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© Label Vietnam
30 mars 2022

Franck Annese : « On mangeait dans un restaurant vietnamien, alors on a appelé le label Vietnam »

par Tsugi

Vietnam a 10 ans, pas le pays, la maison de disques crée par Franck Annese et So Press (éditeur de Tsugi, notamment). Une fête se prépare au Trabendo le 12 avril avec de nombreux artistes maison. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur ce label qui se place résolument aux côtés des indés.

On ne va pas faire semblant, il y a collusion évidente. Vietnam est le label de So Press, le groupe de magazines fondé par Franck Annese avec qui Tsugi s’est associé il y a presque cinq ans déjà. Une histoire de famille. Mais ce n’est pas pour ça qu’on les aime. Croyez-nous si vous voulez, mais il y a chez cet « indie label for lovely bands » une dimension artisanale, un côté « bricoleur fou » et un amour irrationnel de la musique qui ne peut que séduire l’équipe de Tsugi qui a toujours défendu l’acharnement des passionnés et leur authenticité face au rouleur compresseur du professionnalisme. La passion plutôt que le savoir faire, même si l’un n’empêche pas l’autre.

Le 12 avril prochain, Vietnam fête son dixième anniversaire au Trabendo avec cinq groupes et son boss aux platines. Le programme est suffisamment riche pour présenter toute les facettes de cet attachant petit commerce de musique. A partir de 19h se succèderont sur scène et pas forcément dans cet ordre, l’émotion country-folk à fleur de peau de l’américain J-E Sunde, la pop nostalgique de KCidy, la chanson inclassable de Pharaon de Winter, le charme pop de Chevalrex sans oublier le rock solaire de Hey Hey My My, duo au sein duquel s’illustre Julien Gaulier, qui dirige Vietnam au quotidien depuis plus de trois ans maintenant. Quant à Franck Annese, il passera derrière les platines et diffusera peut-être quelques titres d’EMPRS, le mystérieux duo avec lequel il vient d’entrer en studio il y a quelques jours seulement.

Justement, entre trois bouclages, deux tournages et une journée d’enregistrement, l’insaisissable Franck (ceci est une private joke que tous ceux qui ont tenté de le faire assoir plus d’une minute comprendront) a répondu a quelques questions sur Vietnam, avec la participation de Julien Gaulier.

 

Comment le label Vietnam est-il né ?

Franck Annese : Comme souvent chez nous, ça naît d’une idée sur un coin de table. On venait de produire un clip pour H-Burns, un artiste méconnu mais qu’on aimait beaucoup et on se retrouve à déjeuner avec son label de l’époque, lui et Stéphane Régy, avec qui je fais tous nos magazines depuis le début. H-Burns explique qu’il voudrait enregistrer avec Steve Albini, à Chicago, mais cela coûte cher pour un artiste indépendant. Nous on est là, on écoute, et puis on se dit : Albini, c’est une légende, c’est Nirvana, les Pixies, ça peut être marrant d’aller là-bas, donc on propose de financer. Le manager d’H-Burns nous dit que si on finance, autant qu’on devienne producteurs du disque et qu’on monte un label. On mangeait dans un restaurant vietnamien, alors on a appelé le label Vietnam. Et c’était parti. Au début, on n’avait qu’un seul artiste, et puis on a commencé à développer d’autres talents…

Pourquoi avoir un label en 2022 ?

Julien Gaulier : Pour donner les moyens aux artistes de faire la musique qu’ils souhaitent et faire de beaux disques. Même si les habitudes d’écoute ont changé, on reste toujours attachés à l’album comme format et au fait de faire connaître les artistes qui nous ont touchés.

Est-ce qu’il y a un son et un style Vietnam, une esthétique musicale ?

Julien Gaulier : Justement je ne crois pas. On pourrait sortir du métal ou de la house si on sentait que ça nous plait. Il se trouve qu’on est plutôt orientés indie Rock et chanson française « alternative » parce que c’est ce qu’on aime écouter, mais on ne se donne pas de limites dans les styles qu’on pourrait sortir.

