Crédit : Bart Heemskerk

Dekmantel 2017 : le meilleur festival de l’été ?

Dek­man­tel est cer­taine­ment l’un des événe­ments esti­vaux préférés des ama­teurs de musiques élec­tron­iques. Parce que le fes­ti­val amstel­lodamois s’est fait maître en l’art de sur­pren­dre. Sur­pren­dre d’abord par une pro­gram­ma­tion défricheuse, car les pro­gram­ma­teurs reste bien enten­du à l’écoute d’un pub­lic en quête de sur­pris­es. Mais sur­pren­dre aus­si en invi­tant des grands noms, qui vien­nent à Dek­man­tel pour con­firmer qu’ils sont tou­jours là, et qu’ils peu­vent encore créer une fer­veur unanime au sein d’un pub­lic de plus en plus exigeant. On est par­ti véri­fi­er de plus près si la sur­prise était bien au rendez‐vous.

Alors que les fes­ti­va­liers se pré­par­ent tran­quille­ment pour un week‐end musi­cal et cham­pêtre en plein cœur de l’Amsterdam Bos, la riv­ière IJ accueille un va‐et‐vient de navettes flu­viales qui relient dif­férentes salles de con­cert. Les shows d’ouverture de Dek­man­tel bat­tent leur plein, et Robert Henke fait salle comble au Muziekge­bouw où il présente la troisième ver­sion de son pro­jet “Lumiere lll”. On serait bien ten­té de le décrire comme un live hyp­no­tique, mais en réal­ité c’est bien plus : Henke fait cohab­iter images et les sons à la pré­ci­sion, con­tant une véri­ta­ble fable tech­nologique où chaque fréquence sonore cohab­ite avec une représen­ta­tion visuelle, créant tan­tôt l’attente tan­tôt l’euphorie chez son pub­lic. Après une balade flu­viale pour se remet­tre de nos émo­tions, on s’enfonce volon­tiers dans l’un des sièges de la salle de pro­jec­tion de The Eye où est dif­fusé le doc­u­men­taire Suzanne Ciani – A Life In Waves. Ce film rend par­faite­ment jus­tice à cette pio­nnière, que l’on décou­vre en femme déter­minée et qui a tou­jours mis un point d’honneur à “ren­dre la tech­nolo­gie sen­suelle”. Plus tard, au Shel­ter — un club en sous‐sol façon park­ing — on admire Nathan Fake faire rugir ses pads et autres syn­thés, pour un live à mi‐chemin entre la pré­ci­sion de Kore­less et l’agressivité de Mum­dance. Bril­lant.

Robert Hood © Bart Heemskerk

Ams­ter­dam Bos, 14h, pre­mier jour. La scène Ufo, la plus tech­no du fes­ti­val et la seule à être entière­ment cou­verte et dans le noir, accueille Dr. Rubin­stein qui fait danser les pre­miers fes­ti­va­liers depuis plus d’une heure. Cer­tains deman­dent qui elle est. Non ce n’est pas Nina Krav­iz. C’est une DJ hors pair, sans aucune sor­tie, ni même de label, qui s’est faite remar­quer par son habil­ité au mix et par ses sélec­tions hyper pointues. Elle nous offre une par­faite mise en jambe tech­no avant que l’on aille souiller nos bas­kets aux qua­tre coins du fes­ti­val. Dans l’espace réservé à Red Light Radio qui ressem­ble à une petite chapelle rouge, on a la bonne sur­prise de décou­vrir Cen­tral de l’excellent label danois Help Record­ings. Il mixe house puis tech­no et s’aventure aus­si sur des sons plus breakés, de quoi ravir les danseurs qui s’amassent devant le booth éclairé par une chaude lumière. Ne jamais croire la météo à Ams­ter­dam : on vous annonce de la pluie et une tem­péra­ture de 20° tout le week‐end, mais il fait en réal­ité un temps incroy­able. Bon­heur. Côté scène Selec­tors, Red Greg et Ge‐ology se retrou­vent pour un B2B. On sent la com­plic­ité entre les deux DJs qui réus­sis­sent avec facil­ité l’exercice du mix à qua­tre mains – en pas­sant de morceaux aux rythmes presque trib­aux à des hymnes funk. Com­ment ne pas danser ? Plus tard, sur la Main­stage, Robert Hood prou­ve lors de son set hybrid (un DJ‐set sur lequel il rajoute des effets live) qu’il a défini­tive­ment ce petit truc en plus, cette énergie qui vous donne envie d’enchaîner sur un after alors que quelques heures aupar­a­vant vous vous étiez promis de ne pas vous laiss­er ten­ter. Direc­tion le Shel­ter donc, pour voir un Rød­håd dans son sérieux habituel qui met le pub­lic dans un état de transe général, le Berli­nois sachant com­ment envoy­er les danseurs tout droit sur la planète bon­heur.

