Chronique : I:Cube — “M” Megamix

2003, le Pulp était ouvert, mère-grand cri­ait “à l’aide” (c’était la canicule), toi, tu hurlais “aci­i­i­id” (c’était le revival), la vie était douce et on s’injectait le 3 d’I :Cube jusqu’à la nausée sans se douter qu’on allait devoir affron­ter neuf ans de sevrage. Autant dire que l’affaire était enten­due : son qua­trième album serait un chef-­d’œuvre, et tant pis s’il fal­lait ser­rer les dents (avec 24 titres, on pou­vait s’attendre à un tiers de rem­plis­sage), l’attente avait été trop douloureuse pour se con­tenter d’une semi-réussite. “M” Megamix n’aura pour­tant besoin d’aucune indul­gence : à 00’01’’, le disque démarre, à 1 ‘ 40’’, le baromètre du cool est pul­vérisé, à 2’ 00”, on a rien de moins que l’impression de décou­vrir un sub­sti­tut à l’oxygène. Le kick est sec (“Club Minia­ture”), la basse puni­tive (“Y.O.U.R.O.C.K.”), ça cogne, ça nappe et ça hand­clappe dans une ambiance bor­délique­ment soul­ful façon raid de sphinx volants entre Detroit, Bar­bès et la M25.

C’est plein de boule­verse­ments ver­tig­ineux où des boucles shoegaze se font hap­per en plein envol par un beat cyclopéen qui fini­ra écrasé sous une ligne de basse jouée par un type en espadrilles et cos­tume blanc dans le Pigalle de 1983, hale­tant sous une nuit néon en rêvant à un avenir fait de sexe facile et de tabac brun. Bref, c’est le disque le plus bru­tal, jouis­sif et déli­cieuse­ment frus­trant (les moments de bravoure s’enchaînent à un rythme inhu­main mais s’attardent rarement au-delà de dix mesures) que vous pour­rez écouter cette année, c’est le retour du meilleur pro­duc­teur que Paris ait jamais con­nu, c’est le nou­veau I :Cube et puis c’est tout. (Lelo Jim­my Batista)

M” Megamix (Versatile/Module)