Le Rex Club, vide

Covid-19 : Paris face à un exode des artistes ?

Inutile de refaire le film de ces derniers mois : seuls les Hiber­na­tus, les ermites et les ZADistes façon Prob­le­mos n’ont pas eu vent du désas­tre que la Covid-19 et le con­fine­ment ont engen­dré auprès des acteurs de la cul­ture. Si l’on a beau­coup par­lé des pro­prié­taires des étab­lisse­ments ces derniers temps, et que nous avons déjà inter­rogés les clubbeurs sur le sujet, il reste le dernier mail­lon de la fête à ren­con­tr­er, ceux qui en font la bande-son. Privés de revenus, de con­tact physique avec le pub­lic, voire d’espoir et de promess­es (claires) de jours meilleurs, les artistes ne savent plus sur quel pied danser et cog­i­tent. À Paris, cen­tre névral­gique de l’agitation cul­turelle française, cette crise économique et de con­science a pris logique­ment d’autres pro­por­tions, révélant son lot d’absurdités dev­enues insup­port­a­bles et trans­for­mant en gouf­fres béants ce qui, en temps nor­mal, parais­saient n’être que de sim­ples fis­sures. Certes, la cap­i­tale fini­ra par se relever (elle en a vu d’autres), mais pas for­cé­ment avec les mêmes acteurs ni la même hégé­monie. Peut-être un mal pour bien ?

Deux choses définis­sent assez bien Vic­tor Kiswell : son savoir-faire métic­uleux pour met­tre la main sur des dis­ques rares qu’il revend ensuite dans son apparte­ment ou sur la toile et son amour de Paris, une ville qui l’a vu naître et qu’il a arpen­tée de long en large depuis 40 ans. « J’avais un côté Woody Allen avec Paris comme lui l’a avec New York. Je pou­vais même être par­fois de mau­vaise foi pour défendre ma ville », racon­te ce dis­quaire ency­clopédique, révélé aux yeux – et oreilles – du grand pub­lic via la chou­ette série-documentaire Vinyl Bazaar. Et pour­tant, Vic­tor s’apprête à quit­ter l’Île-de-France. Lui, le « titi », le vrai, a besoin de chang­er d’air. Une déci­sion sur­prenante qui, sans sur­prise, a énor­mé­ment mûri lors de cette péri­ode d’enfermement. « C’est une envie que j’avais déjà, mais le con­fine­ment n’a fait que me con­forter dans cette idée. Il a même accen­tué mon rejet de Paris. Pour­tant, je suis très citadin. Je suis né et j’ai gran­di ici. Mais j’en ai marre. Il y a eu des épo­ques où Paris était dif­férente, mais aujour­d’hui, on se rend compte de l’al­ié­na­tion qu’est le fait de vivre dans une ville pareille. Les loy­ers sont très chers pour de petits apparte­ments. Et rester enfer­mé dans de petits apparte­ments qui valent très chers, c’est com­plète­ment absurde. On s’est aus­si ren­du compte, par com­para­i­son, que les gens ont aus­si mieux vécu le con­fine­ment en étant à l’air libre, au soleil. Que c’é­tait mieux d’avoir plus d’e­space, que c’é­tait plus relax­ant d’avoir de la ver­dure… »

Con­finé avec son ado de fils en plein Paname, Vic­tor a eu un peu peur de ne pas pou­voir join­dre les deux bouts à l’ère de la dis­tan­ci­a­tion sociale oblig­a­toire. Impos­si­ble durant ces temps mau­dits de compter sur la vente de dis­ques à son domi­cile, les DJ sets ni son activ­ité liée à la sonori­sa­tion de lieux pour faire ren­tr­er des belins. « J’ai flip­pé, oui. Sans les mix­es et la sonori­sa­tion, j’al­lais per­dre la moitié ou les deux tiers de mes revenus, en sachant que j’avais tou­jours un loy­er à la con à pay­er chaque mois. Par chance, juste une semaine avant le con­fine­ment, j’ai reçu une avance pour un chantier de sonori­sa­tion en Jor­danie. Cela m’a per­mis de tenir, de faire l’équili­bre. J’ai pu régler le loy­er, faire des cours­es… Et heureuse­ment que La Poste accep­tait de trans­porter les col­is ! Sans tout cela, j’au­rais vrai­ment été dans la merde. » Soulagé d’avoir pu s’en sor­tir, le deal­er de galettes vise désor­mais le soleil de Barcelone. Un pari risqué pour celui qui, à force de tra­vail, avait réus­si au fil des ans à se tailler une sacrée répu­ta­tion… et à faire de son apparte­ment un lieu de pas­sage obligé pour les DJs, pro­duc­teurs et col­lec­tion­neurs français comme inter­na­tionaux. « Je me suis rap­pelé la chan­son d’Az­navour : quitte à galér­er, autant que cela se fasse au soleil, au bord de la mer, lâche Vic­tor gogue­nard.

