Le clip de Drake, tourné dans son manoir à Toronto

Ce nouveau phénomène : les clips tournés en confinement

Les artistes, reclus chez eux à cause de la pandémie, n’ont d’autres choix que de faire avec les moyens du bord et leur ingéniosité pour réalis­er leurs clips. Un phénomène inter­na­tion­al don­nant des for­mats inédits, dont voici une sélec­tion.

Le con­fine­ment n’est pas un frein à la créa­tiv­ité. Cette sit­u­a­tion for­cée peut même être un for­mi­da­ble généra­teurs d’idées et un révéla­teur de phénomène. Isolés du reste du monde, les artistes doivent faire preuve d’une grande créa­tiv­ité pour con­tin­uer de créer. Si cer­tains sor­tent des dis­ques spé­ciale­ment pour cette péri­ode atyp­ique, d’autres vont encore plus loin en réal­isant leurs clips mal­gré le con­fine­ment. Des musi­ciens de tous hori­zons, main­stream ou under­ground, se sont ain­si amusés à tourn­er chez eux, mais aus­si à recourir au dessin ani­mé ou à la par­tic­i­pa­tion des fans. Tous les moyens sont bons pour rester vis­i­ble, à l’heure d’In­ter­net.

Si cer­tains artistes ont pu sor­tir des clips réal­isés avant le con­fine­ment, les tour­nages extérieurs sont désor­mais repoussés car impos­si­bles à tourn­er. Chez Because Music, il a fal­lu trou­ver des solu­tions alter­na­tives. Le groupe MAGENTA (nou­veau pro­jet des anciens de Fauve) devait être en tournée des clubs actuelle­ment. Le groupe a ain­si pro­posé l’idée d’imiter une de ces soirées pour le clip de “Chance”. Pour les autres artistes, le label français nous explique : “Les artistes sont les pre­miers à avoir leur mot à dire, cer­tains préfèrent ne rien faire en ce moment parce qu’ils veu­lent miser sur le qual­i­tatif”. Ce qui n’empêcha pas Major Laz­er de sor­tir son titre “Lay Your Head On Me” à la date prévue du 26 mars, en plein con­fine­ment. Mais le clip prévu dans la foulée vien­dra plus tard, nous dit-on, dans une ver­sion spé­ciale con­fine­ment, impli­quant les fans du monde entier.

S’adapter demande bien sûr de nom­breux efforts. Le groupe MAGENTA nous racon­te ain­si les dif­fi­cultés ren­con­trées pour tourn­er leur clip. “Ce n’était pas tant une idée qu’une solu­tion par défaut : on est dispersé(e)s aux qua­tre coins de la France, sachant qu’on n’a presque rien pour filmer à part nos télé­phones… Du coup, le clip à dis­tance était une des seules options envis­age­ables”. Grâce la con­ver­sa­tion What­sApp que le groupe a créé pour com­mu­ni­quer directe­ment avec ses fans, il reçoit de nom­breuses vidéos : “Ça a per­mis de mélanger des images de nous et de Char­line (Ven­dre­di sur Mer, invitée sur le titre ndlr) à celles de plein d’autres gens. On avait une super matière à exploiter.

Éclairages, décors, tout est fait avec les moyens du bord, pour les artistes comme pour le pub­lic. “Du contre-jour naturel, des rideaux devant des fenêtres, des inter­rup­teurs, des lam­pes de chevets, des écrans de télévi­sion comme machine à strobe, un car­relage noir de salle de bain pour un faux effet nuit…”, ou com­ment rester créatif avec de nou­velles con­traintes. Après un long tra­vail de tri et de mon­tage, ils obti­en­nent un clip hyp­no­tique par ses défile­ments d’im­ages et flashs syn­chro­nisés avec le BPM élevé du track, qu’on ne recom­mande pas aux per­son­nes sen­si­bles. Mal­gré les con­di­tions, le groupe en retient une belle expéri­ence : “C’est génial de l’avoir fait. Ça a été assez laborieux mais hyper drôle… Et touchant même : on s’est sen­tis moins seul(e)s avec toutes ces vidéos et ces mes­sages !”

 

Et ils ne sont pas les seuls à avoir dû trouver de nouvelles solutions pour réaliser leur clip. On assiste bien là à un phénomène international donnant lieu à une toute nouvelle forme de clips. On vous en propose une sélection.
  • Toosie Slide” de Drake

Même lorsque tout le monde est con­finé, Drake arrive tou­jours à mon­tr­er ses tal­ents d’en­ter­tain­er. Dans le clip de Toosie Slide, où le Cana­di­en est presque entière­ment cam­ou­flé, il dévoile une choré­gra­phie min­i­mal­iste et effi­cace, invi­tant ses fans à la repro­duire chez eux. Néan­moins, il est peu prob­a­ble que ces derniers béné­fi­cient d’au­tant d’e­space que l’artiste pour danser. Filmer depuis chez soi ne se révèle pas être une grande con­trainte pour Drake, qui prof­ite du clip pour faire vis­iter son immense manoir à Toron­to.

