Chronique : Discodeine — Swimmer

Au vu de leur dernier EP, la capac­ité de Piloos­ki et Pen­tile à con­vo­quer les émo­tions les plus érec­tiles chez les mélo­manes ne fai­sait guère de doute. Mais l’impatience a par­fois lais­sé place à l’inquiétude, tant on sait le mal qu’un deux­ième album peut faire aux par­cours des musi­ciens, fussent-ils géni­aux. Nous voilà ras­surés dès la pre­mière écoute de ce Swim­mer, un petit bijou, non mieux encore, une pierre angu­laire du club­bing haut de gamme. Dis­codeine, ou l’art de com­pos­er une élec­tro pointue quoiqu’enlevée, voire par­fois car­ré­ment badine. Leur excel­lent pre­mier album éponyme, sor­ti il y a deux ans, fait presque office d’exercice d’échauffement tant celui-ci sem­ble abouti jusque dans les moin­dres détails. Swim­mer, ce sont neuf morceaux et un inter­lude chi­adés, sub­tils et sen­suels, raf­finés jusqu’à l’extrême.

Tout au long du disque, la petite pincée de trop­i­cal­isme chère à un Mick­ey Moon­light vient agré­menter la recette addic­tive du duo?: alliance de bass­es som­bres et dis­tor­dues, pour l’aspect sex­u­al­isant, mixée à des pads acidulés, pour l’aspect élé­gant. Résul­tat?: on plonge dans l’univers des deux orfèvres français dès l’ouverture “Seabox”, chan­tée par Matias Aguayo, com­plice de cette drague sonore, et déjà habitué à met­tre son audi­teur en transe au moyen de quelques sim­ples mur­mures. Kevin Park­er de Tame Impala, lui, sonne comme un John Lennon sous GHB sur l’entêtant sin­gle “Aydin”. Sans rien retir­er à son tal­ent, on con­stat­era tout de même que sa tâche a été large­ment sim­pli­fiée par une pro­duc­tion des plus classieuses, sur laque­lle cer­tains maîtres tels que, au hasard… Omar Souley­man, n’auraient sans doute pas craché. De quoi flat­ter notre libido, et même accom­pa­g­n­er quelques séances love, aus­si bien sur les plages de sable fin (“Dry By”, “Dive Wet”), que sur la plage arrière d’un Hum­mer (“Sip Slow”, “Liq­uid Sky”, “Plum Blos­som”). Swim­mer réin­car­ne cet éter­nel para­doxe?: faut-il ren­tr­er et con­clure avec celui ou celle qu’on a séduit(e) toute la soirée, ou con­tin­uer de trip­per devant les baf­fles du club?? Dis­codeine ranime ce déli­cieux dilemme. Dès lors, il devient d’utilité publique de ne pas tarir d’éloges. À dire vrai, on a même passé plusieurs écoutes à chercher un défaut à ce disque, juste comme ça, pour le principe… On n’en a pas trou­vé. (David De Arau­jo)

Swim­mer (Dirty/Pschent)

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