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Ces faux artistes inondent les playlists de Spotify

Spo­ti­fy serait rem­pli de faux artistes. C’est ce qu’affirme une enquête d’un quo­ti­di­en sué­dois, qui pointe notam­ment le label Fire­fly Enter­tain­ment. Der­rière 500 des artistes qui y sont affil­iés sa cacheraient en réal­ité une ving­taine de musi­ciens util­isant de nom­breux pseu­do­nymes. Jusqu’à 62 faux noms, pour l’un d’entre eux.

Le label sué­dois Fire­fly Enter­tain­ment a une spé­cial­ité : bom­barder Spo­ti­fy de titres, com­posés par des artistes inven­tés de toute pièce, pour se faire une place dans les playlists les plus écoutées. On par­le de cette musique au kilo­mètre, faite pour accom­pa­g­n­er la médi­ta­tion, le tra­vail, ou autre, et ain­si tail­lée sur mesure pour les playlists d’am­biance. Celle-ci est sou­vent signée de pseu­do­nymes, faisant croire à une foule de com­pos­i­teurs là où il n’y en a qu’une poignée. Résul­tat, des artistes qui n’ex­is­tent pas cumu­lent des mil­lions d’é­coutes. L’entreprise revendique d’ailleurs un cat­a­logue de plus de 7000 morceaux (il n’y en n’avait que 2000 en 2018), et plus de 5 mil­liards de streams au total. En 2020, Fire­fly Enter­tain­ment a ain­si généré l’équivalent de plus de 6 mil­lions d’euros. Ce chiffre d’af­faire était dix fois inférieur à peine trois aux auparavant.

Tout ceci a été révélé dans une enquête pub­liée le 28 mars par le jour­nal Dagens Nyheter, très impor­tant en Suède. On y apprend surtout l’am­pleur du phénomène. Le média a ain­si dressé une liste de 830 “faux artistes” réper­toriés sur Spo­ti­fy, dont 495 inclus dans des playlists directe­ment créées par la plate­forme. Et le chiffre est prob­a­ble­ment bien plus élevé, les jour­nal­istes n’ayant exam­iné qu’une cen­taine de playlists. Ils affir­ment par ailleurs que der­rière env­i­ron 500 de ces pseudo-musiciens se cachent en réal­ité une ving­taine d’artistes seule­ment. L’un d’eux pos­sède ain­si pas moins de 62 alias. La pra­tique n’est pas illé­gale, mais reste néan­moins dou­teuse. Quel con­trôle est exer­cé par la plate­forme sur son con­tenu ? Com­ment véri­fi­er l’i­den­tité des artistes et être cer­tain qu’ils exis­tent vrai­ment ? C’est la crédi­bil­ité à la fois de Spo­ti­fy et de l’in­dus­trie musi­cale qui est en jeu. Le prin­ci­pal syn­di­cat de musi­ciens de Suède a d’ailleurs demandé qu’une enquête offi­cielle soit faite.

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L’ex­is­tence de ces faux artistes sur la plate­forme fait l’objet de nom­breuses rumeurs depuis plusieurs années. Cer­tains ont notam­ment soupçon­né Spo­ti­fy d’avoir des accords secrets avec Fire­fly et d’autres entre­pris­es du même genre, négo­ciant une présence sur les playlists con­tre une part plus faible de roy­al­ties. Mais rien ne per­met de l’af­firmer. En revanche, la présence mas­sive d’artistes de Fire­fly sur ces playlist pose ques­tion : com­ment y parviennent-ils ? Le quo­ti­di­en sué­dois a mis en avant un lien direct entre un fon­da­teur du label et un ancien cadre de Spo­ti­fy, Nick Holm­stén, qui a quit­té l’entreprise en 2019. Le label nie toute forme de favoritisme en leur faveur et affirme que ce lien n’affecte en rien leurs affaires. Spo­ti­fy affirme égale­ment avoir signé les mêmes con­trats avec l’en­tre­prise qu’avec n’im­porte quel autre label.

Un autre musi­cien a attiré l’attention d’un autre quo­ti­di­en sué­dois : Chris­ter Sandelin. Anci­enne star du pays, il gère désor­mais un label sim­i­laire à Fire­fly nom­mé Chill­mi. On ignore s’il est l’u­nique com­pos­i­teur der­rière tous les “artistes” qu’il représente. Mais si c’est le cas, il serait ain­si l’auteur de pas moins de 2500 morceaux depuis 2015. Mais ce qui choque la presse, c’est bien la manière dont Sandelin a démar­ré son activ­ité : en 2015, Spo­ti­fy l’avait directe­ment embauché pour com­pos­er des morceaux pour leurs playlists. Le géant du stream­ing avait pour­tant nié avoir usé d’une telle pra­tique, qui pour­rait être jugée injuste par le reste de l’industrie. Cela pour­rait notam­ment met­tre à mal leur com­mu­ni­ca­tion sur l’argent rever­sé à l’industrie musi­cale : sur ces 7 mil­liards d’euros, Spo­ti­fy tenterait-il d’en garder une part ?

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