Crédits photos © M.TCHAKMAKDJI / F.MAYOLET

Cabaret Vert, 5 jours de partage et de folles musiques pour une édition XXL

Retour tri­om­phant en pays arden­nais pour Cabaret Vert, qui vient de clô­tur­er une 16e édi­tion jalon­née de réus­sites, portée par une énergie col­lec­tive et con­tagieuse. Après une édi­tion Face B, retour en jauge pleine avec un for­mat XXL pour cinq jours de musique à coups de têtes d’af­fich­es, de pépites mon­tantes, de belles sur­pris­es… Et for­cé­ment de bonne bouffe autour du quatuor mag­ique maroilles — jam­bon — bières locales — boudin blanc.

125 000 fes­ti­va­liers se sont joints à la fête du Cabaret Vert tout au long de ces cinq jours. Le fes­ti­val est fier de son indépen­dance, et s’est par­faite­ment ancré dans son ter­ri­toire. Car il sem­ble grandir sans per­dre son âme, bien épaulé par 500 parte­naires et surtout 2300 bénév­oles. Ici on tra­vaille, on vit et on con­somme local. Décidé­ment Cabaret Vert réus­sit à fédér­er autour de lui, sur un site immense et famil­ial, avec en tête de file une pro­gram­ma­tion mon­stre : 116 con­certs sur 5 scènes… même si des artistes ont été per­dus en route. En effet le fes­ti­val n’a pas échap­pé à la vague d’an­nu­la­tions d’artistes. Anna et Joy Orbin­son ont notam­ment dû annuler, tout comme TSHA, Wolf Alice et SCH. Mais l’or­ga a su vite se retourn­er. Nathan Zahef a rem­placé TSHA, Fat White Fam­i­ly pour Wolf Alice, Freeze Cor­leone pour sup­pléer le S. Claire­ment pas des rem­plaçants au rabais.

Fat White Family - Cabaret Vert

Fat White Fam­i­ly © F.MAYOLET

Dès l’ar­rivée on se met dans l’am­biance avec une Chouffe sirotée devant la soul faite mai­son de Q., entre pop et rock psy­ché, avant de se diriger vers Zanz­ibar (la grande scène) pour retrou­ver Parcels sous le soleil. Les Aus­traliens sont tou­jours aus­si fringants, font mon­ter la tem­péra­ture avec une pro­gres­sion house, avant de livr­er un live libéra­teur pen­sé comme un mix ‑car on maîtrise l’art des tran­si­tions par ici. Le groove est car­ré, leurs har­monies vocales impec­ca­bles, et on veut le numéro de leur styl­iste. Une reprise de “I Fol­low Rivers” de Lykke Li, des yeux pleins d’é­mo­tion tout en dis­tribuant des “You guys are on fire!” puis “Oh god look at this : beau­ti­ful”… On passe un moment génial, qui lance par­faite­ment le week-end.

Retour à la scène Illu­mi­na­tions, où on passera quelques fois sur les 5 jours pour voir le rock indé des Bri­tan­niques Wet Leg, la fougue rageuse en haut résille de Fat White Fam­i­ly, mais aus­si Clutch, Noga Erez, l’afrobeat de Femi Kuti et le hip-hop lan­goureux de Luid­ji. On est tombés en pamoi­son devant la folie furieuse de Marc Rebil­let, qui n’a gardé son fameux peignoir que pour quelques tracks avant de finir le con­cert en caleçon, hurlant, faisant des roulades, aspergeant l’as­sis­tance avec son pis­to­let à CO2… Et bien sûr en mon­trant toute sa dex­térité pour soulever les foules à coups de bass­es ron­flantes, d’un esprit funk indé­ni­able et d’une sen­su­al­ité à faire pâlir Axelle Red.

