Check In Party : rock, famille et musiques électroniques pour un décollage réussi

La Check In Par­ty se place comme un des derniers fes­ti­vals avec une pro­gram­ma­tion rock aux petits oignons. Mais c’est aus­si des artistes élec­tro qui arrivent, par la qual­ité de leurs con­certs, à con­quérir un pub­lic tout sauf aguer­ri à coups de rythmes tran­scen­dants. Bref, un fes­ti­val où la puis­sance du live prend tout son sens. Prêt pour le décollage ?

Ven­dre­di, à par­tir de 11h, une navette nous dépose à l’entrée du fes­ti­val, enfin juste devant la piste de décol­lage. Car la Check In Par­ty tire son nom du site, assez inso­lite : un ancien aéro­drome. Toute l’i­den­tité du fes­ti­val repose sur ce thème aérien et ça donne des séquences assez folles. Dès notre arrivée des zozos en mobilettes, casqués comme des avi­a­teurs, nous dépassent pour dépos­er des campeurs de l’autre côté de la piste, aux portes d’embarquements.

Check in

©Lulu Laber­lu

Le site est petit mais c’est claire­ment ce qui fait son charme. Il pro­pose deux scènes prin­ci­pales, et une car­ré­ment intimiste, en plein milieu des fes­ti­va­liers. Au bout des deux jours, on s’y sent chez soi. Qui l’eut cru, qu’un aéro­port soit aus­si confortable ?

Les stands ne sont pas encore très dévelop­pés, mais pour une deux­ième édi­tion, on par­donne la Check In Par­ty ! Vous ver­rez tout de même deux énormes éta­lages de “la ferme bio de Pigerolles”. Mélange assez amu­sant de cen­dri­ers de faïence tri­col­ore, bri­quets et autres feuilles Slim côtoient les stands de préven­tion routière et du Plan­ning famil­ial de la Creuse. On tire d’ailleurs notre cha­peau à l’équipe de cette asso­ci­a­tion, qui nous a décryp­té avec une péd­a­gogie sans nom notre licorne du genre. Elle a d’ailleurs réus­si à organ­is­er une marche de fierté à Guéret, rameu­tant plus de 300 per­son­nes pour sa deux­ième édi­tion. Keep going !

Le fes­ti­val est bien pen­sé puisque, pour éviter les embouteil­lages, un seul groupe joue à la fois. Des deux scènes prin­ci­pales, on a préféré la Wall Of Sound, niché dans un ren­fon­ce­ment, ce qui promet des moments intimistes avec les groupes. Et quels groupes ! Mal­gré ses apparences min­i­mal­istes, la Check In Par­ty offre une pro­gram­ma­tion rem­plie de géants du rock anglo­phone : Shame, Fontaines DC, Geese, Kevin Mor­by, Work­ing Men’s Club, Los Bitchos et puis en tête d’affiche, The Lib­ertines. Tout ce joli monde côtoie nos Français Feu! Chat­ter­ton, Last Train, The Lim­i­nanas et Mansfield.TYA. Pour sa deux­ième bougie, le fes­ti­val ponctue ce line-up de folie par des pépites de la scène élec­tron­ique française : Arnaud Rebo­ti­ni, French 79, Lucie Antunes, Dombrance.

 

The Lib­ertines sous un rideau de pluie à Guéret, rien que ça

C’est ça la magie de la Check in Par­ty, pou­voir touch­er du doigt d’aus­si grandes légen­des. Leur tête d’affiche The Lib­ertines a accep­té au dernier moment de rem­plac­er les Aus­traliens King Giz­zard and the Lizard Wiz­ard. Et ils nous ont offert un con­cert hors temps, entre enchaîne­ment des hits qui ont bercé notre ado­les­cence et petite sur­prise météorologique.

Puisque cette série de con­certs inter­vient dans le cadre des vingt ans de leur pre­mier album, Up the Brack­et, ils nous ont ressor­ti toutes les pépites dont ruis­selle cet album. Mais pas que. “Shoop shoop, shoop de-lang-a-lang”, What Katie Did” résonne dans l’immensité de l’aérodrome accom­pa­g­né des mythiques accords à la gui­tare de Carl Barât.

 

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Voir Pete Doher­ty à Guéret au milieu de la Creuse, c’est déjà un moment suff­isam­ment unique. Mais lorsque, sans prévenir, une pluie dilu­vi­enne s’abat sur le pub­lic, le pari de la Check In est réus­si : on ne touche plus le sol, on plane. Avec les éclairages, le ren­du est mag­ique. Les gouttes d’eau for­ment un rideau argen­té. Ce n’est pas ce qui va arrêter les fans, au con­traire, car les pogos se mul­ti­plient. Les chaus­sures couinent sur un sol qui ressem­ble plus à de la gadoue, les cheveux sont trem­pés, mais les sourires, eux, demeurent.

 

Du rock du rock et encore du rock

Le fes­ti­val se veut être représen­tat­ifs des “musiques indépen­dantes”. Sous cette appel­la­tion mys­térieuse de cache de loin l’un des fes­ti­vals les plus rock que l’on ait vu depuis longtemps !

Fontaines DC a joué le jeu. Le groupe de punk Anglais entre en scène sur un morceau de Gains­bourg, l’inconditionnel “L’anamour” qui nous met dans le thème du fes­ti­val : “aucun Bœing sur mon transit”. 

