© Label Vietnam

Franck Annese : « On mangeait dans un restaurant vietnamien, alors on a appelé le label Vietnam »

par Tsugi

Viet­nam a 10 ans, pas le pays, la mai­son de dis­ques crée par Franck Annese et So Press (édi­teur de Tsu­gi, notam­ment). Une fête se pré­pare au Tra­ben­do le 12 avril avec de nom­breux artistes mai­son. L’occasion d’en appren­dre un peu plus sur ce label qui se place résol­u­ment aux côtés des indés.

On ne va pas faire sem­blant, il y a col­lu­sion évi­dente. Viet­nam est le label de So Press, le groupe de mag­a­zines fondé par Franck Annese avec qui Tsu­gi s’est asso­cié il y a presque cinq ans déjà. Une his­toire de famille. Mais ce n’est pas pour ça qu’on les aime. Croyez-nous si vous voulez, mais il y a chez cet « indie label for love­ly bands » une dimen­sion arti­sanale, un côté « bricoleur fou » et un amour irra­tionnel de la musique qui ne peut que séduire l’équipe de Tsu­gi qui a tou­jours défendu l’acharnement des pas­sion­nés et leur authen­tic­ité face au rouleur com­presseur du pro­fes­sion­nal­isme. La pas­sion plutôt que le savoir faire, même si l’un n’empêche pas l’autre.

Le 12 avril prochain, Viet­nam fête son dix­ième anniver­saire au Tra­ben­do avec cinq groupes et son boss aux platines. Le pro­gramme est suff­isam­ment riche pour présen­ter toute les facettes de cet attachant petit com­merce de musique. A par­tir de 19h se suc­cèderont sur scène et pas for­cé­ment dans cet ordre, l’émotion country-folk à fleur de peau de l’américain J‑E Sunde, la pop nos­tal­gique de KCidy, la chan­son inclass­able de Pharaon de Win­ter, le charme pop de Cheval­rex sans oubli­er le rock solaire de Hey Hey My My, duo au sein duquel s’illustre Julien Gauli­er, qui dirige Viet­nam au quo­ti­di­en depuis plus de trois ans main­tenant. Quant à Franck Annese, il passera der­rière les platines et dif­fusera peut-être quelques titres d’EMPRS, le mys­térieux duo avec lequel il vient d’entrer en stu­dio il y a quelques jours seulement. 

Juste­ment, entre trois bouclages, deux tour­nages et une journée d’enregistrement, l’insaisissable Franck (ceci est une pri­vate joke que tous ceux qui ont ten­té de le faire assoir plus d’une minute com­pren­dront) a répon­du a quelques ques­tions sur Viet­nam, avec la par­tic­i­pa­tion de Julien Gaulier.

 

Com­ment le label Viet­nam est-il né ? 

Franck Annese : Comme sou­vent chez nous, ça naît d’une idée sur un coin de table. On venait de pro­duire un clip pour H‑Burns, un artiste mécon­nu mais qu’on aimait beau­coup et on se retrou­ve à déje­uner avec son label de l’époque, lui et Stéphane Régy, avec qui je fais tous nos mag­a­zines depuis le début. H‑Burns explique qu’il voudrait enreg­istr­er avec Steve Albi­ni, à Chica­go, mais cela coûte cher pour un artiste indépen­dant. Nous on est là, on écoute, et puis on se dit : Albi­ni, c’est une légende, c’est Nir­vana, les Pix­ies, ça peut être mar­rant d’aller là-bas, donc on pro­pose de financer. Le man­ag­er d’H‑Burns nous dit que si on finance, autant qu’on devi­enne pro­duc­teurs du disque et qu’on monte un label. On mangeait dans un restau­rant viet­namien, alors on a appelé le label Viet­nam. Et c’était par­ti. Au début, on n’avait qu’un seul artiste, et puis on a com­mencé à dévelop­per d’autres talents… 

Pourquoi avoir un label en 2022 ?

Julien Gauli­er : Pour don­ner les moyens aux artistes de faire la musique qu’ils souhait­ent et faire de beaux dis­ques. Même si les habi­tudes d’écoute ont changé, on reste tou­jours attachés à l’album comme for­mat et au fait de faire con­naître les artistes qui nous ont touchés.

Est-ce qu’il y a un son et un style Viet­nam, une esthé­tique musicale ?

Julien Gauli­er : Juste­ment je ne crois pas. On pour­rait sor­tir du métal ou de la house si on sen­tait que ça nous plait. Il se trou­ve qu’on est plutôt ori­en­tés indie Rock et chan­son française « alter­na­tive » parce que c’est ce qu’on aime écouter, mais on ne se donne pas de lim­ites dans les styles qu’on pour­rait sortir.

