Capture d'écran de son DJ set pour In The Lab de Mixmag, mars 2020

Dégoûté et en colère, la légende de la house Marshall Jefferson arrête sa carrière

Mar­shall Jef­fer­son, la house légende de Chica­go, stoppe sa car­rière de DJ et pro­duc­teur et dénonce une indus­trie dis­crim­i­nante où le racisme est systémique. 

Mar­shall Jef­fer­son a pub­lié la semaine dernière sur le site de Mix­mag un com­mu­niqué expli­quant qu’il met­tait fin à sa car­rière de DJ et pro­duc­teur. Celui qui a com­posé l’inoubliable “Move Your Body”, véri­ta­ble hymne (lit­térale­ment) de la house music, explique son ras-le-bol d’une indus­trie (celle de la house music en par­ti­c­uli­er) “dev­enue la cap­i­tale de la dis­crim­i­na­tion raciale dans l’in­dus­trie de la musique”. On peut y lire sa colère, son dégoût et sa lassitude.

[La house music] est dev­enue la cap­i­tale de la dis­crim­i­na­tion raciale dans l’in­dus­trie de la musique.”

Dans un long texte argu­men­té, il racon­te cer­tains moments, décisifs dans son choix de quit­ter de l’industrie : “Il y a à peu près cinq ans, je jouais dans un énorme fes­ti­val en Alle­magne. Un DJ blanc très côté jouait sur la scène prin­ci­pale et je jouais pour ma part dans une autre salle plus petite, mais qui accueil­lait quand même au moins 4 000 fes­ti­va­liers. L’autre DJ a lit­térale­ment vidé le dance­floor lors de son pre­mier morceau. Les gens se sont tournés vers ma salle et j’ai passé un excel­lent set. Lorsque je lus un arti­cle à pro­pos de l’événement dans un mag­a­zine de musique, il était dit que l’autre DJ avait fait un set excep­tion­nel et que le mien était hor­ri­ble. Je me suis plaint et ai envoyé un mes­sage. Ils ont quand même pub­lié l’article !” Il ajoute : “Est-ce du racisme ? Pas for­cé­ment”, dit-il avant de pré­cis­er que “le DJ blanc avait un respon­s­able pub­lic­ité et mar­ket­ing der­rière lui. Je n’avais rien de tel. Les jour­nal­istes ont donc pen­sé qu’ils pou­vaient dén­i­gr­er mon set parce que cela n’au­rait aucune conséquence.”

Les jour­nal­istes ont donc pen­sé qu’ils pou­vaient dén­i­gr­er mon set parce que cela n’au­rait aucune conséquence.”

Le pro­duc­teur cite égale­ment Kevin Saun­der­son, un des pères fon­da­teurs de la tech­no de Detroit, qui a lui aus­si récem­ment par­lé du racisme présent dans l’in­dus­trie, lors d’une inter­view à Bill­board : “C’est comme si on pou­vait presque sen­tir que quelqu’un élim­i­nait lit­térale­ment les artistes et pro­duc­teurs noirs et leur par­tic­i­pa­tion à la scène musi­cale d’au­jour­d’hui”. Mar­shall com­mente : “Je ne sais pas si c’est inten­tion­nel ou non [le fait de chercher à élim­in­er les artistes noir.e.s de la scène, ndr], mais c’est claire­ment ce qui arrive dans le haut du panier”. Bien qu’il soit con­scient des réal­ités économiques, il appelle l’industrie à se réveiller et à arrêter de “blanchir” toute la dance music : “Pour la dance music, laissez-la telle qu’elle est ! Ça a déjà marché aupar­a­vant !

 

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L’intégralité du com­mu­niqué est à lire ici.

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