« Quitte à galér­er, autant que cela se fasse au soleil » Vic­tor Kiswell

À l’image de Vic­tor, d’autres per­son­nages de ce Paris qui bouge ont décidé de met­tre les voiles ou y pensent de plus en plus ouverte­ment. C’est le cas de deux amis de longue date : Ouai Stéphane et Luu­fa. Le pre­mier, signé sur Glob­al Warm­ing Records et auteur de plusieurs EP électronico-foutraques séduisants (et d’une superbe par­o­die des lives de Cer­cle), et le sec­ond, façon­neur d’une pop élec­tron­ique mât­inée de gui­tare, ont gran­di ensem­ble à Antibes avant de se retrou­ver des années plus tard à Paris pour ten­ter de vivre de leur musique. Par­tis juste­ment vivre ensem­ble le con­fine­ment sur la Côte d’Azur, dans la baraque des par­ents de Stéphane alors absents, les acolytes en ont prof­ité pour faire du son – évidem­ment –, mais aus­si le point sur leur vie fran­cili­enne et sur l’après coro­n­avirus.

« Le but d’être à Paris pour moi, c’est vrai­ment les con­certs, la musique et la cul­ture. S’il n’y a pas ça, je préfère être autre-part. Je préfère la mer et le soleil ! » Le dis­cours que tient Luu­fa n’a rien de sur­prenant quand on con­naît le per­son­nage. Franco-américain, il a quit­té la France après le lycée pour vivre dif­férentes expéri­ences à droite, à gauche, avant d’arriver à Paris en 2018, motivé par l’idée de renouer avec la scène. Petit à petit, avec notam­ment le sou­tien de Stéphane, le scé­nario idéal imag­iné par le prin­ci­pal intéressé sem­blait devenir réal­ité. « Côté tra­vail, je me suis remis à faire des tra­duc­tions en free­lance, un peu de copy­writ­ing, des cours par­ti­c­uliers de gui­tare et de langues, presque à la sauvette. Mais la pri­or­ité, c’é­tait d’avoir du temps pour faire de la musique. J’ai fait quelques lives, cela évolu­ait et pre­nait forme au fur et à mesure… » Et puis la Covid-19 est arrivée. « Mes plans ont com­plète­ment changé. Nor­male­ment, je devais m’oc­cu­per de la régie pour Ouai Stéphane sur toute la sai­son. J’avais aus­si un autre tra­vail qui allait démar­rer juste avant le con­fine­ment. J’al­lais être plus blindé finan­cière­ment, mais c’est fini ! Main­tenant, je pense plutôt aller voir ce qu’il se passe à Mar­seille ou Nice, selon ce que je peux trou­ver, car les loy­ers sont vrai­ment moins chers. »

Le but d’être à Paris pour moi, c’est vrai­ment les con­certs, la musique et la cul­ture. S’il n’y a pas ça, je préfère être autre-part.” Luu­fa

