©Alexandre de la Madeleine

🤝 Chloé : “C’est important de reconnaître les talents de la jeune génération”

On fĂŞte cette annĂ©e la dix­ième Ă©di­tion du BPM Con­test, le seul trem­plin français con­sacrĂ© exclu­sive­ment aux nou­veaux pro­duc­teurs Ă©lec­tron­iques. Après Vital­ic en 2020, c’est ChloĂ© qui est la mar­raine d’un con­cours oĂą l’on a vu pass­er et par­fois tri­om­pher Tez Cadey, Les Gor­don, Mila Diet­rich, French 79, ou encore Irene Dresel. La rĂ©putĂ©e pro­duc­trice et DJ française nous explique son rĂ´le tout en por­tant un regard avisĂ© sur la nou­velle gĂ©nĂ©ration.

Pourquoi avoir accep­tĂ© ce rĂ´le de mar­raine du BPM Con­test 2021 ?

Sébastien Roch, son fon­da­teur, me l’avait déjà plusieurs fois pro­posé, mais cela n’avait pas pu se faire en rai­son du tim­ing qui n’était pas bon. Cette année mar­que les dix ans du BPM Con­test et la nou­velle demande qui m’a été faite sous forme d’une let­tre extrême­ment élé­gante m’a touché. Je crois aus­si qu’avec ce que l’on a vécu lors de cette année COVID, c’était bien de répon­dre présent et d’accepter cette jolie propo­si­tion pour soutenir les tal­ents émergents.

C’est impor­tant ce rĂ´le de transmission ?

Oui, très. Par exem­ple, à mes débuts, Sex­toy qui était une grande DJ, m’a aidé. Elle m’a prise sous son aile en m’invitant à des soirées et en par­lant pas mal de moi, notam­ment aux filles du Pulp. Je crois c’est impor­tant de recon­naître les tal­ents de la jeune généra­tion et de leur apporter une sorte de lumière. C’est le principe même du BPM Contest.

“Un bon pro­duc­teur n’est pas oblig­a­toire­ment un bon DJ et inversement.”

©Alexan­dre de la Madeleine

Com­ment percer lorsque l’on est un jeune producteur ?

Pen­dant longtemps, on a bien dis­so­ciĂ© l’activitĂ© de pro­duc­teur et celle de DJ. Aujourd’hui, tout est mĂ©langĂ©. Il y a beau­coup de con­fu­sion lorsque des DJ’s dis­ent qu’ils sont en train de pro­duire alors qu’ils font un set, ou lorsque l’on dĂ©crit comme un “live” un DJ set. Ce qui impor­tant, c’est de recon­naĂ®tre la spé­ci­ficitĂ© du pro­duc­teur et qu’il puisse s’exprimer. Le BPM Con­test per­met juste­ment de pouss­er les pro­duc­teurs Ă  aller plus loin. Ces nou­veaux tal­ents ont la chance de pos­sĂ©der aujourd’hui des out­ils plus acces­si­bles pour com­pos­er de la musique Ă©lec­tron­ique ou ĂŞtre DJ. Quand j’ai dĂ©mar­rĂ©, c’était avec un ordi­na­teur Atari et des sam­pleurs. Il fal­lait inve­stir dans des machines et quand tu dĂ©butes, tu n’as pas for­cé­ment beau­coup d’argent donc c’était com­pliquĂ©. Pour revenir Ă  ta ques­tion, depuis que j’ai lancĂ© mon label Lumière Noire, je reçois beau­coup de maque­ttes. Je ne peux mal­heureuse­ment pas tout Ă©couter, mais j’essaie au max­i­mum d’effectuer des retours con­struc­tifs en essayant de don­ner des petits con­seils. Quand j’entends des pro­duc­tions, par­fois je n’aime pas trop le morceau, mais je sens qu’il y a du poten­tiel et je reste en con­tact avec la per­son­ne. Cela per­met de tiss­er des liens de trans­mis­sion et je trou­ve cela très chou­ette. Évidem­ment, ce qui a changĂ© par rap­port Ă  mes dĂ©buts, c’est l’explosion des rĂ©seaux soci­aux, et des tutos. C’est gĂ©nial, si j’avais pu bĂ©né­fici­er de cela Ă  l’époque, cela m’aurait Ă©vitĂ© d’aller sans arrĂŞt dans les bou­tiques pour avoir des infor­ma­tions pour com­pren­dre ce qu’est le MIDI.

