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Ce jour où un certain cadeau de Noël changea la vie de Jean-Michel Jarre

par Tsugi

Il est le pio­nnier qu’on ne présente plus. Un jour, un cadeau a changé la vie de Jean-Michel Jarre. Il racon­te ce moment charnière qui a fait bas­culer son exis­tence. 

Arti­cle issu du Tsu­gi 131, disponible à la com­mande en ligne.

 

Un jour, j’ai passé la bande à l’envers et j’ai cru qu’il y avait des aliens qui me par­laient.”

 

À dix ans, mon grand-père m’a offert un mag­né­to­phone d’occasion à Noël. Le même soir, j’ai reçu égale­ment une tente d’Indien. Je l’ai mon­tée et je me suis caché dedans avec le mag­né­to­phone. Mon grand-père, c’était ma fig­ure pater­nelle, vu que mon père est par­ti quand j’étais très jeune. Il était ingénieur des Mines, inven­teur et joueur de haut­bois. Il m’a don­né ce goût d’avoir un pied dans la tech­nolo­gie et l’autre dans la musique. Je lui dois mon approche poé­tique de la tech­nolo­gie. C’était un vieux mag­né­to­phone alle­mand qui pesait hyper lourd. Pour moi, c’était une machine de guerre, qui me fai­sait presque peur. C’était le graal absolu. Je pas­sais mon temps sur le bal­con de mes grands-parents, à Lyon, devant la gare, à descen­dre le micro le long du mur et à enreg­istr­er les bruits de la rue. En bas, il y avait des putes et des sol­dats, c’était l’époque de la guerre d’Algérie. On entendait des juke­box hurler. Il y avait la crémerie où étaient livrés des bidons de lait en métal. Il y avait le train, au loin. Il y avait aus­si le cours de Ver­dun, qui accueil­lait des cirques. Tout ce mael­strom sonore me fasci­nait. Un jour, j’ai passé la bande à l’envers et j’ai cru qu’il y avait des aliens qui me par­laient. À par­tir de là, j’ai com­mencé à enreg­istr­er des bouts de gui­tare ou d’orgue, tout ce qui me pas­sait entre les mains. Je les trafi­quais, je leur fai­sais subir toute sorte de tor­tures sonores. C’est tou­jours les acci­dents qui vous font avancer. Je pas­sais des heures à enreg­istr­er des sons. Sans savoir que ça allait être la fon­da­tion de ma manière de faire de la musique chez Pierre Scha­ef­fer, au Groupe de Recherche Musi­cale: la musique con­crète, pren­dre des sons extérieurs et en faire de la musique. Ça a façon­né ma car­rière et toute ma vie.”

Arti­cle issu du Tsu­gi 131, disponible à la com­mande en ligne

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