Mission studio, intermittence et nouvelle vie

La sit­u­a­tion de Ouai Stéphane est sim­i­laire à celle de son ami, à la seule dif­férence que lui avait déjà posé davan­tage de briques dans sa con­struc­tion artis­tique. « Nor­male­ment, la musique me per­met de vivre aujour­d’hui. Je suis inter­mit­tent du spec­ta­cle, fais des con­certs et un peu de mis­sions divers­es autour de mon pro­jet… Jusqu’à main­tenant, j’avais même lais­sé de côté les cours par­ti­c­uliers. Je vais voir si je vais en repren­dre un petit peu… » D’une nature opti­miste, Stéphane a d’abord vu le con­fine­ment comme une bonne oppor­tu­nité afin de pass­er à l’étape supérieure musi­cale­ment par­lant. « Comme en hiv­er, il y a générale­ment moins de fes­ti­vals, j’avais naturelle­ment pen­sé revenir en stu­dio pour com­pos­er. Bon, j’avais tout de même quelques con­certs prévus, env­i­ron deux par mois de mars à juin, mais ils ont été annulés. Finale­ment, cela m’a per­mis de me con­cen­tr­er un peu plus sur cette mis­sion stu­dio que je m’é­tais imposée. L’im­pact du con­fine­ment a été moins impor­tant pour moi que pour les artistes qui avaient prévu de par­tir en tournée sérieuse­ment sur cette péri­ode. Se met­tre bien dans une mai­son avec jardin et sans voisin pour faire de la musique. Il y a des choix plus com­pliqués à faire ! » Reste que cette antic­i­pa­tion salu­taire n’empêche pas le pro­duc­teur de se pos­er des ques­tions, lui qui venait d’emménager dans un nou­v­el apparte­ment parisien en solo après des années de colo­ca­tion.

Si l’É­tat rajoute un an [d’in­ter­mit­tence], ce serait roy­al. S’il ne le fait pas, je vais chang­er de méti­er.” Ouai Stéphane

Pay­er le loy­er d’un bien dont on ne prof­ite pas, sans savoir si la ville où il est situé vous per­me­t­tra de rebondir, for­cé­ment, ça fait chauf­fer le ciboulard. « J’ai plusieurs plans en tête. L’idéal serait évidem­ment de revenir à Paris et de repren­dre une activ­ité nor­male. Le plan B serait de retourn­er vivre chez mes par­ents, le temps que tout se remette en place et de retrou­ver une activ­ité, tout en prof­i­tant pour ral­longer cette péri­ode stu­dio. En plan C, pourquoi pas être indépen­dant en m’in­stal­lant dans d’autres villes dans le Sud, des coins plus verts, comme Nice, Mar­seille… » L’intermittence est d’ailleurs aus­si au cen­tre de ses préoc­cu­pa­tions pour celui qui est ingénieur du son-producteur de for­ma­tion. « C’est mal­heureuse­ment un peu fini pour moi cette année car ma “date anniver­saire d’intermittence” était en avril… Même si elle a été repoussée à fin juin, avec l’an­nu­la­tion des dates, je n’ai pas pu avoir le nom­bre de cachets suff­isant. Si l’É­tat rajoute un an, ce serait roy­al. S’il ne le fait pas, je vais chang­er de méti­er [depuis l’in­ter­view, Stéphane garde finale­ment son statut d’in­ter­mit­tent jusqu’à aout 2021, ndlr]. Mais je reste tout de même recon­nais­sant de la chance que j’ai eu d’avoir ce statut pen­dant un an. »

En panne d’inspiration

Le statut d’intermittent, Tim­o­th­ée n’a pas encore la chance de l’avoir. Mieux con­nu sous le nom de scène IV Horse­men, cet arti­san d’une techno-EBM abra­sive aux accents indus a heureuse­ment pu trou­ver d’autres solu­tions pour main­tenir la tête hors de l’eau durant le plus fort de la crise. « J’ai pu avoir quelques aides car j’avais récem­ment créé mon statut d’auto-entrepreneur et que j’ai aus­si une asso à côté. » Pas Byzance, mais de quoi garder le cap mal­gré la tem­pête pour ce musicien-producteur orig­i­naire de Besançon et instal­lé depuis trois ans à Paris après avoir fait ses pre­mières armes à Lyon. « Je voulais venir à Paris pour être au plus près de tout ce qu’il se passe, ren­con­tr­er des gens, être un peu plus dans le feu de l’action quoi. » Et faire pass­er à un autre niveau sa car­rière promet­teuse. « Depuis que je suis à Paris, mon approche est davan­tage passée du for­mat con­cert à une ver­sion plus club. Cela a changé la donne. À Lyon, tu fais tout de même vite le tour. C’est moins dense et intense qu’ici car Paris attire des artistes venant de partout. C’est là qu’on finit par se retrou­ver, parce qu’on partage une date en com­mun, etc. Les liens se resser­rent et ce n’est pas qu’un truc franco-français : Paris, c’est aus­si plus sim­ple pour créer des con­nex­ions avec l’extérieur. »

Le fait d’être dans une sit­u­a­tion com­plète­ment anx­iogène, avec aucune per­spec­tive d’avenir et des mau­vais­es nou­velles qui tombent les unes après les autres, ce n’était pas le meilleur mood pour créer des choses.” IV Horse­men