Unfore­seen Alliance © Bart Heemskerk

Same­di, le live de Unfore­seen Alliance fait l’unanimité sur la scène UFO. C’est un réel plaisir de voir cette for­ma­tion ici à Dek­man­tel car leurs lives se font plutôt rares depuis les débuts du pro­jet en 2015. Sur scène, cha­cun a un rôle bien pré­cis, mais Vois­ki, Antigone, Zadig et Birth Of Fre­quen­cy for­ment bel et bien une alliance, une sorte de super‐machine à qua­tre têtes d’où sort une tech­no des plus racées. Dona­to Dozzy et Peter Van Hoe­sen pren­dront la suite du quatuor français, pour un set oscil­lant entre IDM et tech­no. C’est bien, mais c’est l’heure du Dek­man­tel Soundsys­tem – com­posé des deux fon­da­teurs du label et du fes­ti­val, Thomas Mar­to­jo et Casper Tiel­rooij, qui mon­trent leurs tal­ents de dig­gers hors pair sur la scène Selec­tors — pour ceux qui doutaient encore de leurs capac­ités de chineurs de l’extrême. Ce serait une haute trahi­son que d’aller à Dek­man­tel en oubliant d’aller écouter ceux qui, en 2013, se sont démenés pour don­ner vie à ce pro­jet fou. On s’était promis de ne pas “shaz­a­mer” du week‐end, mais la ten­ta­tion est rude avec les deux amis qui alig­nent pépites sur pépites. On tient bon, et cela même quelques heures plus tard lorsque Ben UFO mixe bril­lam­ment des rythmes kuduro, du dub tech­no et du garage. Une pause Boil­er Room s’impose. Non pas que l’on veuille parad­er à l’écran, mais un set d’Anthony Para­sole ne se loupe pas. Encore moins quand il tombe pile‐poil au moment du couch­er de soleil. Tech­no et sun­rise, qui dit mieux ?

Lar­ry Heard © Bart Heemskerk

Pour le dernier jour de fes­ti­val, Marie David­son monte car­ré­ment sur le booth pour un live synth‐punk dont elle a le secret. Elle avait dit adieux au dance­floor en 2016 mais elle prou­ve à Dek­man­tel qu’elle sait encore comme l’embraser, en pleine journée certes. Sur la Main­stage, Mr Fin­gers et Mr White, qui remet­tront le cou­vert en 2018 pour un nou­v­el album, livrent un live authen­tique : Lar­ry Heard est fidèle à lui même, plus en retrait que son cama­rade Chad White qui a beau­coup d’énergie à reven­dre. Ils enchaî­nent les anthems, et cha­cun dans le pub­lic vit ce moment par­ti­c­uli­er à sa manière. Cer­tains dansent comme des fous, d’autres sont en pleine intro­spec­tion. On se deman­derait presque si le mot deep n’a pas été inven­té pour ce duo. Après cette belle par­en­thèse made in Chica­go, place à Antal — la tête pen­sante der­rière Rush Hour — et Hunee, pour un B2B de clos­ing si épatant qu’on aimerait les suiv­re dans leurs folles virées chez les dis­quaires du monde entier. Il nous reste quand même du temps pour aller faire un nou­veau tour côté Boil­er Room, où Blawan ter­mine son set sous de nom­breux applaud­isse­ments. Hele­na Hauff prend la relève, tan­dis qu’un danseur grimpe sur une enceinte. C’est cer­taine­ment le meilleur spot pour avoir un vision à 360 de cette espace à mi‐chemin entre le bunker et la car­casse d’avion. On ne voit pas grand‐chose si ce n’est les nuques des per­son­nes devant nous mais qu’importe, il suf­fit de quelques min­utes pour que l’on soit trans­porté par la tech­no som­bre de l’Allemande. Plus tard, elle con­fiera ne pas être très sat­is­faite de son set mais vous aurez bien­tôt la preuve sur Youtube que c’était du très très haut niveau.

Alors que la musique s’arrête dans tout l’Amsterdam Bos, et que les fes­ti­va­liers se pressent vers la sor­tie, notre télé­phone vibre. C’est l’application du fes­ti­val qui nous envoie ce mes­sage : “Dek­man­tel 2017 is over, thank you and see you next year”. Déjà ? Bon ok, Dankjew­el Dek­man­tel !

Meilleur Moment : les 20 dernières min­utes de fes­ti­val devant Bev­er­ly Hills 808803, alias I‐F. “Acid will nev­er die !”

Pire moment : le type qui avait une radio émet­tant une boucle syn­thé­tique et qui voulait faire brûler sa servi­ette pen­dant le live de Lar­ry Heard. Bizarre.

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