Dream House” : quand deux ne font plus qu’une Âme

Fig­ures de la galax­ie Innervi­sions aux côtés de leur com­parse Dixon, les deux Berli­nois de Âme ont pris leur temps pour accouch­er de leur pre­mier véri­ta­ble album. Et loin de la house qui a fait leur répu­ta­tion, Kris­t­ian Bey­er et Frank Wiede­mann se sont attelés avec Dream House à un exer­ci­ce kraut‐house som­bre directe­ment inspiré par les pio­nniers du min­i­mal­isme.

Il y a treize ans déjà, en 2005, le morceau “Rej”, avec ses syn­thés sautil­lants et sa ryth­mique pro­gres­sive avait révélé au monde le duo alle­mand Âme, for­mé deux ans plus tôt. Il avait aus­si pro­fondé­ment mar­qué les dance­floors, se retrou­vant joué autant par les DJ’s house que tech­no, devenant un hymne instan­ta­né­ment recon­naiss­able, des gros clubs d’Ibiza au Berghain, de Paris à Tokyo, opérant une sorte de croise­ment entre le “Equinox” de Code 718 (alias Dan­ny Tenaglia) et le “Beau Mot Plage” d’Isolée. Entre New York et Berlin – pour faire court –, il avait imprimé sa mélodie obsé­dante dans l’inconscient col­lec­tif de la dance music dans ce qu’elle a de plus mag­ique. Orig­i­naires de Karl­sruhe, ville alle­mande moyenne située à la fron­tière avec la France, Kris­t­ian Bey­er et Frank Wiede­mann se sont con­nus parce que le deux­ième était un habitué de la bou­tique de disque du pre­mier, et qu’ils partageaient les mêmes goûts pour la house new‐yorkaise péri­ode Strict­ly Rhythm comme celle plus brute de Chica­go, la tech­no de Detroit comme la magie dub de Basic Chan­nel ou la sci­ence de la min­i­male de Mike Ink. En treize ans, alors que Âme aurait pu cap­i­talis­er sur le suc­cès mon­di­al de “Rej” et en sor­tir des clones à la pelle, le duo a con­stru­it patiem­ment son pro­pre univers. Accom­pa­g­nés de leur ami Dixon – acces­soire­ment con­sid­éré comme l’un des meilleurs DJ’s au monde –, Kris­t­ian et Frank ont dis­til­lé les sor­ties au compte‐gouttes, géré leur label Innervi­sions, mais aus­si leur shop Mut­ing The Noise et leur agence de book­ing Tem­po­rary Secret avec une métic­u­losité rare… Tout en mon­tant les fan­tas­tiques Lost In A Moment, leurs trop rares soirées organ­isées dans des endroits qui sor­tent de l’ordinaire et dev­enues mythiques.

Retour en studio

Par­tic­u­lar­ité, le duo s’est répar­ti les tâch­es, Kris­t­ian assur­ant les DJ’s sets de Âme pen­dant que Frank se charge des lives, tout en dis­til­lant, douce­ment mais sûre­ment, une autre manière de faire la fête, plus adulte, respectueuse et surtout exigeante. Un monde à part, un sup­plé­ment d’âme et d’exigence dans un busi­ness qui en manque sou­vent cru­elle­ment et qui, avec la sor­tie de Dream House, que le duo con­sid­ère comme son pre­mier véri­ta­ble album stu­dio, ajoute une pierre à la drôle de galax­ie house for­mée par Âme et Dixon. “Il y a trois ans, con­fie Kris­t­ian de pas­sage à Paris pour un DJ‐set le soir même, on s’est ren­du compte avec Frank qu’on était de moins en moins en stu­dio ensem­ble à com­pos­er des morceaux pour Âme, éparpil­lés entre nos familles respec­tives, nos week‐ends sur la route et la ges­tion du label. On s’est dit que nos ses­sions en stu­dio nous man­quaient et qu’on devait se motiv­er et y retourn­er sans savoir vrai­ment ce qui allait en sor­tir : un EP axé sur le dance­floor, des morceaux plus calmes, un album peut‐être ? On a dressé une liste com­mune de morceaux, d’albums et d’artistes qui ont eu une grande impor­tance sur nous, une sorte de mood­board en somme, un grand mélange avec beau­coup de krautrock des 70s et de la new wave des années 80s, et on a réfléchi à com­ment inté­gr­er ses influ­ences mar­quantes à notre univers.”

La suite à retrou­ver dans Tsu­gi 113, en kiosque ou sur notre bou­tique en ligne.

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