Bonne nouvelle : la mairie de Paris subventionne 16 disquaires indépendants

Depuis quelques décen­nies, les dis­quaires indépen­dants con­nais­sent une sit­u­a­tion économique frag­ilisée. Il faut dire que la crise du disque est bien réelle : les ventes physiques ont qua­si­ment chuté de moitié entre 2007 et 2017. En cause bien sûr, la dématéri­al­i­sa­tion de la musique, le télécharge­ment et le stream­ing cap­tant pas moins de 34% des recettes. Mais le marché physique n’est pas en reste et abrite une jun­gle impi­toy­able pour ces com­merçants alter­nat­ifs. Alors que les géants de la grande dis­tri­b­u­tion se parta­gent l’essentiel du gâteau, eux ne récoltent que des miettes. D’après les chiffres du min­istère de la Cul­ture et de la Com­mu­ni­ca­tion pub­liés l’année dernière, le e‐commerce récupère 11% des parts des ventes physiques con­tre 18% pour les grossistes, 19% pour les hyper­marchés, 45% pour les grandes sur­faces spé­cial­isées… Et seule­ment 7% pour les dis­quaires indépen­dants. Un con­stat amer et sans appel qui ques­tionne sur leur via­bil­ité à long terme. Pour sur­vivre, cer­tains se con­sacrent à la vente de pro­duits dérivés et à l’aménagement de cafés ou de librairies. Au milieu de cette sit­u­a­tion enclavée, une mai­gre lueur d’espoir : le retour du vinyle. Le SNEP (Syn­di­cat Nation­al de l’édition Phono­graphique) enreg­istre en effet des ventes en con­stante pro­gres­sion depuis main­tenant cinq ans. Bien que le CD domine, les vinyles con­stituent aujourd’hui 12.2%  du chiffre d’affaires du marché physique. Un regain d’intérêt pour le dig­ging qu’on imag­ine prof­itable aux petits dis­quaires. Pour­tant, même sur ce ter­rain, la com­péti­tion reste rude : “On souf­fre tous de la grande dis­tri­b­u­tion, avec notam­ment la Fnac et les autres qui ont sur­fé sur la vente de vinyles”, explique Thomas Changeur, gérant des Balades Sonores dans le 9ème. “Les Fnacs cassent les prix et tuent les dis­quaires indés”, con­clue Philippe Pierre‐Adolphe, dirigeant du Maquis Mega Store, situé dans le 2ème arrondisse­ment. Les grandes enseignes négo­cient  par exem­ple des con­trats d’exclusivité avec les labels et organ­isent des sol­des sur les vinyles. Finan­cière­ment, les dis­quaires indépen­dants sont bien moins armés pour répon­dre à cette con­cur­rence agres­sive.

Devant l’urgence, la Mairie de Paris a décidé de réa­gir. En juil­let dernier, elle lançait un appel à pro­jets, sous la forme d’une dota­tion de 110 000 euros, répar­tie entre 16 dis­quaires indépen­dants parisiens. Le but : don­ner des moyens d’action et de développe­ment pour per­me­t­tre de rénover, mod­erniser et dynamiser ces espaces. Une ini­tia­tive saluée par les prin­ci­paux intéressés, comme Philippe Pierre‐Adolphe  : “Ça va aider au niveau de l’équipement et du matériel. La cul­ture est soutenue et c’est très bien. Ça va me per­me­t­tre d’avoir une bou­tique rationnelle effi­cace avec plein d’outils que je n’avais pas avant comme une borne d’écoute ou un store à l’extérieur”. Pour autant, la péren­nité de cette sub­ven­tion est sujette à débat : “Ce n’est pas une opéra­tion de sauve­tage mais une petite bouée par rap­port à un marché en dif­fi­culté. C’est une aide bien­v­enue mais ça reste de petits mon­tants, une goutte d’eau par rap­port à tout ce qu’on vit au quo­ti­di­en”, pondère Thomas Changeur. En par­al­lèle, des événe­ments comme le Dis­quaire Day sont égale­ment cen­sés appuy­er les 334 dis­quaires indépen­dants français. Mais là encore, ces aides, bien que néces­saires, demeurent glob­ale­ment insuff­isantes. Reste à voir com­ment les acteurs poli­tiques de la cul­ture pren­dront le prob­lème à bras le corps dans les prochaines années.

Liste des 16 disquaires lauréats :

  • Maquis Store — 187 rue Saint‐Denis 75002 Paris
  • Melo­ma­nia — 38 boule­vard Saint Ger­main – 75005 Paris
  • Balades Sonores — 1–3 avenue Tru­daine, 75009 Paris
  • Ground Zero — 114 rue du Faubourg Pois­son­nière, 75010 Paris
  • Potemkine — 30 rue Beau­re­paire 75010 Paris
  • Rup­ture Inside /Rupture Store — 3 rue de la Fidél­ité, 75010 Paris
  • The Wal­rus — 34 ter rue de Dunkerque 75010 Paris
  • Betino’s Records — 32 rue Saint Sébastien, 75011 Paris
  • Born Bad Records — 11 rue Saint‐Sabin, 75011 Paris
  • Far­go — 20 rue de Chanzy, 75011 Paris
  • Le Silence de la rue — 39, rue Faid­herbe 75011 Paris
  • Music Fear Satan — 4 bis rue Richard Lenoir, 75011 Paris
  • Citeaux Sphère — 45 rue de Citeaux, 75012 Paris
  • Hand and arms — 72 rue Croza­ti­er 75012 Paris
  • La Cuve à son — 56 rue tra­ver­sière 75012 Paris
  • Soul Able­ta — 47 rue Mar­cadet, 75018 Paris
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