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4 août 2023

Blakhat : « avoir fait la cover d’un classique du rap français, ce n’est pas rien »

par Théo Lilin

Blakhat n’a plus rien du simple groupe de potes, créé à l’origine pour tuer le temps pendant leurs années d’études. Le collectif, qui manie aussi bien la photo et le graphisme que des productions originales comme la création de maquettes, collabore depuis 2016 avec les grands noms du rap français. Rencontre.

Dans les bureaux de Blakhat, des tables, des ordinateurs, et des posters en grand format, placardés sur un pan de mur : 17%, le dernier album personnel de Leto, ou encore le projet du beatmaker Binks Beatz Drip Music 2. Installés à Bordeaux, les trois membres du collectif sont fiers du parcours accompli jusque-là. Et il y a de quoi. “Faire la cover d’un classique du rap français, ce n’est pas rien”, glisse l’un d’entre eux. Si la réalisation, en 2019, de la pochette de l’album La Menace Fantôme de Freeze Corleone a été un vrai step pour l’équipe, impossible de résumer Blakhat à ce projet. Par ordinateurs interposés, Thomas, Roberto et Thibaut racontent leur histoire.

 

Comment est né le collectif Blakhat ? 

 

Ça a commencé en 2016, on était juste un groupe de potes étudiants qui avaient tous des accointances artistiques et qui voulaient passer le temps. Alors on s’est lancé dans ce projet, pour s’amuser, sans savoir vraiment où on allait. Ce n’est pas le travail qui a amené à la création d’un collectif, on se demandait surtout ce qu’on allait en faire. On a commencé par chercher des petits projets de création de logos, et assez vite, on s’est dirigés vers ce qui nous touche le plus au quotidien et ce que l’on consomme culturellement : la musique. Plutôt que de viser des gros artistes -même si on a tout de même essayé au début, spoiler : ça ne marche pas (rires)-, on est allé chercher des artistes qui débutent dans leur art, comme nous, plus accessibles sur les réseaux. Et on s’est fait la main comme ça, en terminant nos études. 

 

Et après les études ?

 

À ce moment-là, en 2019, notre carnet d’adresses était devenu suffisamment costaud, et on commençait à avoir des entrées dans des labels pour faire de la communication, mais rien d’incroyable. Le Covid passe et on a eu de la chance, parce que pendant le confinement, il y a eu La Menace Fantôme. Ce n’est pas ce projet qui nous a fait exploser, mais disons que ça a débloqué un petit truc dans la tête des maisons de disque, qui se sont dit “on va voir ce qu’ils sont capables de faire”.

 

 

LMF

Cover de l’album ‘La Menace Fantôme’, de Freeze Corleone – © Blakhat

 

 

La Menace Fantôme a été un moment charnière pour Blakhat ?

 

Beaucoup de gens se disent “eux, c’est LMF”. Après, c’était en 2019… Ça a été un grand moment pour la musique chez Blakhat, ça nous a ouvert pas mal de portes. Mais notre travail ne s’arrête pas là.

 

Justement, vous faites aussi du motion design, de la photographie… 

 

Exactement, on fait du graphisme dans son sens large, ça passe de l’édition d’un livre à la création d’un logo, en passant par la retouche et le photomontage d’une photo, jusqu’au textile. Pour la vidéo, on fait surtout du motion design mais aussi des contenus pour des marques, du contenu digital. 

 

Vous réalisez aussi des maquettes, notamment pour la cover du projet de Binks Beatz. C’est ce genre de projet, plus homemade, qui vous plaît le plus ?

 

Oui ! On essaie, quand l’occasion se présente, de sortir du format 100% numérique. Que ce soit en photo ou en vidéo. Même si ça peut paraître contre-intuitif de faire d’un côté du graphisme et du motion design, et de l’autre des maquettes. Mais on aime bosser de nos mains quand on peut, que ce soit coudre, peindre ou fabriquer. Au bureau, on a une pièce dédiée à ça.

 

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Réaliser une maquette, ça demande plus de temps que de tout faire par ordinateur ?

 

C’est beaucoup plus chronophage oui, mais on a pas de problème à mettre des semaines, voire des mois, sur une maquette. Pour le projet Binks Beatz, une fois la maquette réalisée, plutôt que de se limiter aux photos et faire la cover pour le vinyle, on a tourné des vidéos pour les réseaux, un making-of, histoire de créer un maximum de contenu. C’est toujours un pur kiffe -pour nous et pour l’artiste- de le faire en vrai. L’artiste est d’autant plus content quand tu t’investis, que tu passes du temps. Pour reprendre l’exemple de Binks Beatz, l’artiste a adoré la maquette, il voulait même qu’on lui envoie, mais impossible vu la taille, 1m50 par 1m50 (rires). 

 

Lorsque vous collaborez avec des artistes, les directives sont strictes ou c’est carte blanche ?

 

Tout dépend des artistes et de leurs équipes. Il ne faut pas non plus conclure que tous les artistes indépendants sont impliqués et que les rappeurs en labels ne le sont pas ! À l’opposé, il arrive que certains artistes avec de grosses équipes derrière eux soient très impliqués, et que des indépendants s’en fichent. Mais globalement, quand un artiste vient de lui-même te demander sa pochette et qu’il te fait des retours en t’appelant en FaceTime, on a tout de même l’impression d’avoir quelqu’un de plus impliqué en face de nous.

