DJ 13NRV et Bogoss-Lacoste / ©Seraphine Bermond

Bogoss-Lacoste étire la scène frapcore dans son EP sur Southfrap Alliance

Bogoss-Lacoste, alias Yung Soft et boss du label mar­seil­lais South­frap Alliance, se mouille en solo aujour­d’hui avec la sor­tie du pre­mier EP de la mai­son qui sent bon la south­frap, sous-genre hybride entre rap français et tech­no hard­core. Cerveau d’une pieu­vre où les influ­ences musi­cales représen­tent autant de ten­tac­ules, con­sti­tu­ant la sève de la cité phocéenne, ville au car­refour des com­mu­nautés qui s’acculturent depuis tou­jours. Tsu­gi sort le ther­momètre sur qua­tre titres qui s’é­coutent comme on lirait un livre : l’his­toire de la con­struc­tion d’un « paille » dans sa ville hétéro­clite.

Bogoss Lacoste, voici un blaze qui inter­pelle. On pour­rait croire, à la lec­ture de ce nom, que le garçon a les chevilles gon­flées. Il n’en est rien. Si pour lui, le terme “beau gosse” était une façon de s’af­firmer autre­fois, désor­mais, il s’en amuse. Une manière de ne plus se pren­dre au sérieux : « Main­tenant, ce blaze, ça m’est resté col­lé à la peau, on m’in­ter­pelle par­fois comme ça dans la rue. On en rit et c’est bon del’ ». Pour­tant, avant, c’é­tait autre chose : « J’ai tou­jours été sapé en sous-marques d’Auchan au col­lège, donc dès que j’ai pu, j’ai claqué mon argent comme je le voulais. Main­tenant je trou­ve ça tarpin cap­i­tal­iste et con, et je trou­ve que Lacoste est une mar­que de fatigués pour tant de raisons. » Des années plus tard, l’ex rappeur a gran­di et s’est recen­tré. Il s’interroge, lui et sa cul­ture, et inter­pelle le paysage bigar­ré de la south­frap : « Mar­seille ça a tou­jours été une ville qui brasse plusieurs cul­tures, la south­frap n’est qu’un pro­duit de plus de cette ville créa­tive. Mar­seille nous a fait, on fait Mar­seille ».

©Seraphine Bermond

 

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Les présen­ta­tions sont faites. Mais qu’en est-t-il de l’EP ? « Il est résol­u­ment tourné vers des ambiances qui font plutôt par­tie des musiques club. » Autour de ces qua­tre titres, celui qui vient du rap dépeint à lui seul autant de styles qui font de Mar­seille une ville aux mul­ti­ples influ­ences. S’il a quelque peu « switché » les sam­ples de rap français – qui don­nent aus­si son cachet à South­frap Alliance – l’EP n’en reste pas moins qual­i­tatif, puisqu’il est com­posé d’un cock­tail explosif de gen­res prou­vant que la scène mar­seil­laise est en con­stante muta­tion. «Rup­ture” a été le pre­mier titre que j’ai com­posé, net­te­ment instru­men­tal, j’ai voulu con­necter deux musiques à l’én­ergie forte qui me parais­sent logiques de crois­er : la jump­style et la ball­room house ». Un pre­mier track qui donne le ton ou Bogoss-Lacoste (Alexan­dre de son vrai prénom) prend le pouls et cherche d’emblée à mari­er les styles. Une pincée de gqom en guise d’al­liance en milieu de morceau, et le tour est joué. Un mariage de sonorités qui en fait son modus operan­di : « De toute manière, j’ar­rive rarement à me can­ton­ner à une seule vibe dans un morceau. Avec mon EP, j’es­saie de con­necter ce qu’il se passe musi­cale­ment dans cer­taines micro-scènes. » Et c’est bien ce que l’on remar­que : rap, dirty dutch house, kuduro, bmore club, reg­gae­ton, baile funk, trap sud­iste ou hard­style, tout est assem­blé, décon­stru­it puis réin­ter­prété à la sauce south­frap.

 “Cet EP sym­bol­ise la réal­i­sa­tion et la cristalli­sa­tion d’ami­tiés nouées avec des amis proches qui m’ont soutenu dans des moments dif­fi­ciles, il représente une cer­taine libéra­tion per­son­nelle.”

« La track­list de l’EP est chronologique ». Cette chronolo­gie – dont revendique celui qu’on inter­pelle doré­na­vant « Bogoss-Lacoste » dans la rue – se lit comme un par­cours per­son­nel. Des pre­miers titres où il explore, nav­igue entre les gen­res pour les entre­cho­quer, comme s’il don­nait l’impression de se chercher et de com­pren­dre une scène qui se trans­forme con­tin­uelle­ment. Jusqu’à un « bouge tes morts de là », sur « Go Eat Your Deads », clin d’œil « qui envoie bouler cer­tains Parisiens éli­tistes qui vien­nent quelque temps à Mar­seille, le pro­fil haut, croire qu’on a besoin d’eux pour faire la fête ou être dans la hype mdr ». Car, évidem­ment, quand on est de Mar­seille, on est fier de l’être. Droit au but, Bogoss-Lacoste.

Sur « Petite Guerre », l’artiste fait référence à son côté « club obscur » et aux films d’horreur qu’il affec­tionne. Sam­ples de couteaux de bouch­er, sirènes au loin, il s’énerve : « Les sirènes sont un peu mes mus­es et j’adore son­ner l’alarme. Ce track est peut-être le plus inso­lent de la release, mais aus­si le plus énig­ma­tique. Tu as du per­cus­sif et du destruc­tif dans la longueur, mais l’am­biance reste froide, le son est giflant ». Bogoss-Lacoste con­clut son EP de la plus belle des manières : « Roder Anthem », ver­sion épique de son pro­pre morceau “J’fais que rôder” sor­ti en 2017, le ramène finale­ment dans le passé, peut-être pour ne pas oubli­er d’où il vient : « J’avais besoin de retomber dans la sim­plic­ité d’une mélodie bête et méchante pour venir con­tre­bal­ancer toute cette émo­tion, et à la fin de mon EP, revenir à mon rôle de petit con de gab­ber qui, au fond, ne fait que taper du pied ». Un EP rassem­bleur bour­ré de big up à ses potes XXO, Dras­tiques Mesures, l’autre moitié de son duo Bled Run­ner, DJ 13NRV du Metaphore Col­lec­tif, François Gouret & Azhar de Madi Séri­gra­phie, son fran­gin Sucré Saleté et bien d’autres. Méchant, oui. Bête, cer­taine­ment pas, car l’EP est intro­spec­tif. « Il a mar­qué la fin d’une péri­ode et le début d’une nou­velle ère dans ma vie, il sym­bol­ise la réal­i­sa­tion et la cristalli­sa­tion d’ami­tiés nouées avec des amis proches qui m’ont soutenu dans des moments dif­fi­ciles, il représente une cer­taine libéra­tion per­son­nelle ».

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