Con­finé dans un petit apparte­ment, « IV » a encais­sé la vague de con­t­a­m­i­na­tion comme on encaisse un cro­chet du droit en plein ster­num : en ser­rant les dents et en atten­dant que la douleur s’estompe. « (Mon activ­ité) était en train de ren­tr­er un peu dans les clous, de devenir plus régulière, mais le con­fine­ment m’a coupé l’herbe sous le pied, con­fie l’artiste. Cela com­mençait à pren­dre forme, en tout cas la forme qui m’intéressait, et tout est retombé à zéro du jour au lende­main. J’espère juste­ment que je ne vais pas avoir à repar­tir de zéro quand tout va recom­mencer, mais cette péri­ode, c’était dur. » Son plus grand crève-cœur ? Avoir vu ses gigs du print­emps s’envoler, dont une date très atten­due à Vil­nius en Litu­anie (« les organ­isa­teurs m’avaient avancé le cachet, il a fal­lu que je leur rem­bourse… ») et surtout sa par­tic­i­pa­tion au Fes­ti­val des Sou­venirs Brisés que le label de DJ Varso­vie Inter­vi­sion prévoy­ait au Petit Bain (« un événe­ment détru­it dans l’œuf, même si, à une semaine de la date lim­ite, tout le monde y croy­ait encore… »).

Pour rem­plir le vide (et l’ennui), Tim­o­th­ée a pro­duit et mixé, un peu, mais pas tant que ça. La faute à une ambiance pas vrai­ment prop­ice à l’effervescence musi­cale : « Le fait d’être dans une sit­u­a­tion com­plète­ment anx­iogène, avec aucune per­spec­tive d’avenir et des mau­vais­es nou­velles qui tombent les unes après les autres, ce n’était pas le meilleur mood pour créer des choses. » Alors, ce graphiste de for­ma­tion a surtout prof­ité de ce faux temps libre pour appren­dre de nou­velles choses (« Je me suis for­mé à des tech­niques de son et de graphisme, comme la 3D par exem­ple ») et jeter son regard au-delà des artères pen­sées par le baron Hauss­mann. « Cela fai­sait déjà un moment que je lorgnais sur le fait de par­tir pour retrou­ver des con­di­tions de vie un peu plus intéres­santes, plus déten­dues, concède-t-il. Et là, cela n’a fait que con­firmer mes envies… même si l’on sait tous qu’entre le fait d’y vivre 24h/24 et venir seule­ment de temps en temps, il ne se passe pas les mêmes choses. C’est un choix à faire. Mais avec ce qu’il s’est passé et la prob­a­bil­ité qu’une autre merde du genre arrive par la suite, je préfère priv­ilégi­er un cadre de vie plus tran­quille. Paris, c’est un peu l’enfer pour des gens dans une sit­u­a­tion comme la nôtre, dans la créa­tion. Et pas la créa­tion où l’on a vrai­ment des sub­ven­tions ou de l’argent. On est trop bridés. » Ses envies d’ailleurs pour­raient davan­tage l’amener dans le Sud-Ouest, du côté de Bor­deaux et de Toulouse, que dans le fin-fond de la cam­brousse… même si Tim­o­th­ée avoue, en rigolant, y avoir aus­si songé un temps. « Vers la fin du con­fine­ment, j’étais un peu plus extrême ! », se marre-t-il.

 

Exode urbain et décentralisation artistique

Nul doute que d’autres fig­ures parisi­ennes (ou néo-parisiennes) vont égale­ment pren­dre la tan­gente et suiv­re l’exemple de Vic­tor Kiswell, Ouai Stéphane, Luu­fa et IV Horse­men à l’avenir. Pour trou­ver un meilleur cadre de vie, se rap­procher de la nature et aus­si en ter­min­er avec cette cen­tral­i­sa­tion artis­tique de plus en plus indé­cente dans une ville où le coût de la vie dépasse l’entendement. Luu­fa l’appelle d’ailleurs de ses vœux : « Le fait que tout se passe à Paris est un prob­lème et cela serait génial d’avoir plus de cul­ture dans les petites villes. Bien sûr, on n’est pas obligé de pass­er par la case Paris pour réus­sir, mais c’est tout de même sou­vent le cas. Il faut rééquili­br­er tout ça. » Tim­o­th­ée ne dit pas l’inverse. Pour lui, il est même temps de repenser le sys­tème. « Ce serait béné­fique au niveau des musiques vivantes, des musiques live, des micro-scènes et même du main­stream d’ailleurs. Qu’on regarde ce qu’il se passe dans d’autres villes de France et qu’on arrête d’être focal­isé sur Paris. Avec une den­sité de per­son­nes aus­si énorme, ce n’est pas pos­si­ble ! Je me dis qu’à un moment, il va y avoir un exode urbain parce que ça ne marchera plus. » Un retour aux sources qui per­me­t­tra peut-être aux scènes locales de repren­dre du poil de la bête et aux musiques actuelles de se réin­ven­ter de plus belle, dans Paris-même comme au-delà du périph’.