 

Et en pratique, comment se déroulent les échanges ?

 

C’est l’artiste ou son équipe qui nous contacte lorsqu’ils ont un projet qui sort dans quelques mois -ou quelques jours selon la gestion des plannings (rires)-, et qu’ils aimeraient qu’on bosse là-dessus. Ça arrive qu’on nous contacte avec d’emblée des idées assez précises. Ça arrive aussi qu’on nous dise “bon par contre, le nom de l’album n’existe pas, mais on veut une pochette, donc débrouillez vous”. On arrive parfois à écouter les sons en amont, mais c’est de plus en plus rare, surtout quand on bosse avec des artistes sous labels. Ensuite, on planche dessus de quelques jours à quelques semaines, on propose des idées, avec photos ou non, maquette ou non, et l’artiste fait des retours. Quelques fois, ça arrive que l’on propose une seule idée et ça passe, et d’autres fois on galère et on est obligé d’envoyer des dizaines d’idées. Il n’y a pas de recette miracle.

 

À côté des rappeurs, vous avez collaboré avec des personnalités et des événements issus du monde d’Internet, comme le Eleven Allstars. Comment articulez-vous ces deux profils ?

 

On ne peut pas comparer les deux. Pour nous, les créateurs de contenus sont des artistes à part entière, au même niveau que les rappeurs. Une personnalité comme Maghla crée du contenu via une ligne édito, elle a donc besoin de créations artistiques, ce n’est pas si différent que de faire du motion pour un titrage de clip finalement. Le monde d’Internet est un univers vers lequel on se dirige de plus en plus, pas forcément de notre fait, mais on nous contacte beaucoup pour du contenu Internet non musical. Pour le Eleven Allstars, on était trop content de faire ça alors que c’est un petit projet, rien que pour l’histoire. Il y a un an, la musique représentait 80% de notre travail. Aujourd’hui, c’est plutôt l’inverse, ça prend bien moins de place dans notre planning.

 

 

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Quels sont les projets qui vous ont rendu le plus fier ?

 

Celui pour Soprano ! On ne l’a pas fait dans notre coin à distance. On était ensemble avec l’artiste pendant une journée pour le shooting et le tournage. Il a accepté de porter une perruque et des lentilles pour le projet, et il l’a même réutilisé pour les NRJ Music Awards. Il y a eu un vrai échange et une vraie direction artistique. Donc, même si ce n’est pas notre pochette référence, tout le processus de création était cool.

 

 

 

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On imagine que votre référence, ça reste la cover de La Menace Fantôme

 

On a bossé pour plein d’artistes bien plus connus, comme Ninho, mais ce n’est pas comparable à LMF. Pour citer une dernière référence, on se souvient surtout de la collaboration avec Zikxo, la première cover réalisée en studio. Première fois aussi qu’on nous donnait un vrai budget pour réaliser une pochette. Et avec le temps, elle vieillit bien. En interview, les médias parlaient beaucoup à Zikxo de sa pochette, elle a pas mal marqué. On a même fait une émission Grünt pour en parler. C’était un vrai palier. Le point commun entre tous ces projets, c’est le côté humain.

 

 

 

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Quel est votre point de vue concernant l’étiquette “contenu explicite”, présente sur certaines covers ?

 

Ça arrive que l’artiste nous le demande ou qu’on choisisse de le mettre. C’est un bon moyen de venir combler un potentiel vide ou de créer un équilibre dans une composition, sans avoir à mettre la typo du projet. On a l’impression que c’est une mode un peu passée. C’est un peu chiant que tout le monde l’utilise, mais c’est marrant que ça fasse partie de l’héritage hip-hop. Tous les rappeurs du monde savent ce que ça symbolise et quand tu es un petit artiste, c’est comme un signe d’appartenance à une certaine famille.

 

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Artwork pour la cover du single « Shavkat », de Freeze Corleone – © Blakhat

 

Vous avez récemment réalisé la cover du single “Shavkat” de Freeze Corleone. Comment s’est déroulée la collaboration avec l’artiste ?

 

On était en contact avec son manager, qui s’occupe de cette partie-là. Et c’est lui qui nous faisait les retours donnés par Freeze. Avec le titre du single, on a commencé à creuser. On connaissait déjà le combattant de MMA auquel Freeze fait référence dans le titre. On sait que Freeze a tendance à donner un nom à un son parce que ça sonne bien, sans pour autant qu’il parle de bagarre tout le long. Donc on est pas partis premier degré là-dessus. En fouillant sur Shavkat, on est tombés sur le drapeau du Kazakhstan, d’où il est originaire, et on s’est dit qu’on allait faire quelque chose avec les motifs du drapeau, les ornements, le soleil… On voulait faire une référence à Shavkat sans que ce soit évident. D’ailleurs, on pense que si on avait pas fait un post sur les réseaux pour expliquer l’idée, les gens n’auraient peut-être jamais remarqué. A la limite peut-être un type sur Twitter (rires). Ça a été réalisé en quelques heures, pourtant le rendu a extrêmement bien fonctionné sur nos réseaux.


Pour en voir davantage sur les créations de Blakhat, ça se passe ici.

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