Credit Photo : Nicolas Bresson

Le Caprices Festival s’est renouvelé… doucement mais sûrement

C’est désor­mais une tra­di­tion pour la fin de la sai­son de ski. Rendez-vous en Suisse, dans le Valais plus pré­cisé­ment à Crans-Montana, pour aller danser au Caprices Fes­ti­val. Si l’on peut reprocher à l’événement – ain­si qu’à la MDRNTY Cruise organ­isée par les mêmes pro­mo­teurs lau­san­nois – d’avoir une pro­gram­ma­tion un peu trop uni­forme et pas vrai­ment renou­velée d’un événe­ment à l’autre, on ne peut que recon­naître les efforts con­sen­tis sur cette édi­tion 2018. Un peu moins de DJ’s et plus de live : huit cette année con­tre un seul l’année passée. Et des lieux fes­tifs nou­veaux, à l’autre bout de la sta­tion. Avec tou­jours le même principe : un dance­floor de jour au beau milieu du domaine ski­able et un de nuit au pied des pistes.

Quasi-inexistant il y a à peine dix ans, les fes­ti­vals élec­tron­iques à la mon­tagne sont devenus aujourd’hui des étapes incon­tourn­ables du cir­cuit. On ne vous en fera pas la liste telle­ment elle est longue comme l’autoroute qui mène de Genève à Crans-Montana. Bon, la vue sur le Lac Léman et notre chauf­feur adepte de free par­ties nous ont finale­ment fait trou­ver le temps moins long. Dédié inté­grale­ment depuis 2015 à la house et à la tech­no mais ayant accueil­li ces gen­res dès sa pre­mière édi­tion il y a 15 ans, le Caprices fait un peu fig­ure de pio­nnier. Cette année toute­fois, il a fail­li se dérouler dans ces cir­con­stances un peu par­ti­c­ulières. Celles d’une sta­tion fan­tôme, dépourvue de ses skieurs. En effet, une dizaine de jours avant la tenue de l’événement, une embrouille – des his­toires de gros sous – entre les com­munes et la régie des remon­tées mécaniques a incité cette dernière à fer­mer pure­ment et sim­ple­ment les instal­la­tions. Pas cool pour les touristes encore présents, en par­ti­c­uli­er les Belges dont c’était les vacances sco­laires à ce moment-là. Un chèque a finale­ment été signé et la sta­tion a rou­verte au bout de deux jours. Mais le mal était fait. Une très mau­vaise pub pour Crans-Montana. Il fal­lait bien le Caprices Fes­ti­val pour faire oubli­er tout ça.


Ben Klock en mode groovy sous la tente MDNRTY le same­di après-midi

 

On débar­que frais comme des gar­dons le ven­dre­di midi. La veille, la super­star Paul Kalk­bren­ner a paraît-il, de l’avis général, de notre chauffeur-teufeur à nos con­frères jour­nal­istes en pas­sant par l’attaché de presse – bon lui n’est pas objec­tif c’est clair – fait un live “pas si mal” voir “vrai­ment sym­pa, il n’a pas trop joué de morceaux de 7″ — son album à oubli­er. Sans ran­cune Paulo, on vien­dra t’écouter une prochaine fois. Après avoir déje­uné et surtout dégusté notre pêché-mignon local le Fen­dant, un vin blanc du Valais – l’abus d’alcool blablabla – on monte dans la télé­cab­ine pour retrou­ver un habitué des lieux, Ricar­do Vil­lalo­bos. Car oui, ce qu’on pour­rait reprocher à Caprices et à MDRNTY – l’agence qui s’occupe de la prog et qui organ­ise aus­si la croisière du même nom – c’est de tou­jours book­er un peu les mêmes. Mais soyons hon­nêtes cette année, il y avait beau­coup plus de lives et quelques belles sur­pris­es quand même. Ricar­do est en forme, il est comme à la mai­son. D’ailleurs il porte un t-shirt Décathlon à 3 euros, le même que quand il chille – nor­mal pour un Chilien, par­don pour cette blague minable — chez lui peinard dans son canap, per­pé­tu­ant avec bravoure le style “norm­core”. Plus sérieuse­ment, le gars fait ce qu’il veut. Il fait des bisous à l’assistance, il passe du Depeche Mode, des clas­siques raves comme « Total Con­fu­sion », un petit Lil’ Louis “Black­out”, un Sound­stream dont il finit par offrir le vinyle à un spec­ta­teur. Ça passe ou ça casse. Cer­tains trou­vent sa presta­tion moyenne,” jemen­foutiste” Nous, on adhère, on trou­ve qu’il n’y a que lui pour pass­er avec une telle aisance entre dif­férents styles et dif­férentes épo­ques.

