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24 mai 2015

Comment les festivals se mettent aux bracelets numériques

par rédaction Tsugi

??????Les festivals font leur entrée dans le monde connecté avec les bracelets électroniques. Une révolution pour les festivaliers, les organisateurs… et les sponsors.

 

 C’est la fin du festival à la papa. Après la révolution du gobelet consigné et des bornes de rechargement pour smartphones, la technologie s’invite pour de bon sur les sites. L’objet en cause: un bracelet électronique qui permet au festivalier de payer et de se connecter sur les réseaux sociaux simplement en approchant l’engin d’une borne. Le bracelet fonctionne grâce à la RFID: une puce électronique couplée d’une antenne qui permet d’émettre et de recevoir des données à distance. Une technologie pas tout à fait nouvelle puisqu’on la trouve entre autres dans nos cartes des transports ou les codes-barres.

 Un gadget? Rien de moins sûr. Le Montréalais Serge Grimaux a décidé d’amener cette technologie dans l’événementiel en 2009. Le constat de cet homme du spectacle, organisateur et producteur de concerts : les communautés numériques ne sont pas si différentes des communautés qui se créent autour d’un événement sportif ou culturel, le tout est de créer un pont. Ce pont, ce sera Intellitix, qu’il lance au Québec en 2010. En 2014, ils sont déjà 2 millions de personnes à utiliser son système, dont les festivaliers de Coachella, Tomorrowland ou SXSW. Cette année, il table sur 5 millions d’utilisateurs. “Ce n’est pas une mode, assure Serge Grimaux.C’est un changement fondamental.” D’ailleurs, si tout le monde ne s’y est pas déjà mis, le chef d’entreprise a une bonne explication: “Vous êtes déjà allés dans une soirée autour d’une piscine ? Il y a un phénomène intéressant : tout le monde regarde l’eau, personne ne saute dedans. Jusqu’à ce qu’une personne se fasse pousser ou saute. Dix minutes plus tard, la piscine est pleine.”

 

20 % de recettes en plus

 Le grand saut est tentant. Ludovic Larbodie, fondateur de Garorock, observe la technologie depuis trois ans. Cette année, il se lance. “On a toujours des problématiques sur la fluidité des passages, sur la facilité des festivaliers à vivre le festival avec le moins de contraintes possibles pour un maximum de concerts. Avec ce système, on a des entrées plus rapides, plus simples à gérer en termes de sécurité, ça permet aux gens de ne plus avoir de jetons ou de cash sureux et surtout, à la fin du festival, ça nous permet de rembourser les gens en temps et en heure sur leurs crédits boissons.” Du tout en un, donc : entrées, bar et merchandising sont gérés depuis le même circuit.

  Derrière le bar, le cashless permet d’éviter les vols – principale raison pour laquelle les jetons ont été mis en place, avec un résultat tout relatif –, de garder un œil sur les stocks d’alcool en temps réel et de supprimer la douloureuse étape de devoir chaque soir compter les dizaines de milliers de jetons en espérant que leur nombre corresponde aux recettes de la vente de tokens. Ce système permettrait aussi d’engranger environ 20% de recettes supplémentaires grâce à un service plus rapide et à un moyen de paiement plus ludique. “Il y a une sorte d’effet casino, explique Bertrand Sylvestre, cofondateur de MyBee, une entreprise française spé- cialisée dans le cashless événementiel. Au moment où vous chargez votre bracelet, vous allez souffrir de voir votre billet de 50 euros partir, mais quand vous payez au bar vous avez l’impression que c’est gratuit.” En un an, il a vu le montant des transactions réalisées pas le biais de ses serveurs augmenter de plus de 150 %, passsant de 3,5 millions d’euros en 2013 à 9 millions en 2014. Le nombre d’utilisateurs a lui plus que triplé.

 

De précieuses données

 Au-delà des considérations pratiques de l’organisateur, ces petits bouts de technologie portables permettent aussi de créer une communauté en ligne. Un critère important pour les festivals dont la présence sur les réseaux sociaux devient de plus en plus importante. “Tu rentres dans la communauté et, si tu l’acceptes, tu peux communiquer avec les festivaliers en direct avec Instagram, Facebook, etc. Tu deviens actif sur les réseaux en temps réel”, s’enthousiasme Ludovic Larbodie de Garorock. Les statuts Facebook peuvent être automatiquement mis à jour grâce aux bornes et les festivaliers peuvent envoyer leurs demandes d’ami grâce à leurs bracelets. Ludique, nouveau et connecté… voilà de quoi séduire les annonceurs. Dans son plus simple appareil, la marque peut s’afficher sur le bracelet. “C’est un canal de communication complètement inédit, la personne va rentrer avec le bracelet chez elle, va le garder en souvenir, il y a même des gens qui gardent les bracelets d’année en année. Quand vous avez votre marque dessus, le festivalier est en quelque sorte une affiche publicitaire ambulante”, remarque Bertrand Sylvestre. Dans sa version 2.0, les marques la jouent plus subtil.

À South by Southwest, on utilise les bracelets pour évaluer l’activité de la foule. Les danseurs les plus fervents débloquent une récompense… une tournée de Pepsi gratos. À Garorock, Spotify enverra aux festivaliers la playlist des concerts vus dans la journée. “C’est tout à fait en ligne avec ce grand changement qui s’opère en ce moment dans le monde de la publicité, explique Serge Grimaux. On quitte la publicité interruptive pour une publicité qui est basée sur la puissance d’une référence. En anglais, ont dit qu’on passe du ‘push marketing’ au ‘pull marketing’. Les gens vont chercher quelque chose plutôt que de se faire mettre quelque chose dans la tête. C’est beaucoup plus puissant.”

 Les festivals ont-ils été contaminés par l’ère du Big Data ? “Ce n’est pas Big Brother”,se défend Ludovic Larbodie. Les utilisateurs ont le choix de rester anonymes et les données recueillies ne sont accessibles qu’en interne, jure-t-il. À Garorock, il s’en servira pour “améliorer le quotidien du festivalier, l’accueil, la fluidité, peut-être la ges- tion des stocks”. Chez MyBee, même discours: les données ne sont pour l’instant pas monétisées, même si Bertrand Sylvestre reconnaît qu’elles pourraient être “précieuses pour la suite”. “Quand les personnes sont d’accord pour s’identifier, on a leurs coordonnées, leur nom, prénom, historique de consommation, leurs préférences, presque leur profil marketing.” Des infos bien utiles pour une marque qui chercherait à connaître le profil de ses utilisateurs par exemple. “Pour l’instant, on les utilise pour nos clients, pour leur permettre de faire leur logistique, leurs stocks…”, assure-t- il. De la smart data plutôt que du big data, la génération connectée peut se rassurer. Souriez, vous êtes pucés !

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