C’est plus facile ou plus dif­fi­cile de percer par rap­port Ă  tes dĂ©buts ?

Je pense que c’est plus dif­fi­cile. Même si on voit des phénomènes où un pro­duc­teur car­tonne avec juste un seul morceau. Il va se met­tre à tourn­er alors qu’il ne sait pas for­cé­ment con­stru­ire un live ou un DJ set. Cela con­duit quand même à un cer­tain niv­elle­ment par le bas. Je con­nais très bien à la fois le méti­er de DJ et celui de pro­duc­teur, ils sont liés, mais com­plète­ment dif­férents. Un bon pro­duc­teur n’est pas oblig­a­toire­ment un bon DJ et inversement.

Est-ce que pour un.e jeune artiste le chal­lenge c’est de durer ?

Oui bien sûr, mais c’est aus­si de s’amuser…

©Alexan­dre de la Madeleine

Quel regard portes-tu sur les jeunes producteurs ?

Je les trou­ve assez impres­sion­nants, parce que tech­nique­ment ils sont très forts. Je suis assez bluffé par le son. Par­fois ils sont meilleurs que nous à leur âge sur les tech­niques de mix­es. Cer­tains font même à la fois la prod, le mix et le master.

“Il faut ĂŞtre exigeant sur les sons.”

Quels sont les con­seils que tu don­nerais Ă  cette jeune gĂ©nĂ©ration ?

D’être le plus sin­guli­er pos­si­ble, et de s’écouter un max­i­mum. Il faut ĂŞtre exigeant sur les sons. Il ne faut pas tout miser sur un mix ou un mas­ter­ing par­fait. Il y a la com­po, mais il faut aus­si se pren­dre la tĂŞte Ă  se crĂ©er des bib­lio­thèques de sons et Ă  choisir les bons, de savoir com­ment les traiter pour arriv­er Ă  crĂ©er une pro­duc­tion orig­i­nale. C’est pour cela qu’aujourd’hui il y a beau­coup de choses très bien, mais il y en a peu qui sor­tent du lot. Et quand c’est le cas, c’est parce qu’il y a une dif­fĂ©rence dans le traite­ment de son. Pour chaque morceau, il faut se deman­der com­ment ils vont rĂ©son­ner, quelle est la frĂ©quence que l’on va met­tre, quels effets de delay, de cho­rus, de dis­tor­sion. Il faut vrai­ment pass­er du temps lĂ -dessus. Cela peut ĂŞtre chi­ant pour cer­tains qui prĂ©fèrent jouer tout de suite. Mais par­fois il y a des com­pos qui sont super, et qui sont gâchĂ©es par le choix de sons ordi­naires. Enfin, je leur dirai que c’est un mĂ©ti­er oĂą il y a beau­coup de con­cur­rence et peu d’élus, donc il peut ĂŞtre utile au moins au dĂ©but d’avoir un autre job Ă  cĂ´tĂ©.

On va ter­min­er par ton actualité…

Le 29 octo­bre, je sors sur Lumière Noire Sequen­za, mon album avec la per­cus­sion­niste Vas­sile­na Ser­afi­mo­va. J’ai aus­si beau­coup de remix­es pour Éti­enne Daho, Pier Fac­ci­ni, Feu! Chat­ter­ton de prévus. Je me suis égale­ment occupé de la BO du film Arthur Ram­bo de Lau­rent Can­tet qui sor­ti­ra début décem­bre. Du reste, j’ai imag­iné la musique d’un spec­ta­cle de danse et je viens de réalis­er la sig­na­ture sonore de France Cul­ture. Et bien sûr, il y a les DJ sets qui repren­nent comme le 24 sep­tem­bre à Paris où je joue à la Men­er­gy.

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