Marc Rebillet - Cabaret Vert

Marc Rebil­let © F.MAYOLET

Mais la vraie nou­veauté de cette édi­tion de Cabaret Vert, c’est l’in­stal­la­tion du Green­floor au milieu des arbres, pour des con­certs rap jusqu’à 21h chaque soir, puis vio­lem­ment élec­tron­iques jusqu’à la fin de la soirée. Taper du pied dans la fôret avec en prime, à par­tir du ven­dre­di, la boue qui a suivi la pluie, bon­heur ! Après avoir franchi un pont et la Meuse, on se retrou­ve dans un cadre fou et loin de tout, hors du temps. On y aura vu les sets au cordeau d’Eris Drew et d’Oc­to Octa (tout au vinyle, s’il vous plait!), de La Fleur et de Paula Tem­ple, de Patriboi69, Leon Vyne­hall et Lena Wil­likens. Le live de Mara en a aus­si retourné plus d’un, avec son atti­tude de bad­bitch et son mantra “foulamerde”. Avant son con­cert, une annonce reten­tis­sait : “La com­pag­nie Mara se dédouane de toute respon­s­abil­ité en cas de twerk incon­trôlé ou de cour­ba­tures au niveau fessier”. Un live défini­tive­ment canon. Ce Green­floor, c’est sans doute l’un des meilleurs spots qu’on ait vus en fes­ti­val en France ! Là, tout n’est que bam­boche et beauté : luxe, kicks et volupté.

 

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La petite scène rock et alter­na­tive Razor­back aura offert bien des sur­pris­es. À com­mencer par Wu-Lu qui a offert un show au delà des gen­res, mêlant hip-hop, métal et jazz fusion, pour un final rem­pli d’én­ergie punk. 50 min­utes impres­sion­nantes quand on sait que Wu-Lu sor­tait juste de son train avant de mon­ter sur scène. Ven­dre­di, on a bien chan­té et dan­sé sous la pluie sur l’indie rock punk des Leo­disiens de Yard Act. Le chanteur James Smith, armé de son large anorak kaki, avait des airs de Liam Gal­lagher mais la com­para­i­son s’ar­rête là. Con­traire­ment au Man­curien, Smith don­nait à son pub­lic d’é­tranges choré­gra­phies sur les titres satiriques et anti­sys­tème du groupe. “Take the mon­ey, take the mon­ey and run”, avons-nous hurlé en coeur.

Et une heure après, un OVNI a débar­qué : Pink Siifu & Negro’6. Le mal­heureux se pro­dui­sait en même temps qu’Orel­san, alors la foule était éparse. Le rappeur améri­cain et son crew ont don­né l’un des meilleurs moments de la journée, alter­nant tan­tôt jam métal et impro jazz. Inat­ten­du ! Mais on peut avancer, sans aucune incer­ti­tude, que le meilleur con­cert sur cette scène est venu de Lynks. L’artiste orig­i­naire de Brix­ton a amené un show drag et déluré à Charleville-Mézières. “Mad­ness joue en ce moment-même, mais mon­trons que la vraie mad­ness est ici”, a‑t-iel hurlé. Et pour le coup, la folie était vrai­ment sur la scène de Razor­back. Si le show a com­mencé avec une cen­taine de per­son­nes dans le pub­lic, il s’est con­clu avec une foule con­quise. Titres dance alter­nat­ifs, choré­gra­phies et beau­coup d’hu­mour, Lynks et ses danseuses ont ramené tous les badauds égarés du fes­ti­val. Et un peu trop d’hommes hétéro qui ne com­pre­naient vis­i­ble­ment pas les paroles de l’artiste (“C’est une bite, c’est une merde, c’est une putain de fente à pisse”).

 

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Côté rap, on a aimé Lit­tle Simz, Sopi­co et Tiako­la, pas trop eu le temps de voir Lay­low mais on s’est con­solé avec le coup de coeur Lala&ce! Enfin quelqu’un qui maîtrise son auto­tune à 100%, et ça fait du bien. Coup de cha­peau aux deux poids lourds du genre : VALD a chauf­fé l’as­sis­tance accom­pa­g­né de son beat­mak­er Suikon Blaz AD, en n’u­til­isant le grand écran der­rière lui que pour dif­fuser ses clips. Bon. Valentin a enchainé ses tubes -“Self­ie”, “Deviens génial”, “Désac­cordé” trois fois- et ses feats les plus oufs, notam­ment avec Damso, Lefa, Loren­zo, Fian­so et for­cé­ment “Péon” avec Orel­san. D’ailleurs le Caen­nais a lui aus­si maîtrisé son pas­sage sur la grande scène, sourire jusqu’aux oreilles, énergie folle, textes incisifs et tubes repris en choeur par absol­u­ment TOUT le pub­lic. En revanche, on n’ar­rive plus à savoir si c’est lourd ou mar­rant, les “Aurélien ! Une chan­son!” scan­dés par le public.