  • Better Days” de OneRepublic

Isolés de tous durant le con­fine­ment, cer­tains artistes cherchent des moyens de garder le con­tact avec leur pub­lic. C’est le cas du groupe pop rock OneRe­pub­lic, qui a réal­isé un clip met­tant à l’hon­neur leurs fans en quar­an­taine dans le monde entier. Pour accom­pa­g­n­er leur titre “Bet­ter Days”, com­posé pour l’oc­ca­sion, le groupe les a invités à leur envoy­er de cour­tes vidéos depuis chez eux, témoignant de leur quo­ti­di­en. Ces images sont entre­coupées d’ex­traits télévisés de la NBC et CNN et de plans filmés au drone sur des paysages déserts. Cette ini­tia­tive est pour la bonne cause. Sur le lien Youtube du clip, une col­lecte de dons, rever­sés à la Fon­da­tion des Nations Unies, atteint pour le moment plus d’un mil­lion de dol­lars.

  • Pas Beaux” de Vitaa et Slimane

Vitaa et Sli­mane, lau­réats aux dernières Vic­toires de la Musique pour le titre “Ça va, ça vient”, ont opéré sur le même mode que OneRe­pub­lic. Le duo a ain­si puisé dans son album com­mun de 2019, Ver­suS, pour clip­per “Pas beaux”, un titre qui souhaite redonner con­fi­ance à ceux qui l’ont per­due. Les fans du duo se met­tent ain­si en scène, par­fois en play­back, durant toute la vidéo.

  • Du bist mein” de Loredana x Zuna

Comme pour OneRe­pub­lic, Loredana (rappeuse albanaise vivant en Suisse ger­manophone) et son col­lègue alle­mand Zuna ont fait par­ticiper leurs fans au clip de “Du bist mein”, mais avec une touche sup­plé­men­taire de créa­tiv­ité dans le con­cept. La vidéo est tournée essen­tielle­ment dans un apparte­ment où les deux artistes vivent l’ex­péri­ence du con­fine­ment et en prof­i­tent pour com­pos­er le titre “Du bist mein”. Mais il est égale­ment rem­pli d’ex­traits vidéos de leur pub­lic dansant sur le track via l’ap­pli­ca­tion Tik­Tok. Une nou­velle mise à con­tri­bu­tion de son pub­lic, qui pour­rait être béné­fique quant à la pop­u­lar­i­sa­tion des deux artistes sur la plate­forme et qui pour­rait égale­ment servir de précurseur dans ce nou­veau mod­èle de clip.

  • Chocolate” de Kiana Ledé (feat. Ari Lennox)

La dis­tan­ci­a­tion sociale n’est pas un frein à la créa­tion, même lorsque deux artistes doivent col­la­bor­er à dis­tance. La jeune artiste améri­caine Kiana Ledé a invité des très grands noms de la scène RnB dont Lucky Daye, 6LACK, Arin Ray ou encore Ari Lennox pour son pre­mier album KIKI, sor­ti le 3 avril dernier. Avec la dernière nom­mée, la chanteuse a réal­isé une vidéo avec les moyens du bord. En effet, le clip se base sim­ple­ment sur une dis­cus­sion vidéo sur Face­Time entre les deux musi­ci­ennes. Ingénieux et effi­cace.

  • Good Times” de Ghali

Prenez l’in­ter­ac­tiv­ité et la joie de vivre qui éma­nent du clip de “Choco­late”, ajoutez‑y la moder­nité de “Du Bist Mein” et vous obtenez “Good Times”. Pour le clip de son nou­veau tube, le rappeur ital­ien Ghali a imag­iné un moyen d’être au plus près de ses fans. L’in­ter­prète de “Habibi” a réal­isé plusieurs lives sur Insta­gram en invi­tant ses fans à chanter le morceau en direct. Puis, il a récupéré et mixé cer­tains extraits pour créer un clip, qui à l’in­star du titre, est un hymne au “Feel Good”.

  • Dans Ma Chambre” de Salakid

Pour le Français Salakid, les moyens sont moin­dres mais l’imag­i­na­tion est bien présente. À l’o­rig­ine, le rappeur ne devait partager qu’une série de freestyles sur son compte Insta­gram, mais il lui est venue l’idée de les assem­bler pour en faire un clip. “Avec ce con­fine­ment j’ai l’im­pres­sion que vous êtes tous dans vos cham­bres à l’heure qu’il est, j’ai donc décidé de vous offrir le clip avec les 6 épisodes” déclare le rappeur. Chaque épisode est tourné dans la même cham­bre, avec des décors, lumières et effets dif­férents pour chaque freestyle.

