©Peter Menzel

Comment devenir la pire DJ du monde, par la joueuse de tennis Andrea Petkovic

par Tsugi

À l’oc­ca­sion du sup­plé­ment du mag­a­zine Soci­ety, Suzanne, impul­sé par Mas­ter­card et qui met le ten­nis féminin à l’hon­neur, Tsu­gi dépous­sière un arti­cle du print Roland édité par la FFT en 2018 à pro­pos d’Andrea Petkovic. Joueuse atyp­ique dotée d’un grand sens de l’humour, l’Allemande est égale­ment une adepte de bon son. Elle a voulu livr­er ses secrets de DJ. Ceux qui lui per­me­t­tent, selon elle, d’être « peut-être une des pires DJ du monde ».

Si tu ne con­nais pas les Smiths, tu devrais, donc je vais te met­tre six morceaux de suite… C’est nul, hein ?”

©Chris­t­ian Mesiano

Quand j’arrive à Roland-Garros, je regarde des films et j’écoute de la musique en français pour pro­gress­er, mais aus­si parce que j’aime bien croire que je peux être un bon DJ partout où je vais. Je ne sais pas si j’ai une recette pour être un bon DJ, mais j’en ai une pour en être un très mau­vais : quand je mixe dans des soirées avec mes amis, j’impose ma musique, je ne m’adapte pas à leur humeur et à leurs envies. Je suis un DJ qui éduque, je pense que les gens devraient écouter ce que j’aime ! D’ailleurs, je les force à aimer, ce qui est le pire truc à faire parce qu’au con­traire, il faut se met­tre à leur place. Genre : « Tu as hâte que le week-end com­mence ? Je vais te don­ner ce que tu veux… » Bref, pour ça, je suis nulle. Si tu ne con­nais pas les Smiths, tu devrais, donc je vais te met­tre six morceaux de suite… C’est nul, hein ?

Ce qui marche bien, c’est la musique serbe, les gens se met­tent rapi­de­ment à danser. Bon, d’accord, ce sont mes amis, mais quand ce n’est pas le cas, le truc con­siste à servir des shots. Pas du vin ou de la bière, non. Des shots de ce que tu veux. Et tout le monde dansera. Mon truc, c’est que j’adore bal­ancer une musique super mélan­col­ique quand per­son­ne ne s’y attend, pour que les gens se lâchent enfin. Je ne veux pas qu’ils se sui­ci­dent non plus, mais qu’ils sor­tent leurs vraies émo­tions, qu’ils ne trichent pas en faisant sem­blant de s’éclater.

Je pense que je serais une super DJ dans un bar de 20 per­son­nes ultra pré­ten­tieux à East Vil­lage, à New York.”

©NAPARAZZI

En tant que DJ, per­son­ne ne m’embauchera, jamais, alors que j’ai fait une playlist « Dance, dance, dance… » qui est super : deux chan­sons des Strokes, The Cure, Bloc Par­ty, Arc­tic Mon­keys et j’ai aus­si inséré des morceaux funk des années 1970. Et puis Ste­vie Won­der. Je pense que je serais une super DJ dans un bar de 20 per­son­nes ultra pré­ten­tieux à East Vil­lage, à New York. Récem­ment, j’ai lu un essai sur pourquoi la France a des groupes de rock pour­ris, et c’est plutôt limpi­de : comme la France a eu des suc­cès en lit­téra­ture et au ciné­ma, les gens les plus créat­ifs ont mis leur énergie là-dedans pour avoir du suc­cès, et pas dans le rock. Ou alors sinon, j’ai une théorie : comme les gens sont beaux en France, si tu fais par­tie d’un groupe, il est for­cé­ment nul. Parce que pour faire du bon rock, tu dois être un vrai loser.

L’autre truc qui m’intéresse, c’est la manière dont se crée le goût musi­cal. J’ai lu un livre qui s’appelle Let’s Talk About Love avec Céline Dion : un voy­age dans la fin du goût. Ça par­le de com­ment le goût se développe, com­ment ton cerveau réag­it quand tu pass­es d’un groupe à l’autre. J’ai fait l’expérience, je n’ai écouté que la radio, sans rien écouter d’autre. Trois semaines. À la fin, Rihan­na et Drake, j’ai trou­vé ça pas mal. J’ai détesté The Week­nd ; j’ai aimé quelques pas­sages de Zayn Malik et Har­ry Styles de One Direc­tion… Mon prob­lème, je crois, c’est que j’analyse trop, donc je fous tout en l’air. Bref, voilà com­ment on arrive à ne jamais être pris nulle part comme DJ. Pas mal, non ?”

 

 

 

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