Club music et jeux vidéo : l’impressionnante mixtape de Teki Latex et Nick Dwyer

Et si la meilleure club music était la musique de jeu vidéo ? C’est ce que veut prou­ver la mix­tape col­lab­o­ra­tive de Teki Latex et Nick Dwyer, Teki And Nick Mix­tape Quest Adven­ture, sor­tie ce 2 mars. Le pre­mier nous est bien con­nu : hôte français de Boil­er Room, fon­da­teur du label Sound Pel­le­gri­no, ancien MC de TTC et depuis peu DJ rési­dent sur BBC Radio 1. Quant au play­er two, c’est le plus célèbre col­lec­tion­neur et archiviste de musique de jeu vidéo, ani­ma­teur du pod­cast Dig­gin’ In The Carts et d’une com­pi­la­tion du même nom sor­tie sur le label de Kode9, Hyper­dub. En 2017, Teki par­tic­i­pait à ce pod­cast avant d’enfin rejoin­dre le Néo-Zélandais sur la scène de la Gaîté Lyrique en 2018, à l’occasion du Red Bull Fes­ti­val. “Avant ça, on se tour­nait autour, on s’ad­mi­rait mutuelle­ment et on se par­lait par mail”, pré­cise Teki Latex, lui aus­si par mail.

Pour cette mix­tape, le tra­vail sem­ble avoir été titanesque. Nick Dwyer a pioché par­mi ses 20 000 ban­des orig­i­nales des titres qui, selon lui, “ont totale­ment leur place dans un club”. Teki Latex a ensuite sélec­tion­né ses favorites, ain­si que cer­taines musiques de son enfance, pour les com­bin­er à des beats et a cap­pel­la pré-existants : “Claire­ment, à 90%, les trucs con­nus c’est moi et les trucs obscurs c’est Nick.” On y retrou­ve par exem­ple Migos sur une musique d’un jeu sor­ti sur la NES de Nin­ten­do. Plusieurs DJ invités ont égale­ment livré des remix­es inédits comme Kode9. Mais com­ment s’est con­crète­ment passé l’en­reg­istrement de la mix­tape ? “Une fois que la sélec­tion a été faite, on a cha­cun enreg­istré des sec­tions de quelques min­utes séparé­ment, puis Nick les a assem­blées en me con­sul­tant”, détaille Teki Latex. L’idée était de “ren­dre les deux camps heureux”, entre fans de musiques élec­tron­iques et amoureux de musiques de jeu vidéo.

On s’est con­cen­trés sur sa pre­mière déf­i­ni­tion, la musique de jeu video sor­tie sur car­touche, avec les con­traintes et couleurs sonores que cela implique.”

Pix­el art met­tant en scène des avatars de Nick Dwyer et Teki Latex / © Kazu­ki Takaku­ra

Car la sélec­tion de jeux mêle titres poin­tus et grands tubes qui sauront raviv­er la nos­tal­gie de cer­tains. Citons Castl­e­va­nia, Chrono Trig­ger, The Leg­end of Zel­da, Poke­mon ou Streets Of Rage, entre autres, par­fois joués dans leur ver­sion d’o­rig­ine, sou­vent super­posés à des beats mod­ernes. Même Mario et Son­ic y passent. Toutes ont un point com­mun : elles sont sor­ties à l’époque des con­soles 8 et 16 bits (Megadrive, PC Engine, NES et SNES) entre 1985 et 1995, env­i­ron. À cette époque, la musique de jeu vidéo pas­sait alors for­cé­ment à tra­vers une puce, très lim­itée en don­nées, ce qui don­nait un son très spé­ci­fique. Teki Latex pré­cise : “La musique de jeux video, ça peut être deux choses : au départ, lorsque les jeux video sor­taient sur car­touche, c’é­tait un genre dont la couleur musi­cale et le procédé de com­po­si­tion était dic­té par des con­traintes, il fal­lait que ça tienne sur une puce 8 ou 16 bits, c’é­tait de la musique pro­gram­mée plutôt que jouée, et les sonorités disponibles à l’époque don­naient un grain très par­ti­c­uli­er à cette musique. C’est ce qu’on appelle aujour­d’hui “chip­tune” (“chip” qui veut dire “puce”). Alors tu peux déjà pass­er plusieurs styles musi­caux (rock, ambi­ent, clas­sique, rap, tech­no…) à tra­vers le fil­tre de la musique chip­tune, mais ça reste tout de même une couleur sonore recon­naiss­able entre mille. Ensuite, depuis que le jeu video sort sur CD, sur carte ou sous forme de don­nées, tout est désor­mais pos­si­ble et tu peux lit­térale­ment met­tre un morceau de Dr Dre, ou un vieux track jun­gle 90’s, ou encore la musique d’un orchestre sym­phonique dans ton jeu video si tu en as envie. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a plus de musique com­posée spé­ciale­ment pour le jeu video, mais c’est devenu comme la musique de film, une sorte d’om­brelle sous laque­lle tout peut exis­ter. Nous, pour cette mix­tape, on s’est con­cen­trés sur sa pre­mière déf­i­ni­tion, la musique de jeu video sor­tie sur car­touche, avec les con­traintes et couleurs sonores que cela implique.”

Les con­nex­ions entre musique élec­tron­ique et OST sont plus pro­fondes qu’on pour­rait le croire. “Para One m’a tou­jours dit qu’il avait décou­vert l’acid house et la tech­no en par­tie grâce aux B.O. de Streets of Rage”, déclare Teki Latex. Toute la généra­tion de pro­duc­teurs actuels a gran­di avec ces musiques. Cer­tains inter­nautes s’amusent même à voir dans la musique d’un jeu dédié au super­héros Wolver­ine, paru en 1994 sur SNES, l’ancêtre du grime. Cela marche aus­si dans l’autre sens : “Les pro­gram­ma­teurs de musique de jeux video japon­ais étaient à l’époque fascinés par ce qui se fai­sait à Détroit et en Europe”, pour­suit Teki Latex.

Le duo pousse l’hommage jusque dans ses visuels réal­isés par le Japon­ais Hujiko Pro, mimant les pochettes des jeux de l’époque avec un sens poussé du détail. Les deux com­pères se sont même amusés à imag­in­er le nom de leur com­pag­nie de jeu vidéo imag­i­naire : Teknic Games. “On a voulu recréer ce sen­ti­ment incroy­able d’avoir mis les mains sur un véri­ta­ble tré­sor avec un nom en japon­ais indéchiffrable”. De quoi pos­er des bases solides pour appro­fondir leur col­lab­o­ra­tion, en atten­dant d’autres pro­jets unis­sant musiques élec­tron­iques et musiques de jeux vidéo.

Track­list ici

 

À lire également
gTV : un tout nouveau média sur la culture du jeu vidéo

 

©Hujiko Pro

©Hujiko Pro

(Vis­ité 935 fois)