On va sûre­ment avoir plus d’artistes mai­son que d’artistes inter­na­tionaux dans les soirées.” Miley Seri­ous

Ce besoin de change­ment se traduit aus­si chez ceux qui n’ont pas d’envie d’ailleurs, à l’instar de Miley Seri­ous. Amie de IV Horse­men, ani­ma­trice sur Rinse France et à la tête du gouleyant label 99cts Records, elle n’a pas encore prévu de faire ses bagages, même si elle se dit con­sciente de la sit­u­a­tion. « Moi, j’y suis, j’y reste, affirme-t-elle. Je n’ai pas fini d’explorer Paris, de regarder cette ville. Par con­tre, je com­prends totale­ment ceux qui par­tent, qui en ont ras-le-bol et pour qui le con­fine­ment a sem­blé être le bon moment pour par­tir. Cette his­toire a vrai­ment pu don­ner un coup de col­lier à celles et ceux qui, au fond d’eux, avaient déjà cette envie qui les tra­vail­lait. Pour cer­tains, c’est la fin d’un cycle. » Aux yeux de l’une des DJ-productrices les plus punk du game actuel, le con­fine­ment et ses con­séquences peu­vent même avoir du posi­tif : « Si les jauges des lieux devi­en­nent plus petites, si c’est plus restreint, les réser­va­tions seront plus courantes et les gens s’intéresseront davan­tage à ce qu’ils vien­dront voir. » Et si elle ne croit pas vrai­ment au con­cept d’une nou­velle scène (« la scène évolue juste­ment tout le temps »), Miley envis­age volon­tiers l’existence d’un souf­fle nou­veau sur la fête fran­cili­enne et française. « Il va y avoir du change­ment du côté des rassem­ble­ments : on voy­ait bien que les gens étaient con­tents de danser sur les quais à Paris lors de la Fête de la Musique par exem­ple ! On va aus­si sûre­ment avoir plus d’artistes mai­son que d’artistes inter­na­tionaux dans les soirées. » Un retour à la con­som­ma­tion locale sans pour autant vers­er dans un patri­o­tisme mal­venu.

Cela me fait de la peine car plein de gens ne vont pas s’en sor­tir, mais de l’autre, il y avait un trop-plein à Paris.” Vic­tor Kiswell

Mais la plus grosse con­séquence du coro­n­avirus à Paris se trou­ve peut-être encore ailleurs, bien au-delà de la décen­tral­i­sa­tion, de l’essor des régions et de la musique loca­vore. C’est en tout cas l’avis de Vic­tor Kiswell. Avant de ren­dre les clefs de son appart et d’aller savour­er des tapas en plein cagnard, le dis­quaire apporte un dernier regard éclairé sur l’évolution de sa ville et d’un phénomène qui, en rai­son de la pandémie, risque fort de s’enrayer : la déi­fi­ca­tion des DJ-diggers. « Plein de DJs n’ont pas le statut d’in­ter­mit­tent du spec­ta­cle : ceux-là, je ne sais pas com­ment ils ont fait pour gag­n­er des thunes ces derniers mois. J’imag­ine que beau­coup vont devoir pren­dre un boulot à côté. Cela me fait de la peine car plein de gens ne vont pas s’en sor­tir, mais de l’autre, il y avait un trop-plein à Paris. » Tran­chant et aigu­isé, son con­stat est dif­fi­cile­ment con­testable, et de ce fait, la Covid-19 va peut-être calmer les ardeurs de Mon­sieur X ou Madame Y, jusqu’alors prêts à tout pla­quer pour mon­ter un label under­ground et rééditer à 300 exem­plaires un disque obscur de pop zam­bi­enne.

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