©Filip Havlik

D’après vous, combien de fois plus un artiste gagne grâce à Bandcamp que Spotify ?

Après les man­i­fes­ta­tions organ­isées par le mou­ve­ment Jus­tice At Spo­ti­fy, la plate­forme de stream­ing est sous le feu des cri­tiques pour son mod­èle de rémunéra­tion des artistes. Après la lec­ture de ce dernier rap­port sur l’al­ter­na­tive que représente Band­camp, on a organ­isé un match pour savoir laque­lle des deux plate­formes est con­crète­ment la plus avan­tageuse pour les artistes et s’il n’y aurait pas des leçons à tir­er de ça.

Pour beau­coup, Spo­ti­fy est le géant emblé­ma­tique du stream­ing musi­cal. Avec ses 155 mil­lions d’u­til­isa­teurs, son cat­a­logue ten­tac­u­laire et ses pod­casts à la pelle, Spo­ti­fy reste néan­moins un colosse aux pieds d’argile, puisque l’en­tre­prise est tou­jours défici­taire. Pen­dant ce temps-là, Band­camp se posi­tionne comme une alter­na­tive crédi­ble pour les artistes indépen­dants ; une start­up qui génère du prof­it et ce depuis bien­tôt dix ans, si l’on en croit ce rap­port pub­lié par Com­po­nents. Le mod­èle de la plate­forme est très sim­ple et pour­tant rude­ment effi­cace : les artistes déposent eux-mêmes leur con­tenu sur la page qu’ils se sont créée, définis­sent leur pro­pre modal­ités de vente et les fans vien­nent y acheter la musique, moyen­nant un pour­cent­age des ventes rever­sé à la plate­forme. Spo­ti­fy, en revanche, est sur un sys­tème de rémunéra­tion dit “market-centric” et reste axé sur un objec­tif d’ex­pan­sion et de monop­o­li­sa­tion du marché, d’in­vestisse­ments dépas­sant encore les béné­fices même 15 ans après sa créa­tion (d’où son statut défici­taire), par des deals avan­tageux pour les majors aux dépens d’une rémunéra­tion dérisoire des artistes indépendants.

À lire également
Justice at Spotify : les artistes ont manifesté devant les locaux de la plateforme

 

Les ventes de l’an­née 2020 sur Bandcamp

Petit rap­pel : le mod­èle de rémunéra­tion de Spo­ti­fy est basé sur un grand pot com­mun qui est redis­tribué selon les parts de streams détenues par chaque artiste. Actuelle­ment, le mou­ve­ment con­tes­tataire Jus­tice at Spo­ti­fy se bat pour des revenus par stream unique, comme Sound­Cloud le met main­tenant en appli­ca­tion. Pour­tant, selon une étude, aucun des deux sys­tèmes de rémunéra­tion ne serait véri­ta­ble­ment viable pour faire vivre les artistes indépen­dants du stream­ing (on l’ex­pli­quait ici). Face à ce mod­èle, Band­camp utilise un sys­tème des plus clas­siques : l’u­til­isa­teur achète la musique, qu’il pos­sède ensuite en mp3 ou wav à vie pour l’é­couter de manière illim­itée. La dif­férence avec iTunes ? Les artistes fix­ent le prix eux-mêmes, leur page de vente est per­son­nal­is­able et surtout les fans peu­vent faire des dons, s’ils le souhaitent.

Le match des chiffres

Selon une étude, la rémunéra­tion moyenne par stream de Spo­ti­fy est de 0,00348$. En écoutant une chan­son dis­ons 300 fois, l’artiste touchera très exacte­ment 1,044$. Sur Band­camp, le prix moyen d’une chan­son achetée en numérique est de 2,40$, sans compter les 15% de com­mis­sion de la plate­forme. En les prenant en compte, votre artiste favori touchera 2,04$, c’est à dire près de deux fois plus que sur Spo­ti­fy. Plus encore si vous l’a­chetez lors d’un Band­camp Fri­day chaque pre­mier ven­dre­di du mois, lorsque la plate­forme cède entière­ment sa part à l’artiste.

Bandcamp

Les points au-dessus de 300 000 sont les Band­camp Fridays

Deux fois plus donc. L’é­tude de Com­po­nents le mon­tre : l’a­van­tage de Band­camp réside dans la flex­i­bil­ité qu’il laisse aux util­isa­teurs, aus­si bien les artistes que les fans. Ain­si Phoebe Bridgers, en met­tant en vente un seul titre de manière lim­itée dans le temps, avait pu rap­porter 178 000$ qu’elle avait rever­sé à une cause human­i­taire. Spo­ti­fy, au con­traire, enferme tous ses util­isa­teurs dans un même moule qui ne laisse pas la pos­si­bil­ité aux fans d’être généreux et de financer les artistes, en véri­ta­bles mécènes.

Il faut néan­moins recon­naître que le stream­ing a en par­tie résolu la crise de l’in­dus­trie musi­cale, en pro­posant une voie alter­na­tive au télécharge­ment illé­gal. Il est d’ailleurs prob­a­ble­ment com­plé­men­taire de Band­camp : nom­breux sont ceux qui vont écouter un track sur YouTube pour ensuite l’a­cheter en bonne qual­ité sur Band­camp. Le prob­lème réside surtout dans le fait qu’il est devenu le mod­èle prin­ci­pal de dis­tri­b­u­tion de la musique. Alors com­ment le ren­dre viable pour les artistes ?

 

À lire également
Bandcamp va prolonger ses Bandcamp Fridays toute l’année

 

Les for­mats les plus achetés sur Bandcamp

(Vis­ité 3 230 fois)