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23 août 2022

Check In Party : rock, famille et musiques électroniques pour un décollage réussi

par Bérénice Hourçourigaray

La Check In Party se place comme un des derniers festivals avec une programmation rock aux petits oignons. Mais c’est aussi des artistes électro qui arrivent, par la qualité de leurs concerts, à conquérir un public tout sauf aguerri à coups de rythmes transcendants. Bref, un festival où la puissance du live prend tout son sens. Prêt pour le décollage ?

Vendredi, à partir de 11h, une navette nous dépose à l’entrée du festival, enfin juste devant la piste de décollage. Car la Check In Party tire son nom du site, assez insolite : un ancien aérodrome. Toute l’identité du festival repose sur ce thème aérien et ça donne des séquences assez folles. Dès notre arrivée des zozos en mobilettes, casqués comme des aviateurs, nous dépassent pour déposer des campeurs de l’autre côté de la piste, aux portes d’embarquements.

Check in

©Lulu Laberlu

Le site est petit mais c’est clairement ce qui fait son charme. Il propose deux scènes principales, et une carrément intimiste, en plein milieu des festivaliers. Au bout des deux jours, on s’y sent chez soi. Qui l’eut cru, qu’un aéroport soit aussi confortable ?

Les stands ne sont pas encore très développés, mais pour une deuxième édition, on pardonne la Check In Party ! Vous verrez tout de même deux énormes étalages de « la ferme bio de Pigerolles ». Mélange assez amusant de cendriers de faïence tricolore, briquets et autres feuilles Slim côtoient les stands de prévention routière et du Planning familial de la Creuse. On tire d’ailleurs notre chapeau à l’équipe de cette association, qui nous a décrypté avec une pédagogie sans nom notre licorne du genre. Elle a d’ailleurs réussi à organiser une marche de fierté à Guéret, rameutant plus de 300 personnes pour sa deuxième édition. Keep going !

Le festival est bien pensé puisque, pour éviter les embouteillages, un seul groupe joue à la fois. Des deux scènes principales, on a préféré la Wall Of Sound, niché dans un renfoncement, ce qui promet des moments intimistes avec les groupes. Et quels groupes ! Malgré ses apparences minimalistes, la Check In Party offre une programmation remplie de géants du rock anglophone : Shame, Fontaines DC, Geese, Kevin Morby, Working Men’s Club, Los Bitchos et puis en tête d’affiche, The Libertines. Tout ce joli monde côtoie nos Français Feu! Chatterton, Last Train, The Liminanas et Mansfield.TYA. Pour sa deuxième bougie, le festival ponctue ce line-up de folie par des pépites de la scène électronique française : Arnaud Rebotini, French 79, Lucie Antunes, Dombrance.

 

The Libertines sous un rideau de pluie à Guéret, rien que ça

C’est ça la magie de la Check in Party, pouvoir toucher du doigt d’aussi grandes légendes. Leur tête d’affiche The Libertines a accepté au dernier moment de remplacer les Australiens King Gizzard and the Lizard Wizard. Et ils nous ont offert un concert hors temps, entre enchaînement des hits qui ont bercé notre adolescence et petite surprise météorologique.

Puisque cette série de concerts intervient dans le cadre des vingt ans de leur premier album, Up the Bracket, ils nous ont ressorti toutes les pépites dont ruisselle cet album. Mais pas que. « Shoop shoop, shoop de-lang-a-lang », « What Katie Did » résonne dans l’immensité de l’aérodrome accompagné des mythiques accords à la guitare de Carl Barât.

 

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Voir Pete Doherty à Guéret au milieu de la Creuse, c’est déjà un moment suffisamment unique. Mais lorsque, sans prévenir, une pluie diluvienne s’abat sur le public, le pari de la Check In est réussi : on ne touche plus le sol, on plane. Avec les éclairages, le rendu est magique. Les gouttes d’eau forment un rideau argenté. Ce n’est pas ce qui va arrêter les fans, au contraire, car les pogos se multiplient. Les chaussures couinent sur un sol qui ressemble plus à de la gadoue, les cheveux sont trempés, mais les sourires, eux, demeurent.

 

Du rock du rock et encore du rock

Le festival se veut être représentatifs des « musiques indépendantes ». Sous cette appellation mystérieuse de cache de loin l’un des festivals les plus rock que l’on ait vu depuis longtemps !

Fontaines DC a joué le jeu. Le groupe de punk Anglais entre en scène sur un morceau de Gainsbourg, l’inconditionnel « L’anamour » qui nous met dans le thème du festival : « aucun Bœing sur mon transit ». 

