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10 août 2022

Comment Molly Lewis a frayé son chemin vers le succès rien qu’en sifflant

par Bérénice Hourçourigaray

Vous n’avez jamais entendu sa voix ? C’est normal. Molly Lewis ne chante pas, elle siffle. Aucun son ne sort de sa bouche si ce n’est un souffle qu’elle module pour produire des mélodies venues d’ailleurs, coincées entre ciel et terre. À l’occasion de la sortie de son dernier single onirique « Mirage », qui précède un EP prévu le 16 septembre, nous avons voulu brosser le portrait de Molly Lewis, une musicienne qui a réinsufflé la vie aux sifflements.

Vous avez forcément eu un de ces airs dans la tête. Entre la BO d’Ennio Morricone dans Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone ou encore lorsque Tarantino reprend « Twisted nerve » de Bernard Herrmann, le compositeur officiel d’Alfred Hitchcock dans Kill Bill. Les sifflements ont été stars du grand écran depuis l’arrivée du cinéma parlant, à partir de 1930. Mais ils sont malheureusement tombés en désuétude. Ça n’a pas empêché Molly Lewis de s’enticher de ces représentations dès son plus jeune âge. Pour un de ses anniversaires, elle reçoit une compilation de Steeve Herbst, siffleur en herbe. Et c’est la révélation. Elle le sait, elle aussi aura un album à son nom.

Elle participe donc à la plus grande compétition de sifflement au monde, la Masters of Musical Whistling de Los Angeles en 2015. À l’époque, elle a une toute autre dégaine : cheveux courts, coupe au bol, robe kitsch et regard très sérieux. Elle remporte le concours haut la main. Après quelques galères, une vidéo totalement loufoque fait décoller sa carrière : « Big Enough » de Kirin J Callinan. Impossible que vous ne l’ayez jamais vu passer, elle comptabilise 66 millions de vues sur Youtube.

Dans le clip, Alex Cameron et Callinan sont grimés en cow-boys pendant que Molly Lewis, en robe blanche sur une falaise, surplombe un grand canyon avec son sifflement. Elle laisse la place au chant totalement dingo de Jimmy Barnes. Cet épisode sera repris en meme partout dans le monde, mettant Molly Lewis sous les projecteurs. C’est la même année qu’elle décide de créer son propre groupe : Cafe Molly qui écume les bars. Sur scène, c’est robe à paillettes et gants de soie, une esthétique vintage qui tape à l’oeil. Ses mouvements lancinants accompagnent le morceau qu’elle joue, encore et toujours, bouche fermée et lèvres pincées. Dans son show s’invite John C. Reilly, venu interpréter Slim Whitman, ainsi que Mac DeMarco pour faire du Frank Sinatra. La légende raconte que c’est Mac lui-même qui aurait offert à Molly sa première guitare, l’encourageant ainsi à quitter les reprises et à créer ses propres mélodies.

 

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C’est grâce à ces représentations que Molly a été repérée par une maison de disques. Et pas n’importe laquelle : Jagjaguwar. On parle des producteurs d’Angel Olsen, Sharon Van Etten Bon Iver, Okay Kaya, Big Red Machine, Unknown Mortal Orchestra … Bref, une belle aubaine. Elle sort son premier EP The Forgotten Edge en juillet 2021. Six morceaux totalement chimériques, accompagnés d’un saxo inimitable qui vous emmène directement au septième ciel. Le morceau « Oceanic Feeling » cumule près d’un million de stream sur les plateformes. Son travail traverse les océans, au point qu’elle se retrouve à siffler au dernier défilé Etam de la Fashion-Week parisienne, aux côtés de Juliette Armanet. Elle collabore même avec La Femme et Sébastien Tellier. On la retrouve il y a quelques semaines avec la sortie de « Miracle Fruit ». Toujours aussi ensorcelant, nous direz-vous. Des choeurs viennent porter le morceau aux allures d’été, de plage et de farniente. Bref, Molly Lewis nous séduit par son talent, sa classe et son excentricité. Whistle is the new chic.

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