On aura assez vite nex­té Stro­mae (son album très moyen a dû jouer) et Liam Gal­lagher (son ciné­ma à Beau­re­gard a claire­ment joué), pour plutôt aller admir­er des con­certs plus under­ground : le garage-rock car­ré de John­nie Car­wash, l’élé­gante bed­room pop de Gus Dap­per­ton, la tech­no som­bre de Nathan Zahef ou encore la hargne de Work­ing Men’s Club ‑voir un chanteur se four­rer le micro dans la bouche et con­tin­uer à chanter/crier, c’é­tait une pre­mière pour nous. Mais on n’oublie pas non plus le show holy­woo­d­i­en qu’a offert Slip­knot pour l’u­nique date en France de sa tournée européenne. Masques et cos­tumes évidem­ment, mais aus­si décors indus­triels, flammes et feu d’artifice. On était comme les familles curieuses autour nous, on n’a rien com­pris mais c’était bien.

Work­ing Men’s Club © M.TCHAKMAKDJIAN

Mais le prix du meilleur live du week-end ‑évidem­ment c’est très personnel- se dis­pute entre Vital­ic et H.E.R. Le pre­mier a envoyé un con­cert dan­tesque avec des lumières éblouis­santes et absol­u­ment grandios­es, tout en bal­açant ses titres avec min­i­mum deux fois plus de puis­sance que n’im­porte quel artiste de cette édi­tion du Cabaret Vert. Chaque basse et chaque kick réson­naient dans chaque fibre de nos corps, et on a dû enten­dre le con­cert à des dizaines de kilo­mètres à la ronde. Si vous comptez aller le voir, prenez une assur­ance pour vos tym­pa­ns. Quelle vio­lence, et quel bon­heur ! L’Améri­caine H.E.R. n’a pas joué dans les meilleures con­di­tions à Cabaret Vert : en place sur la grande scène Zanz­ibar, elle est arrivée sous la pluie ‑ou plutôt le déluge- devant un pub­lic qui, de toute évi­dence, ne se com­po­sait pas de fans. Pire : une bonne par­tie de l’as­sis­tance ne la con­nais­sait pas, on a par exem­ple enten­du “Ouais, c’est Ali­cia Keys dix ans plus tard quoi”. Pour­tant après quelques titres soul, quand elle a mon­tré l’é­ten­due de sa classe et de sa tes­si­ture, qu’elle a enchaîné les vibes soul sans forcer, les coeurs ont com­mencé à fon­dre. Et quand elle est par­tie en solos de gui­tare, rien n’au­rait su l’ar­rêter. Le pub­lic fut pris d’une folie col­lec­tive sur ses repris­es de “We Will Rock You” et de “Are You Gonna Go My Way”, et tout le monde était con­quis jusqu’à la fin du show. Si en plus on con­clue par un “Make it rain” for­cé­ment à pro­pos sous les rideaux de pluie, et enfin “Intim­i­dat­ed” (son feat avec Kay­trana­da) en rap­pel… Que deman­der de plus, franchement?

H.E.R. à Cabaret Vert

H.E.R. @ F.MAYOLET

Le dimanche, on retrou­vait à la pro­gram­ma­tion Véronique San­son, Gaë­tan Rous­sel ou encore Eddy de Pret­to, mais aus­si Femi Kuti (oui, le fils de Fela), Sopi­co et Luid­ji, à un tarif excep­tion­nel de 19€ ! Cela a rameuté pas mal de familles, de jeunes, de ‑beaucoup- moins jeunes et surtout des gens qui n’ont pas l’habi­tude ou la pos­si­bil­ité d’aller en concert/festival. C’est ce genre d’ini­tia­tives intel­li­gentes qui fait de Cabaret Vert un endroit à part, petit événe­ment devenu grand mais tou­jours atten­tif à son pub­lic et à son époque, un fes­ti­val ancré dans son ter­ri­toire, fédéra­teur, ouvert, inclusif… Et défini­tive­ment fes­tif ! Alors on a déjà hâte d’être à la prochaine édi­tion du Cabaret Vert, pour de nou­velles aven­tures arden­nais­es. (Et aus­si un peu pour la bière et le boudin blanc)

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