  • Qui-Gon Jinn” de Zuukou Mayzie (feat. Freeze Corleone)

Lorsque l’on ne peut pas se filmer dehors, autant imag­in­er qu’on y est. Pour son titre “Qui-Gon Jinn”, en col­lab­o­ra­tion avec Freeze Cor­leone, Zuuk­ou Mayzie, a lais­sé deux ani­ma­teurs, You’re so cool et Zebla, s’oc­cu­per de son clip. On retrou­ve les deux rappeurs, mem­bres du col­lec­tif 667, en per­son­nages ani­més voy­ageant dans dif­férents univers, par­fois apoc­a­lyp­tique ou futur­iste, par­o­di­ant large­ment Star Wars (dont un des per­son­nages donne son titre au morceau), mais aus­si Le Seigneur des Anneaux et la mar­que de soda Fan­ta. Entre batailles spa­tiales, dic­tature mil­i­taire et fab­ri­ca­tion de drogue, on n’a pas le temps de s’en­nuy­er.

  • Ça m’énerve 2020” de Helmut Fritz

S’il y avait bien un retour inat­ten­du en 2020, c’é­tait bien le sien. Hel­mut Fritz avait provo­qué un raz de marée après la sor­tie de “Ça m’én­erve” en 2009. 11 ans plus tard, le pro­duc­teur français revient avec un remix de son tube. La pandémie a inspiré à l’artiste de nou­velles paroles, comme “T’en­fil­eras ton jog­ging, tu éter­nueras dans ton coude”, comme s’il par­o­di­ait son pro­pre titre (déjà lui-même proche de la par­o­die). Le clip débute par une vidéo gou­verne­men­tale de préven­tion con­tre le virus, avant de met­tre en scène le musi­cien sur sa ter­rasse, dans sa cave et même dans la rue. Mais l’artiste l’as­sure : “Les plans extérieurs de rue ont été réal­isés en 40mn, sur un créneau de sor­tie quo­ti­di­enne autorisée.” La sécu­rité avant tout.

  • Butterfly Finesse (Boogie Mane)” de Lala &ce

Lala &ce est une rappeuse qui a ren­con­tré un fort suc­cès d’es­time après sa mix­tape Le son d’après. Le 9 avril dernier, l’artiste reve­nait pour la pre­mière fois depuis ce pro­jet avec le clip du titre inédit But­ter­fly Finesse”. La vidéo croise des images de télévi­sion, dont des extraits vidéos de feu DJ Arafat, ou des pas­sages de l’émis­sion musi­cale soul/RnB iconique Soul Train. On y retrou­ve égale­ment cer­tains des fans de Lala &ce, ain­si que l’artiste elle-même, qui se sont filmés de chez eux.

  • The Only Reason” de Yuksek

Le pro­duc­teur disco-house française fait la syn­thèse des dif­férentes méth­odes. Comme d’autres artistes, Yuk­sek a mis à con­tri­bu­tion son pub­lic, en leur deman­dant de se filmer en train de danser chez eux sur son titre “The Only Rea­son”, issu de son album Nos­so Rit­mo paru le 28 févri­er. Mais plutôt que de con­serv­er ces images telles quelles, le musi­cien en a fait un clip d’an­i­ma­tion, se ser­vant des images filmées comme d’une matière pre­mière à crois­er et mod­i­fi­er pour coller au mieux à l’am­biance de ce titre dis­co co-écrit avec les insé­para­bles Break­bot et Irfane. En résulte un clip réu­nis­sant une cen­taine de fans en kaléi­do­scope, réu­nis. Aus­si hyp­no­tique que réjouis­sant.

  • Si bien du mal” de Hervé

Avec Salakid, il suff­i­sait d’une cham­bre pour tourn­er un clip. Pour le chanteur Hervé, c’est la cui­sine. Dans le clip de “Si bien du mal”, titre elec­tro pop enjoué, l’an­cien mem­bre du duo Postaal offre une leçon de cui­sine bien plus ani­mée que celles de Lau­rent Mar­i­otte. Le chanteur et com­pos­i­teur est très act­if durant le con­fine­ment puisqu’il a égale­ment réal­isé une vidéo live ses­sion du titre “Tré­sor” le 9 avril dernier. Ces deux clips con­fir­ment que le jeune artiste est un per­son­nage déjan­té, débor­dant de créa­tiv­ité et plein d’avenir.

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