­tique­ment son gob­elet con­te sa jambe, signe d’approbation à un artiste qu’il ne con­naît pas. Pari réus­si pour ces DJ qui réus­sis­sent à séduire toutes les généra­tions présentes aux Nuits Secrètes.

 

Des bêtes de scène 

Sur les 14 artistes à se partager la grande scène, seule­ment qua­tre étaient des femmes. Loin de vouloir jeter la pierre aux Nuits Secrètes, dont nous avons déjà van­té les mérites en matière d’égalité, mais le con­stat est dur. Même si les artistes sélec­tion­nées par le fes­ti­val nous ont offert des presta­tions inou­bli­ables, cha­cune avec leur univers bien mar­qué. Bref, des bêtes de scène, prêtes à rugir pour le bon­heur des festivaliers.

Izïa s’est lit­térale­ment emparée de la scène. Elle enchaine les sons avec une aisance décon­cer­tante, piochant dans ses 5 albums. Son énergie débor­de, elle ne peut se retenir d’arpenter la scène de droite à gauche, comme si elle voulait ne pas faire de jaloux. Un fris­son nous par­court l’échine lorsqu’elle entame “Trop vite”, chan­son qui livre les aléas de son hyper­sen­si­bil­ité. “Pass­er du rire aux larmes si vite”, c’est un peu ce que la chanteuse a réus­si à faire ce ven­dre­di soir. Juste après, elle annonce que c’est sa pre­mière fois aux Nuits secrètes avant d’ajouter, sourire en coin, “les pre­mières fois c’est tou­jours les plus excitantes”. 

Mara est défini­tive­ment sacrée reine du fes­ti­val. Son show était un déli­cieux mélange de provo­ca­tion qui voilait une timid­ité totale­ment craquante. La vierge Marie se meut en vierge Mara à coups de bling-bling, de dance­hall et de fémin­isme mali­cieux. Mini-jupe en cuir noir, cuis­sarde léopard : Mara se joue des codes de la féminité pour réin­ven­ter la sexy attitude !

Dans un tout autre style mais la même énergie, Mansfield.TYA lançait les con­certs de dimanche. Comme elles aiment à le dire, leur live était “une céré­monie mod­erne” où les prêtress­es sont habil­lées en noir, évidem­ment. Rebe­ka War­rior et Car­la Pal­lone nous offrent une superbe per­for­mance, mal­gré un bon nom­bre de dif­fi­cultés tech­niques : la “chaleur de gueux”, le soleil qui les aveu­gle, la carte son qui grille. Un “elle est beau­coup trop sexy” fuse. C’est vrai que Rebe­ka War­rior a une prestance inim­itable. Alors, lorsqu’elle demande à la foule de s’écarter pour faire pogo, celle-ci s’exécute sans broncher.

 

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Enfin, l’apothéose est atteinte avec l’une de nos “chou­choutes” : Juli­ette Armanet. “Vous savez, j’ai fait 15h de tra­jet pour vous voir”. Et quel tra­jet ! Pour arriv­er à l’heure, elle a chevauché une moto et a ridé jusqu’à Aulnoye. Sacrée Juju. Elle oscille entre ses slows et ses morceaux groovy où il est impos­si­ble de ne pas danser. Triste ironie du sort : “son cha­grin d’amour nous aura valu un mer­veilleux album” résume par­faite­ment notre directeur d’antenne, Antoine Dabrowski.

Bref, les artistes féminines ont élec­trisé nos nuits. Cha­cune à leur manière, elles dessi­nent les con­tours d’un man­i­feste sur ce qu’est d’être une femme et apporte une réponse con­crète à la ques­tion que nous avons soulevée dans notre dernier numéro print : c’est quoi être artiste en 2022 ?

Meilleur moment : Lorsqu’une pluie de bil­lets à l’ef­figie de Mara s’est abattue sur nous

Pire moment : Quand on est passé à ça d’attraper la bouteille d’eau de Rebe­ka Warrior

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