© Frank Ockenfels

Ça s’écoute le comeback surprise de Tears For Fears ?

On les pen­sait per­dus dans les années 80. Pour­tant, après qua­si 18 ans de silence, le duo Tears For Fears revient avec un nou­v­el album inspiré.

Même s’elle perd un peu de ter­rain, la nos­tal­gie des années 80 est encore très vivace, et nom­bre d’artistes en jouent pour rem­plir leurs con­certs. Mais Tears For Fears a refusé cette voie. Emblé­ma­tique des années 80, avec un total de 30 mil­lions de ventes pour leurs trois pre­miers albums, le groupe a ensuite per­du en vitesse. Comme nom­bre de for­ma­tions synth-pop, les années 90 ont été dif­fi­ciles, d’autant plus que le duo a explosé dès 1991 avec le départ du chanteur, Curt Smith.

Lui et son acolyte Roland Orz­a­bal ont bien ten­té de relancer la machine avec un album en 2004, Every­body Loves A Hap­py End­ing. Un disque intéres­sant, mais passé rel­a­tive­ment inaperçu. On aurait pu y voir une manière pour le groupe de sor­tir avec les hon­neurs, avec la fierté d’avoir déjà tenu si longtemps dans une indus­trie com­plexe. Autant vu dire qu’on était loin de croire à un retour en forme comme le pro­pose le groupe avec The Tip­ping Point, sor­ti le 25 février.

Les 18 ans qui le sépar­ent de son prédécesseur n’ont pas été faciles. Le groupe a notam­ment fait face à un man­ag­er qui refu­sait qu’ils fassent un nou­v­el album, préférant les voir cap­i­talis­er sur leurs vieux suc­cès. Une sit­u­a­tion vite éprou­vante pour le duo. Par ailleurs, Orz­a­bal a égale­ment fait face au décès de sa femme, des suites d’une addic­tion à l’alcool. Une expéri­ence par­ti­c­ulière­ment douloureuse, qui a inspiré plusieurs morceaux de l’album. « C’est en pleine con­science que j’ai amené en stu­dio mes prob­lèmes, ceux qui gâchent votre exis­tence et que vous ne pou­vez pas con­trôler » raconte-t-il à Paris Match. « Le fait de les trans­former en chan­sons est sal­va­teur. » Il y détaille aus­si com­ment le duo est ici plus uni que jamais, après une rela­tion en dents de scie. « Quand nous nous sommes retrou­vés sans man­age­ment, sans mai­son de dis­ques, un petit oiseau dans ma tête m’a dit : “Il faut que tu te réc­on­cilies avec Curt, c’est lui qui a la clé pour avancer”. »

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En résulte un pur album de pop, celui qui recherche avant tout la belle mélodie. Envelop­pée, comme tou­jours, dans un habil­lage élec­tron­ique, qui se teinte ici de touch­es bien plus acous­tiques, entre folk et coun­try. « C’est un album puis­sant car hon­nête » explique Orz­a­bal à l’AFP. S’il ne com­porte aucun tube évi­dent, il installe une ambiance intro­spec­tive et poignante. Le duo trou­ve un équili­bre juste entre la préser­va­tion de son style et une mod­erni­sa­tion qui évite d’être aus­si daté que leurs prin­ci­paux tubes.

Il en va de même sur le tra­vail thé­ma­tique. Le duo reste sur sa volon­té d’aborder des sujets som­bres dans des mélodies pop. Ain­si, out­re le deuil d’Orzabal, l’album abor­de égale­ment le mou­ve­ment Black Lives Mat­ter dans « Rivers Of Mer­cy » ou le patri­ar­cat dans « Break The Man ». Pour Curt Smith, en inter­view pour BFM, le titre par­le de son « mépris pour le patri­ar­cat. Ce qui était une con­séquence de qua­tre années de mas­culin­ité tox­ique aux États-Unis avec Don­ald Trump. » Un bel écho au « Woman In Chain » de 1989, où Orz­a­bal évoque notam­ment les vio­lences con­ju­gales subies par sa mère.

Ce retour en forme est aus­si lié à un con­texte prop­ice. Out­re la pop­u­lar­ité jamais démen­tie de leur « Mad World » depuis sa reprise par Gary Jules, on a pu les retrou­ver sam­plés par Kanye West, encen­sés par The Week­nd, ou encore dans les films Hunger Games via une reprise de « Every­body Wants To Rule The World » par Lorde, ou même au dernier Super­bowl, sam­plés par Mary J Blige. Tears For Fears sem­ble avoir trou­vé le secret de la jeunesse éternelle.

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