Comment Molly Lewis a frayé son chemin vers le succès rien qu’en sifflant

Vous n’avez jamais enten­du sa voix ? C’est nor­mal. Mol­ly Lewis ne chante pas, elle sif­fle. Aucun son ne sort de sa bouche si ce n’est un souf­fle qu’elle mod­ule pour pro­duire des mélodies venues d’ailleurs, coincées entre ciel et terre. À l’occasion de la sor­tie de son dernier sin­gle onirique “Mirage”, qui précède un EP prévu le 16 sep­tem­bre, nous avons voulu bross­er le por­trait de Mol­ly Lewis, une musi­ci­enne qui a réin­suf­flé la vie aux sifflements.

Vous avez for­cé­ment eu un de ces airs dans la tête. Entre la BO d’En­nio Mor­ri­cone dans Le Bon, la Brute et le Truand de Ser­gio Leone ou encore lorsque Taran­ti­no reprend “Twist­ed nerve” de Bernard Her­rmann, le com­pos­i­teur offi­ciel d’Al­fred Hitch­cock dans Kill Bill. Les sif­fle­ments ont été stars du grand écran depuis l’arrivée du ciné­ma par­lant, à par­tir de 1930. Mais ils sont mal­heureuse­ment tombés en désué­tude. Ça n’a pas empêché Mol­ly Lewis de s’enticher de ces représen­ta­tions dès son plus jeune âge. Pour un de ses anniver­saires, elle reçoit une com­pi­la­tion de Steeve Herb­st, sif­fleur en herbe. Et c’est la révéla­tion. Elle le sait, elle aus­si aura un album à son nom.

Elle par­ticipe donc à la plus grande com­péti­tion de sif­fle­ment au monde, la Mas­ters of Musi­cal Whistling de Los Ange­les en 2015. À l’époque, elle a une toute autre dégaine : cheveux courts, coupe au bol, robe kitsch et regard très sérieux. Elle rem­porte le con­cours haut la main. Après quelques galères, une vidéo totale­ment loufoque fait décoller sa car­rière : “Big Enough” de Kirin J Cal­l­i­nan. Impos­si­ble que vous ne l’ayez jamais vu pass­er, elle compt­abilise 66 mil­lions de vues sur Youtube.

Dans le clip, Alex Cameron et Cal­l­i­nan sont grimés en cow-boys pen­dant que Mol­ly Lewis, en robe blanche sur une falaise, sur­plombe un grand canyon avec son sif­fle­ment. Elle laisse la place au chant totale­ment din­go de Jim­my Barnes. Cet épisode sera repris en meme partout dans le monde, met­tant Mol­ly Lewis sous les pro­jecteurs. C’est la même année qu’elle décide de créer son pro­pre groupe : Cafe Mol­ly qui écume les bars. Sur scène, c’est robe à pail­lettes et gants de soie, une esthé­tique vin­tage qui tape à l’oeil. Ses mou­ve­ments lanci­nants accom­pa­g­nent le morceau qu’elle joue, encore et tou­jours, bouche fer­mée et lèvres pincées. Dans son show s’in­vite John C. Reil­ly, venu inter­préter Slim Whit­man, ain­si que Mac DeMar­co pour faire du Frank Sina­tra. La légende racon­te que c’est Mac lui-même qui aurait offert à Mol­ly sa pre­mière gui­tare, l’en­cour­ageant ain­si à quit­ter les repris­es et à créer ses pro­pres mélodies.

 

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C’est grâce à ces représen­ta­tions que Mol­ly a été repérée par une mai­son de dis­ques. Et pas n’importe laque­lle : Jag­jaguwar. On par­le des pro­duc­teurs d’An­gel Olsen, Sharon Van Etten Bon Iver, Okay Kaya, Big Red Machine, Unknown Mor­tal Orches­tra … Bref, une belle aubaine. Elle sort son pre­mier EP The For­got­ten Edge en juil­let 2021. Six morceaux totale­ment chimériques, accom­pa­g­nés d’un saxo inim­itable qui vous emmène directe­ment au sep­tième ciel. Le morceau “Ocean­ic Feel­ing” cumule près d’un mil­lion de stream sur les plate­formes. Son tra­vail tra­verse les océans, au point qu’elle se retrou­ve à sif­fler au dernier défilé Etam de la Fashion-Week parisi­enne, aux côtés de Juli­ette Armanet. Elle col­la­bore même avec La Femme et Sébastien Tel­li­er. On la retrou­ve il y a quelques semaines avec la sor­tie de “Mir­a­cle Fruit”. Tou­jours aus­si ensor­ce­lant, nous direz-vous. Des choeurs vien­nent porter le morceau aux allures d’été, de plage et de farniente. Bref, Mol­ly Lewis nous séduit par son tal­ent, sa classe et son excen­tric­ité. Whis­tle is the new chic.

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