Le girls band instrumental Los Bitchos remet la fête au cœur du rock, convoquant l’esprit de la cumbia à merveille dans leur concert sous le soleil de la Creuse qui a enfin osé pointer le bout de son nez. C’est le groupe parfait pour commencer sa journée, une bière fraîche à la main. Mais attention, ce groupe disjoncté nous fait rapidement poser nos ecocups, lorsqu’elles nous demandent sur « Pista (Fresh Start) » de bouger nos mains en rythme de droite à gauche, droite à gauche. Le résultat est mémorable.

 

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Mais attention, les Français aussi savent mettre le feu à la scène. Et ce n’est pas Arthur Teboul, leader charismatique de Feu! Chatterton qui va se gêner pour se jeter dans la foule et déclamer le refrain de son mythique « Monde nouveau », qui résonne comme les rêveries d’une génération toute entière :  « se prendre dans les bras, s’attraper dans les bras… ». Ce groupe était prédestiné à atterrir à la Check In Party. Vous ne vous souvenez pas ? Dans son premier album est niché un morceau magnétique, par son piano et le rythme de sa batterie, qui porte un nom aussi aérien que le festival « Boeing ». Plus que des morceaux groovy, le quintette parisien nous a offert de vrais moments d’émotion grâce à ses textes poétiques, avec  » Côte Concorde » et « Cantique ».

 

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Un autre groupe qui sait jouer avec nos émotions, c’est Mansfield. TYA. Elles ouvrent leur set avec « La nuit tombe » sur un ciel prêt à éclater, qui va parfaitement avec l’atmosphère sombre et oppressante du morceau. Puis, elles parcourent leur discographie avec une aisance impressionnante. Seul petit regret, le groupe n’a chanté que 6 chansons ce qui aura valu les soupirs et des haussements d’épaules du public. Rebeka résume bien le week-end, lorsqu’elle demande : « Êtes vous prêts à faire la fête à en crever ? » avant de commencer « Bleu lagon« , véritable hymne de leur premier album Corpo Inferno.

 

Laissez-vous embarquer par de la bonne musique électronique

À partir de minuit, le festival prend une autre couleur. Les paillettes sur les pommettes des festivaliers brillent dans le noir : c’est l’heure des danses à outrance sous les rythmes répétitifs de l’électro. Mais l’engouement n’était pas gagné d’avance. Le public plus âgé, voire familial n’a pas acheté son billet pour voir Lucie Antunes, French 79 ou encore Arnaud Rebotini. Mais les rythmes percutants touchent toutes les générations. Et il s’est créé cette connivence magique entre un artiste et son public qui se réunissent pour une seule et même chose : célébrer la bonne musique.

MEUTE comptait déjà des aguerris mais on ne pensait pas que le groupe de fanfare/techno avait autant de fans à Guéret. La recette du groupe reste la même, avec ses onze musiciens équipés de leurs cuivres et percus, parés de leurs emblématiques vestes rouges.

Un homme seul sur scène qui arrive à produire toutes ces palettes de sons, c’est ça le secret de l’émerveillement que produit French 79. Il finit son set avec son hit, qu’il a merveilleusement réussi à réinventer en live. La voix hypnotique de Sarah Rebecca résonne dans l’aérodrome. Les yeux des spectateurs se croisent l’air de dire, « toi aussi tu l’as reconnue ». Les têtes commencent à se balancer, prêtes pour le décollage. Six ans après sa sortie, « Diamond Veins » fait toujours autant son effet.

Un autre patron des machines, c’est Arnaud Rebotini. Quelle classe ! Les cheveux laqués tirés vers l’arrière qu’il remet frénétiquement derrière son oreille, chemise noire, ses mains baguées virevoltent sur les synthétiseurs.

 

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C’est au tour de la percutante Lucie Antunes de nous faire vibrer. Elle est plantée au milieu de la scène, et c’est tout son corps qui se met en mouvement pour électriser le public. Les percussions sous toutes leurs formes sont mises à l’honneur, sans jamais étouffer les autres instruments qui nourrissent ses productions. Lorsque « LNM » retentit, son titre phare, on est obsédé par cette voix mécanique.

 

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La Check In Party est définitivement l’un des festivals les plus prometteurs de ces années. En programmant des groupes qui placent l’expérience live au cœur de leur musique, il tient sa promesse de nous emmener au septième ciel. Gare à l’atterrissage, le décollage horaire avec Paris est compliqué à gérer après un week-end pareil !

 

Meilleur moment : quand on tombe amoureux de Kevin Morby et de sa veste à franges dorée… Et qu’il lance une rose blanche dans le public qui tombe juste entre nos mains. Certain appelleront ça le destin.

Pire moment : quand on s’est rendu compte que c’était sympa cinq minutes le tee-shirt mouillé devant The Libertines, avant d’hériter  d’une jolie angine.

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