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Classement sans suite pour la plainte du teufeur ayant perdu la main à la rave de Redon

En juin 2021, une free par­ty à Redon avait été sévère­ment réprimé par la police ce qui avait entrainé de vio­lents affron­te­ments. Un jeune homme de 22 ans y avait per­du la main, arrachée par une grenade des forces de l’ordre. Le 12 mars, on appre­nait que sa plainte a été classée sans suite.

On se sou­vient des images, aus­si choquantes que dés­espérantes. Dans la nuit du 18 au 19 juin 2021, une rave était organ­isé à Redon, en Bre­tagne, en hom­mage à Steve Maia Caniço, mort noyé à Nantes deux ans plus tôt des suites d’une charge poli­cière sur une fête. Cette rave aus­si a mal tournée. Non déclarée et de ce fait inter­dite, elle a entrainé une inter­ven­tion de la police, dégénérant en vio­lents affron­te­ments. Les forces de l’or­dre s’é­tait mon­trées par­ti­c­ulière­ment agres­sives, détru­isant délibéré­ment le matériel, au lieu de le saisir, et util­isant mas­sive­ment les lacry­mogènes. Mais un fait avait par­ti­c­ulière­ment choqué : la perte d’une main pour un des fêtards. D’autant plus que Medi­a­part révélait quelques jours plus tard qu’aucune instruc­tion n’avait été don­née de lui venir en aide et que les pom­piers avaient même été empêchés d’intervenir.

Pour­tant, on a appris ce 12 mars, après 9 mois d’enquête, que la plainte du jeune fêtard a été classée sans suite, tant par le préfet de Rennes, Philippe Astruc, que par le pro­cureur du par­quet de la ville. Pour ce dernier, « l’usage des armes par les forces de l’ordre s’est fait en riposte et s’est avéré néces­saire et pro­por­tion­né ». Selon lui, le retard d’intervention de la police ne rel­e­vait pas d’une « direc­tive ten­dant à empêch­er l’action des sec­ours ». De plus, l’enquête démon­tr­erait que ce délai de prise en charge n’a pas aggravé son cas. Le préfet va dans le même sens, pointant « des vio­lences impor­tantes » de la part des fêtards, dont « des jets de cock­tails Molo­tov, de boules de pétanque, et de troncs d’arbres ».

La vio­lence de la répres­sion ne fait pour­tant aucun doute. L’enquête con­firme qu’il y a eu « 58 tirs de LBD, 1 602 usages de grenades CM 6, 139 de grenades MP7, 239 de grenades GM2L et 24 de grenades GENL ». Selon l’enquête, c’est prob­a­ble­ment une grenade GM2L (assour­dis­sante et lacry­mogène) qui a arrachée la main du fêtard. Son usage avait d’ailleurs été restreint quelques jours plus tard, après la décou­verte d’une défail­lance, sans qu’un lien soit claire­ment établi avec le drame de Redon. Pour le préfet et le pro­cureur, aucun usage con­traire aux règles n’a été con­staté. Sa con­séquence dra­ma­tique s’expliquant par le fait qu’elle « est arrivée au sol et que la vic­time s’en est volon­taire­ment emparée ».

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La déci­sion n’a pas man­qué de faire réa­gir l’ONG Amnesty Inter­na­tion­al, qui milite depuis longtemps con­tre l’usage de ces grenades. Elle en a renou­velé la demande par la voix d’Anne-Sophie Sim­pere, pointant que « les effets ne sont pas pro­por­tion­nés puisqu’elles peu­vent mutil­er ». Avant de pour­suiv­re : « Il est regret­table d’avoir classé l’affaire alors qu’il n’y a pas eu de com­mu­ni­ca­tion préal­able avec les teufeurs et que des armes muti­lantes ont été util­isées dans des con­di­tions très dan­gereuses : de nuit, sans vis­i­bil­ité, sur une foule de jeunes. »

D’autres ques­tions restent en sus­pens. Pour y répon­dre, l’avocat du jeune blessé, Me Stéphane Val­lée, envis­age de se porter par­tie civile et de dépos­er une nou­velle plainte pour relancer l’enquête. Inter­rogé par le quo­ti­di­en région­al Le Télé­gramme, il explique : « L’enquête dili­gen­tée par le Par­quet établit que la blessure de mon client est bien le fait de l’explosion d’une grenade (tirée par les forces de l’ordre). Dès lors, ce classe­ment sans suite sig­ni­fie “cir­culez il n’y a rien à voir”. […] Cela ques­tionne les tech­niques de main­tien de l’ordre », d’autant plus que « aucune faute de [mon client] jus­ti­fi­ant qu’il ait pu être visé par les forces de l’ordre n’a été relevée. » Ce qui choque par­ti­c­ulière­ment c’est que : « rien n’est remis en cause ». La perte de cette main sem­ble être une con­séquence nor­male de l’action de la police : « Cette ques­tion de la légitim­ité de l’usage de telles armes n’est absol­u­ment pas posée au cours de l’enquête. » L’av­o­cat craint ain­si de voir cette sit­u­a­tion se reproduire.

Quelques jours après les faits, Tsu­gi avait réa­gi à tra­vers un édi­to, dont chaque ligne est main­tenue aujourd’hui.

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