Franck Annese : Entière­ment d’accord. Pour l’instant, il y a quelque chose d’assez « indie » dans nos pro­duc­tions qu’elles soient chan­té en français ou en anglais. Les artistes qu’on a signés ont ten­dance à se con­naître, à s’apprécier, voire à boss­er ensem­ble par­fois. Mais on ne s’est pas dit qu’on ne sor­ti­rait jamais tel ou tel genre de musique, ça marche beau­coup aux coups de cœur et aux rencontres.

Qu’est-ce qui motive le choix des artistes avec lesquels vous avez envie de signer ? 

Julien Gauli­er : Si on sent qu’on a quelque chose à leur apporter, qu’on va pou­voir les aider tout en imp­ri­mant notre manière de faire et de penser, alors on y va. On a aus­si l’envie d’être fier des artistes qu’on va accom­pa­g­n­er. Et puis, plus sim­ple­ment, taper du pied ou se sen­tir touché par leur musique. Je remar­que qu’on aime bien la chan­son quand même, il faut qu’il y ait une mélodie. Je pense que tous les artistes du label ont ça.

Franck Annese : Le song­writ­ing reste très impor­tant pour nous, quel que soit le style musi­cal. S’il n’y a pas une vraie écri­t­ure mélodique, on a un peu de mal à sign­er. Il faut se dire un truc : depuis que j’ai créé ce label, 50% de ce que j’écoute tous les jours ce sont des artistes Viet­nam. Donc si je n’aime pas ce que fait un groupe, je ne vais pas le sign­er sinon mes oreilles vont saigner… 

Quelle musique avez-vous envie de défendre chez Vietnam ? 

Julien Gauli­er : Je crois qu’on a plutôt envie de défendre des artistes plutôt qu’un style de musique spé­ci­fique. Mais il se trou­ve que jusqu’à présent nos choix nous ont emmenés vers une musique plutôt organique et jouée (avec des musi­ciens, des instru­ments, de l’électronique par­fois) et, on a l’impression, pas trop standardisée.

Quel est l’album le plus emblé­ma­tique du label ?

Julien Gauli­er : Je laisse Franck répon­dre à cette ques­tion car c’est lui qui a créé le label. Ceci dit, si je dois citer l’album du label que j’ai le plus écouté c’est prob­a­ble­ment 9 songs about love de J.E. Sunde. 

Franck Annese : Je n’ai pas un album emblé­ma­tique en par­ti­c­uli­er, mais effec­tive­ment 9 songs about love de J.E. Sunde est aus­si peut-être celui que j’écoute le plus. Après, chaque disque est impor­tant pour moi, le pre­mier a for­cé­ment une valeur sen­ti­men­tale très forte, et j’ai des sou­venirs attachés à chaque disque, ça marche aus­si sou­vent comme ça. Il y aus­si quelque chose qui me paraît impor­tant, c’est la pro­gres­sion des artistes : j’aime l’idée que le disque d’après est meilleur que le disque d’avant, et que tout le monde œuvre dans cette logique. Quand on a l’impression qu’un artiste a tout don­né dès le pre­mier disque, c’est plus dur de se motiv­er pour la suite, mais en revanche quand on sent qu’avec le temps, ça va vrai­ment devenir de mieux en mieux, il y a quelque chose qui me touche beau­coup et qui ressem­ble à ce qu’on fait à So Press où on a un côté aus­si « cen­tre de for­ma­tion à la nan­taise », si on peut oser la comparaison.

En dix ans, quelle est l’aventure la plus folle qui est arrivée à l’équipe de Viet­nam ou à ses artistes ? 

Franck Annese : Je dirais plusieurs choses : la ren­con­tre avec J‑E Sunde, il y a dix ou douze ans, sur des lacs gelés dans le fin fond du Wis­con­sin, les enreg­istrements des dis­ques de H‑Burns, celui chez Albi­ni, évidem­ment, où on vivait lit­térale­ment chez lui et on regar­dait des vidéos de recettes de cui­sine à 4 heures du mat’ avec lui en racon­tant n’importe quoi, l’album enreg­istré chez Rob Schnapf, à Los Ange­les, où on logeait dans une vil­la folle, voi­sine de Sylvester Stal­lone, c’était épique, je me sou­viens c’était les mecs de One Direc­tion qui avaient créché là juste avant nous, la pro­prio était un peu flippée. 

Quelle est la meilleure rai­son de venir fêter les dix ans du label au Trabendo ? 

Franck Annese : Venir voir des bons groupes dans une ambiance famil­iale et d’une sim­plic­ité tout à fait réjouissante. 

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