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2 mars 2020

Club music et jeux vidéo : l’impressionnante mixtape de Teki Latex et Nick Dwyer

par Antoine Gailhanou

Et si la meilleure club music était la musique de jeu vidéo ? C’est ce que veut prouver la mixtape collaborative de Teki Latex et Nick Dwyer, Teki And Nick Mixtape Quest Adventure, sortie ce 2 mars. Le premier nous est bien connu : hôte français de Boiler Room, fondateur du label Sound Pellegrino, ancien MC de TTC et depuis peu DJ résident sur BBC Radio 1. Quant au player two, c’est le plus célèbre collectionneur et archiviste de musique de jeu vidéo, animateur du podcast Diggin’ In The Carts et d’une compilation du même nom sortie sur le label de Kode9, Hyperdub. En 2017, Teki participait à ce podcast avant d’enfin rejoindre le Néo-Zélandais sur la scène de la Gaîté Lyrique en 2018, à l’occasion du Red Bull Festival. “Avant ça, on se tournait autour, on s’admirait mutuellement et on se parlait par mail”, précise Teki Latex, lui aussi par mail.

Pour cette mixtape, le travail semble avoir été titanesque. Nick Dwyer a pioché parmi ses 20 000 bandes originales des titres qui, selon lui, “ont totalement leur place dans un club”. Teki Latex a ensuite sélectionné ses favorites, ainsi que certaines musiques de son enfance, pour les combiner à des beats et a cappella pré-existants : « Clairement, à 90%, les trucs connus c’est moi et les trucs obscurs c’est Nick. » On y retrouve par exemple Migos sur une musique d’un jeu sorti sur la NES de Nintendo. Plusieurs DJ invités ont également livré des remixes inédits comme Kode9. Mais comment s’est concrètement passé l’enregistrement de la mixtape ? « Une fois que la sélection a été faite, on a chacun enregistré des sections de quelques minutes séparément, puis Nick les a assemblées en me consultant », détaille Teki Latex. L’idée était de “rendre les deux camps heureux”, entre fans de musiques électroniques et amoureux de musiques de jeu vidéo.

« On s’est concentrés sur sa première définition, la musique de jeu video sortie sur cartouche, avec les contraintes et couleurs sonores que cela implique. »

Pixel art mettant en scène des avatars de Nick Dwyer et Teki Latex / © Kazuki Takakura

Car la sélection de jeux mêle titres pointus et grands tubes qui sauront raviver la nostalgie de certains. Citons Castlevania, Chrono Trigger, The Legend of Zelda, Pokemon ou Streets Of Rage, entre autres, parfois joués dans leur version d’origine, souvent superposés à des beats modernes. Même Mario et Sonic y passent. Toutes ont un point commun : elles sont sorties à l’époque des consoles 8 et 16 bits (Megadrive, PC Engine, NES et SNES) entre 1985 et 1995, environ. À cette époque, la musique de jeu vidéo passait alors forcément à travers une puce, très limitée en données, ce qui donnait un son très spécifique. Teki Latex précise : « La musique de jeux video, ça peut être deux choses : au départ, lorsque les jeux video sortaient sur cartouche, c’était un genre dont la couleur musicale et le procédé de composition était dicté par des contraintes, il fallait que ça tienne sur une puce 8 ou 16 bits, c’était de la musique programmée plutôt que jouée, et les sonorités disponibles à l’époque donnaient un grain très particulier à cette musique. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui « chiptune » (« chip » qui veut dire « puce »). Alors tu peux déjà passer plusieurs styles musicaux (rock, ambient, classique, rap, techno…) à travers le filtre de la musique chiptune, mais ça reste tout de même une couleur sonore reconnaissable entre mille. Ensuite, depuis que le jeu video sort sur CD, sur carte ou sous forme de données, tout est désormais possible et tu peux littéralement mettre un morceau de Dr Dre, ou un vieux track jungle 90’s, ou encore la musique d’un orchestre symphonique dans ton jeu video si tu en as envie. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a plus de musique composée spécialement pour le jeu video, mais c’est devenu comme la musique de film, une sorte d’ombrelle sous laquelle tout peut exister. Nous, pour cette mixtape, on s’est concentrés sur sa première définition, la musique de jeu video sortie sur cartouche, avec les contraintes et couleurs sonores que cela implique. »

Les connexions entre musique électronique et OST sont plus profondes qu’on pourrait le croire. “Para One m’a toujours dit qu’il avait découvert l’acid house et la techno en partie grâce aux B.O. de Streets of Rage”, déclare Teki Latex. Toute la génération de producteurs actuels a grandi avec ces musiques. Certains internautes s’amusent même à voir dans la musique d’un jeu dédié au superhéros Wolverine, paru en 1994 sur SNES, l’ancêtre du grime. Cela marche aussi dans l’autre sens : “Les programmateurs de musique de jeux video japonais étaient à l’époque fascinés par ce qui se faisait à Détroit et en Europe”, poursuit Teki Latex.

Le duo pousse l’hommage jusque dans ses visuels réalisés par le Japonais Hujiko Pro, mimant les pochettes des jeux de l’époque avec un sens poussé du détail. Les deux compères se sont même amusés à imaginer le nom de leur compagnie de jeu vidéo imaginaire : Teknic Games. “On a voulu recréer ce sentiment incroyable d’avoir mis les mains sur un véritable trésor avec un nom en japonais indéchiffrable”. De quoi poser des bases solides pour approfondir leur collaboration, en attendant d’autres projets unissant musiques électroniques et musiques de jeux vidéo.

Tracklist ici

 

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©Hujiko Pro

©Hujiko Pro

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