Coup de coeur pour la house organique de You Man

Extrait du numéro 98 de Tsu­gi (décembre-janvier)

Pour son pre­mier album, ce duo lil­lois épate avec sa house organique aux hori­zons bien plus larges que les qua­tre murs d’un club.

You Man. Patronyme astu­cieux qui sonne comme un clin d’oeil à Human After All, le troisième album des Daft Punk. Nor­mal, puisque le duo Gia­co­mo Di Fal­co, alias Giac, et Stéphane Huleux, alias Tepet, recon­naît volon­tiers qu’il s’est pris Home­work en pleine tronche. Vous me direz : ils ne sont pas les seuls, et ce n’est pas for­cé­ment une rai­son pour automa­tique­ment pass­er à l’action et s’installer illi­co der­rière des machines. Sauf que notre duo lil­lois pra­ti­quait déjà la musique, mais dans une ver­sion “gui­tare fusion” à la Rage Against The Machine. Le choc Home­work provo­qua donc chez les deux amis de 20 ans (ils en ont aujourd’hui 38 ans) un rad­i­cal change­ment de cap musical.

Mais il a fal­lu atten­dre quelques années sup­plé­men­taires pour en avoir les pre­miers témoignages discographiques avec le EP Rest­less (2013) que nous avions salué dans nos pages à l’époque par ces mots : “À la manière d’un Seth Trox­ler qui sait faire groover la min­i­male, le duo frenchy You Man emprunte les traces du maître sur le bril­lant ‘Bird­cage’. Les trois autres tracks ravageurs aux sam­ples vocaux hard-funk gar­dent le cap. Promet­teur.” Quelque trois ans plus tard, la promesse est large­ment tenue par ce pre­mier album au titre évo­ca­teur Spec­trum Of Love. Car il est beau­coup ques­tion d’amour tout au long de ces dix titres. L’amour prin­ci­pale­ment de la musique élec­tron­ique au sens large, de la house à la tech­no, que l’on ressent lorsque l’on se laisse envahir par les sons chaleureux mais nerveux de “There Is A Land” et ses accents Chem­i­cal Broth­ers en ver­sion très organique, ou de “Plan­et Cir­cus”, vire­voltant track très old-school Chica­go 90’s. Pro­duc­teurs hors pair, les deux com­pères affichent aus­si une maes­tria dans l’utilisation des sam­ples vocaux comme sur le tour­bil­lon­nant “Into The Sun”. Mais un album élec­tron­ique, sous peine d’ennui pro­fond lorsqu’on l’écoute dans son salon ou sa cham­bre (à vous de voir), ne doit surtout pas être seule­ment une col­lec­tion d’outils pour DJ. Giac et Tepet l’ont bien com­pris en con­vo­quant des chanteurs qui vien­nent don­ner un petit côté pop au disque, sans for­cé­ment ouvrir grand la porte au méchant main­stream. Et cela nous offre peut-être les trois moments de bravoure du disque : le blues élec­tron­ique de “When We Fall” avec Jérôme Voisin, le drôle de rap dub acid de “Breath­in” en com­pag­nie de Black Crack­er et l’electro funk weirdo de “Futuro”, scan­dé par la voix défor­mée d’Antoine Pesle. On attend main­tenant avec impa­tience la ver­sion live. Mais vu le grand tal­ent de You Man, nous n’avons pas trop d’inquiétudes.

Spec­trum Of Love (Alpage), sor­ti le 18 novem­bre. A not­er que You Man sera en live à la Boule Noire à Paris ce ven­dre­di 9 décembre. 

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