Le girls band instru­men­tal Los Bitchos remet la fête au cœur du rock, con­vo­quant l’esprit de la cumbia à mer­veille dans leur con­cert sous le soleil de la Creuse qui a enfin osé point­er le bout de son nez. C’est le groupe par­fait pour com­mencer sa journée, une bière fraîche à la main. Mais atten­tion, ce groupe dis­jonc­té nous fait rapi­de­ment pos­er nos ecocups, lorsqu’elles nous deman­dent sur “Pista (Fresh Start)” de bouger nos mains en rythme de droite à gauche, droite à gauche. Le résul­tat est mémorable.

 

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Mais atten­tion, les Français aus­si savent met­tre le feu à la scène. Et ce n’est pas Arthur Teboul, leader charis­ma­tique de Feu! Chat­ter­ton qui va se gên­er pour se jeter dans la foule et déclamer le refrain de son mythique “Monde nou­veau”, qui résonne comme les rêver­ies d’une généra­tion toute entière :  “se pren­dre dans les bras, s’at­trap­er dans les bras…”. Ce groupe était prédes­tiné à atter­rir à la Check In Par­ty. Vous ne vous sou­venez pas ? Dans son pre­mier album est niché un morceau mag­né­tique, par son piano et le rythme de sa bat­terie, qui porte un nom aus­si aérien que le fes­ti­val “Boe­ing”. Plus que des morceaux groovy, le quin­tette parisien nous a offert de vrais moments d’émotion grâce à ses textes poé­tiques, avec ” Côte Con­corde” et “Can­tique”.

 

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Un autre groupe qui sait jouer avec nos émo­tions, c’est Mans­field. TYA. Elles ouvrent leur set avec “La nuit tombe” sur un ciel prêt à éclater, qui va par­faite­ment avec l’atmosphère som­bre et oppres­sante du morceau. Puis, elles par­courent leur discogra­phie avec une aisance impres­sion­nante. Seul petit regret, le groupe n’a chan­té que 6 chan­sons ce qui aura valu les soupirs et des hausse­ments d’épaules du pub­lic. Rebe­ka résume bien le week-end, lorsqu’elle demande : “Êtes vous prêts à faire la fête à en crev­er ?” avant de com­mencer “Bleu lagon”, véri­ta­ble hymne de leur pre­mier album Cor­po Infer­no.

 

Laissez-vous embar­quer par de la bonne musique électronique

À par­tir de minu­it, le fes­ti­val prend une autre couleur. Les pail­lettes sur les pom­mettes des fes­ti­va­liers bril­lent dans le noir : c’est l’heure des dans­es à out­rance sous les rythmes répéti­tifs de l’électro. Mais l’engouement n’était pas gag­né d’avance. Le pub­lic plus âgé, voire famil­ial n’a pas acheté son bil­let pour voir Lucie Antunes, French 79 ou encore Arnaud Rebo­ti­ni. Mais les rythmes per­cu­tants touchent toutes les généra­tions. Et il s’est créé cette con­nivence mag­ique entre un artiste et son pub­lic qui se réu­nis­sent pour une seule et même chose : célébr­er la bonne musique.

MEUTE comp­tait déjà des aguer­ris mais on ne pen­sait pas que le groupe de fanfare/techno avait autant de fans à Guéret. La recette du groupe reste la même, avec ses onze musi­ciens équipés de leurs cuiv­res et per­cus, parés de leurs emblé­ma­tiques vestes rouges.

Un homme seul sur scène qui arrive à pro­duire toutes ces palettes de sons, c’est ça le secret de l’émerveillement que pro­duit French 79. Il finit son set avec son hit, qu’il a mer­veilleuse­ment réus­si à réin­ven­ter en live. La voix hyp­no­tique de Sarah Rebec­ca résonne dans l’aérodrome. Les yeux des spec­ta­teurs se croisent l’air de dire, “toi aus­si tu l’as recon­nue”. Les têtes com­men­cent à se bal­ancer, prêtes pour le décol­lage. Six ans après sa sor­tie, “Dia­mond Veins” fait tou­jours autant son effet.

Un autre patron des machines, c’est Arnaud Rebo­ti­ni. Quelle classe ! Les cheveux laqués tirés vers l’arrière qu’il remet fréné­tique­ment der­rière son oreille, chemise noire, ses mains baguées vire­voltent sur les synthétiseurs.

 

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C’est au tour de la per­cu­tante Lucie Antunes de nous faire vibr­er. Elle est plan­tée au milieu de la scène, et c’est tout son corps qui se met en mou­ve­ment pour élec­tris­er le pub­lic. Les per­cus­sions sous toutes leurs formes sont mis­es à l’honneur, sans jamais étouf­fer les autres instru­ments qui nour­ris­sent ses pro­duc­tions. Lorsque LNM reten­tit, son titre phare, on est obsédé par cette voix mécanique.

 

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La Check In Par­ty est défini­tive­ment l’un des fes­ti­vals les plus promet­teurs de ces années. En pro­gram­mant des groupes qui pla­cent l’ex­péri­ence live au cœur de leur musique, il tient sa promesse de nous emmen­er au sep­tième ciel. Gare à l’at­ter­ris­sage, le décol­lage horaire avec Paris est com­pliqué à gér­er après un week-end pareil !

 

Meilleur moment : quand on tombe amoureux de Kevin Mor­by et de sa veste à franges dorée… Et qu’il lance une rose blanche dans le pub­lic qui tombe juste entre nos mains. Cer­tain appelleront ça le destin. 

Pire moment : quand on s’est ren­du compte que c’était sym­pa cinq min­utes le tee-shirt mouil­lé devant The Lib­ertines, avant d’hérit­er  d’une jolie angine.

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