Zone Rouge à Trempolino (Nantes) le 27/11/2021 ©KimGillier

Ces collectifs de DJs féminins entendent bien établir la parité dans les clubs

S’il y a bien une chose à espér­er pour le monde d’après, c’est d’avoir enfin une vis­i­bil­ité pour les DJs et artistes féminines dans la musique élec­tron­ique. Alors que les lignes bougent, lente­ment, de nom­breux col­lec­tifs émer­gent ces dernières années, avec comme objec­tif d’accélérer le processus.

La pro­gres­sion est vis­i­ble, mais encore timide. C’est ce que relèvent les mem­bres de Female Pres­sure, base de don­nées mon­di­ale de DJ et artistes féminines, trans, non binaires ou inter­sex­es, fondée en 1998 par l’Autrichi­enne Elec­tric Indi­go. Dans la dernière ver­sion de son étude FACTS, parue ce 8 mars, se bas­ant sur les pro­gram­ma­tions de 159 fes­ti­vals tenus en 2020 et 2021, il est établi que seules 26,9 % des per­for­mances étaient réal­isées par des femmes. Une nette évo­lu­tion, puisque ce chiffre n’était que de 9,2 % en 2012. Mais qui reste encore en deçà de nom­breuses attentes. Et c’est bien parce qu’elles sont fatiguées d’attendre que de nom­breuses DJ ont décidé de se rassem­bler dans des col­lec­tifs non mixtes, afin de se tailler une place dans les pro­gram­ma­tions. En voilà une sélec­tion qui font bouger la France.

- Bande de Filles

Si les col­lec­tifs ont sou­vent des allures de nébuleuse, celui-ci prend très claire­ment la forme d’un trio. Depuis 2019 les DJs Ara, LeLeon et Naa­jet Spa­ciale met­tent leurs forces en com­mun, afin de pro­pos­er une large palettes de styles et tenir de longs sets. Mais surtout, « le col­lec­tif a pour but de nor­malis­er le fait de voir des femmes mix­er pen­dant les soirées et ain­si décon­stru­ire les préjugés autour des femmes DJs qui sont là parce qu’elles sont jolies ». Vaste pro­gramme, mais qui n’empêche nulle­ment de faire la fête.

- Vénus Club

Devenir DJ demande de l’espace pour s’épanouir. C’est ce que cherche à être ce club virtuel fondé en octo­bre 2020, où la dimen­sion d’apprentissage et d’échange est pri­mor­diale. Le pro­gramme est clair : « La place des femmes, c’est der­rière les platines ! » On y retrou­ve pas moins de 25 rési­dentes, qui se pro­duisent dans de nom­breuses soirées parisi­ennes. Le col­lec­tif s’est même récem­ment exporté au Soudan, pour accom­pa­g­n­er les artistes locales. Les mem­bres de Vénus Club sont égale­ment con­scientes qu’elles repren­nent un flam­beau entretenu depuis de nom­breuses années, comme l’expliquait l’une de ses cofon­da­tri­ces, Cécil­ia, à France Cul­ture : « Les col­lec­tifs se mobilisent de manière con­crète pour insuf­fler le change­ment sur le ter­rain. On com­mence à sen­tir les effets de ces actions, portées depuis longtemps par celles qui nous ont précédées. »

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- Mal.e.s

For­mé à Stras­bourg en 2018, ce trio – désor­mais duo – a démar­ré avec les soirées « Même pas MAL.E.S ! » du Kul­ture. Depuis, les DJs Makar et Saint Mis­ère amè­nent leur énergie et leur diver­sité musi­cale dans tout le grand Est mais aus­si à Paris. On les retrou­vait même sur la Tsu­gi Radio en févri­er dernier, pour un set house endiablé.

- Zone Rouge

« Le rouge ça exprime le com­bat, la force, le sang des men­stru­a­tions, la pas­sion – pour la musique, notam­ment. » C’est ain­si qu’Anaëlle, cofon­da­trice du col­lec­tif, expli­quait à Trax l’origine de ce nom. Fondé à Nantes en octo­bre 2019, Zone Rouge met en avant son engage­ment con­tre toutes les formes de dis­crim­i­na­tions, dans une démarche inter­sec­tion­nelle. Ses sept DJs béné­fi­cient de l’intense vie élec­tron­ique nan­taise, que ce soit au Block­haus DY10 et sa radio, au disquaire-bar 44 Tours, au club du Macadam, et même au Lieu Unique. Le col­lec­tif fait égale­ment des émules, puisqu’on retrou­ve deux de ses mem­bres dans un autre crew 100 % féminin, Fast et Furieuses.

©KimGilli­er

- Les Mixeuses Solidaires

C’est le troisième anniver­saire de ce col­lec­tif mont­pel­liérain, qui com­porte 17 rési­dentes. Imag­iné durant la journée inter­na­tionale du droit des femmes de 2019 par deux DJs de la ville, Sin’Dee et Miss Airie, il s’ancre autour de l’organisation de soirées car­i­ta­tives. Chaque fois, l’objectif est de rassem­bler des fonds pour une asso­ci­a­tion, qu’elle soit engagé pour la jus­tice sociale, con­tre le racisme, la LGBTQ+phobie ou l’exclusion des per­son­nes handicapées.

- Elemento Records

On con­naît la vital­ité de la scène élec­tron­ique bre­tonne, de Brest à Rennes. C’est cette dernière qui sert de point de ral­liement à ce col­lec­tif mon­té à la toute fin de l’année 2020, « à 99,9% féminin ». Un pour­cent­age jus­ti­fié par la volon­té du col­lec­tif de met­tre en avant des artistes trans ou non binaires. Con­sti­tué de huit femmes, il diver­si­fie ses activ­ités bien au-delà du mix et de la pro­duc­tion musi­cale, avec une activ­ité de book­ing et d’accompagnement d’artistes, ain­si qu’au sein d’un label.

Si d’autres col­lec­tifs pour­raient rejoin­dre cette liste (La Taquiner­ie, VeSTes, Toutes & Chaos, Tout Feu Tout Femme…), il faut égale­ment ren­dre hom­mage aux organ­i­sa­tions per­me­t­tant à ces artistes d’évoluer. Que ce soit à tra­vers l’organisation de soirées et le book­ing, avec Écoute Meuf, The Future Is Female, Sœurs Mal­saines ou le col­lec­tif Girls Don’t Cry à Toulouse (qui a son pro­pre crew mixte de DJs) ; mais aus­si l’accompagnement et la for­ma­tion, avec la sec­tion française de Future Female Sounds, Move UR Gam­bettes, ou Wom‑X à Stras­bourg. Et toutes celles qu’on oublie encore dans cet arti­cle, et con­tribuent à ren­dre la fête plus égalitaire.

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