Après un peu de repos bien mérité on débar­que dans l’immense chapiteau qui fait office de lieu prin­ci­pal du fes­ti­val. Sur un park­ing, au pied de la télé­cab­ine qu’on a emprun­té tout à l’heure. Patrice Baumel joue de la tech­no mélodique et fait douce­ment décoller l’assistance. Une par­faite intro­duc­tion à ceux qu’on ne voulait pas louper ce soir, un live cette fois, celui du trio Cob­ble­stone Jazz autour de Math­ew Jon­son. Leur tech­no est douce, deep, sub­tile, toute en nuances. C’est juste beau en fait. Mais trop court. Une heure et les trois garçons rangent leur matériel. Der­rière, Paul Ritch ne fait pas dans la den­telle. Ce sera de la tech­no frontale et point barre. On trou­ve un peu étrange de l’avoir calé entre Cob­ble­stone Jazz et Hen­rik Schwarz qui for­cé­ment va redescen­dre avec sa house très organique et groovy. Mais dans le pub­lic, on kiffe. On sur­prend d’ailleurs un polici­er munic­i­pal en tenue – venu assur­er notre sécu­rité, enfin c’est qu’on s’est dit – en train de dode­lin­er de la tête. Un peu, beau­coup, pas­sion­né­ment. Le mec est dedans en fait ! Voilà qu’il dégaine son smart­phone et qu’on le sur­prend à bal­ancer une pho­to sur Face­book. Bien sûr, on est curieux, on reste jour­nal­iste en toutes cir­con­stances, on vous a retrou­vé son post.

 

Les temps changent, il faut croire. On se rap­pelle toutes nos sor­ties de raves, à se faire retourn­er nos bag­noles par des flics con­de­scen­dants à la recherche d’on ne sait trop quoi, comme si on était tous des deal­ers en puis­sance. Aujourd’hui les mecs s’enjaillent comme tout le monde sur de la tech­no. On pré­cise quand même que con­traire­ment à la France qui a eu une poli­tique très répres­sive vis-à-vis de cette musique dans les années 90, la Suisse l’a tou­jours accueil­li de manière bien­veil­lante et que la radio de ser­vice pub­lic Couleur 3 en dif­fu­sait même à longueur de journée tan­dis qu’en France on se fai­sait taper dessus. Cette petite digres­sion mise à part, on ter­mine notre pre­mière nuit au Caprices sur le live d’Hen­rik Schwarz, très classe comme d’habitude. Jouant, entre autres, son remix de “The Melody” de Carl Craig qui sort ces jours-ci. Une tuerie. On part avant le DJ set de Ame, car on a un “pro­jet” : ski­er à Crans-Montana ! Surtout que l’hiver a été généreux et que les remon­tées ont finale­ment rou­vertes. Pourquoi ne pas en prof­iter ? Après avoir tracé des courbes une bonne par­tie de la journée dans une neige bien mol­las­sonne – on est mi-avril, c’est nor­mal en même temps – on a notre pre­mier moment de soli­tude. Nous, tran­spi­rant dans notre tenue de ski un peu dégueu, croisant une horde de clubbeurs sor­tant d’un bus, bien apprêtés et exha­lant de fortes odeurs d’eaux de toi­lettes bon marché. On allait bien­tôt les rejoin­dre non sans avoir pris une bonne douche mais sans met­tre de par­fum. Ca ne pas­sait pas au con­trôle de l’aéroport. Nous revoilà sur le dance­floor MDNRTY avec un Ben Klock en mode hap­py et groovy, assez éloigné de l’ambiance aus­si austère que sexy – mais qu’on adore – du Berghain. L’allemand prof­ite de l’instant et sa bonne humeur est com­mu­nica­tive. Un des meilleurs moments – et finale­ment assez inat­ten­du– de cette 15ème édi­tion du Caprices.


Live très mélodique, très éloigné de la min­i­male, de Mata­tor

Retour au Moon pour notre dernière nuit au Caprices. On zappe un peu Moni­ka Kruse. Aux dires des per­son­nes qu’on a inter­rogées, on n’a pas loupé de presta­tion excep­tion­nelle. Par con­tre, on nous a bien ven­du le live de Mata­dor. Ancien héros de la min­i­male, passé par Minus le label de Richie Hawtin, il aurait depuis viré sa cuti et jouerait une tech­no très deep, mélodique voire lim­ite trancey. C’est le cas et on est obligé de s’incliner : le mec déchire. Le pub­lic exulte lorsque l’irlandais joue son remix du clas­sique “Domi­no” d’Oxia. Comme avec Cob­ble­stone Jazz la veille, sa presta­tion d’une heure nous laisse sur notre faim. Der­rière, l’américain Dub­fire remonte en inten­sité, jouant une tech­no somme toute clas­sique. Le Caprices 2018 s’achève là pour nous. Le lende­main, Sven Väth a con­clu l’événement – comme chaque année – avec le local de l’étape Luciano. Et les équipes du Caprices avaient déjà en tête leur prochain pro­jet, la deux­ième édi­tion de la MDRNTY Cruise qui cette année aura lieu au mois de juin, c’est-à-dire très bien­tôt. Et on se dis­ait que mal­gré les imper­fec­tions d’une pro­gram­ma­tion prévis­i­ble, mal­gré une par­tie du pub­lic un peu trop fashion/Ibiza à notre goût, mal­gré cette neige de print­emps dif­fi­cile à ski­er, on l’aime quand même beau­coup ce fes­ti­val. A taille humaine, dans un lieu mag­nifique et avec une ambiance famil­iale de plus en plus rare. On revien­dra, comme Ricar­do et Sven !

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