Franck Annese : Entièrement d’accord. Pour l’instant, il y a quelque chose d’assez « indie » dans nos productions qu’elles soient chanté en français ou en anglais. Les artistes qu’on a signés ont tendance à se connaître, à s’apprécier, voire à bosser ensemble parfois. Mais on ne s’est pas dit qu’on ne sortirait jamais tel ou tel genre de musique, ça marche beaucoup aux coups de cœur et aux rencontres.

Qu’est-ce qui motive le choix des artistes avec lesquels vous avez envie de signer ?

Julien Gaulier : Si on sent qu’on a quelque chose à leur apporter, qu’on va pouvoir les aider tout en imprimant notre manière de faire et de penser, alors on y va. On a aussi l’envie d’être fier des artistes qu’on va accompagner. Et puis, plus simplement, taper du pied ou se sentir touché par leur musique. Je remarque qu’on aime bien la chanson quand même, il faut qu’il y ait une mélodie. Je pense que tous les artistes du label ont ça.

Franck Annese : Le songwriting reste très important pour nous, quel que soit le style musical. S’il n’y a pas une vraie écriture mélodique, on a un peu de mal à signer. Il faut se dire un truc : depuis que j’ai créé ce label, 50% de ce que j’écoute tous les jours ce sont des artistes Vietnam. Donc si je n’aime pas ce que fait un groupe, je ne vais pas le signer sinon mes oreilles vont saigner…

Quelle musique avez-vous envie de défendre chez Vietnam ?

Julien Gaulier : Je crois qu’on a plutôt envie de défendre des artistes plutôt qu’un style de musique spécifique. Mais il se trouve que jusqu’à présent nos choix nous ont emmenés vers une musique plutôt organique et jouée (avec des musiciens, des instruments, de l’électronique parfois) et, on a l’impression, pas trop standardisée.

Quel est l’album le plus emblématique du label ?

Julien Gaulier : Je laisse Franck répondre à cette question car c’est lui qui a créé le label. Ceci dit, si je dois citer l’album du label que j’ai le plus écouté c’est probablement 9 songs about love de J.E. Sunde.

Franck Annese : Je n’ai pas un album emblématique en particulier, mais effectivement 9 songs about love de J.E. Sunde est aussi peut-être celui que j’écoute le plus. Après, chaque disque est important pour moi, le premier a forcément une valeur sentimentale très forte, et j’ai des souvenirs attachés à chaque disque, ça marche aussi souvent comme ça. Il y aussi quelque chose qui me paraît important, c’est la progression des artistes : j’aime l’idée que le disque d’après est meilleur que le disque d’avant, et que tout le monde œuvre dans cette logique. Quand on a l’impression qu’un artiste a tout donné dès le premier disque, c’est plus dur de se motiver pour la suite, mais en revanche quand on sent qu’avec le temps, ça va vraiment devenir de mieux en mieux, il y a quelque chose qui me touche beaucoup et qui ressemble à ce qu’on fait à So Press où on a un côté aussi « centre de formation à la nantaise », si on peut oser la comparaison.

En dix ans, quelle est l’aventure la plus folle qui est arrivée à l’équipe de Vietnam ou à ses artistes ?

Franck Annese : Je dirais plusieurs choses : la rencontre avec J-E Sunde, il y a dix ou douze ans, sur des lacs gelés dans le fin fond du Wisconsin, les enregistrements des disques de H-Burns, celui chez Albini, évidemment, où on vivait littéralement chez lui et on regardait des vidéos de recettes de cuisine à 4 heures du mat’ avec lui en racontant n’importe quoi, l’album enregistré chez Rob Schnapf, à Los Angeles, où on logeait dans une villa folle, voisine de Sylvester Stallone, c’était épique, je me souviens c’était les mecs de One Direction qui avaient créché là juste avant nous, la proprio était un peu flippée. 

Quelle est la meilleure raison de venir fêter les dix ans du label au Trabendo ?

Franck Annese : Venir voir des bons groupes dans une ambiance familiale et d’une simplicité tout à fait réjouissante.

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