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26 juin 2018

« Dream House » : quand deux ne font plus qu’une Âme

par Patrick Thévenin

Figures de la galaxie Innervisions aux côtés de leur comparse Dixon, les deux Berlinois de Âme ont pris leur temps pour accoucher de leur premier véritable album. Et loin de la house qui a fait leur réputation, Kristian Beyer et Frank Wiedemann se sont attelés avec Dream House à un exercice kraut-house sombre directement inspiré par les pionniers du minimalisme.

Il y a treize ans déjà, en 2005, le morceau “Rej”, avec ses synthés sautillants et sa rythmique progressive avait révélé au monde le duo allemand Âme, formé deux ans plus tôt. Il avait aussi profondément marqué les dancefloors, se retrouvant joué autant par les DJ’s house que techno, devenant un hymne instantanément reconnaissable, des gros clubs d’Ibiza au Berghain, de Paris à Tokyo, opérant une sorte de croisement entre le “Equinox” de Code 718 (alias Danny Tenaglia) et le “Beau Mot Plage” d’Isolée. Entre New York et Berlin – pour faire court –, il avait imprimé sa mélodie obsédante dans l’inconscient collectif de la dance music dans ce qu’elle a de plus magique. Originaires de Karlsruhe, ville allemande moyenne située à la frontière avec la France, Kristian Beyer et Frank Wiedemann se sont connus parce que le deuxième était un habitué de la boutique de disque du premier, et qu’ils partageaient les mêmes goûts pour la house new-yorkaise période Strictly Rhythm comme celle plus brute de Chicago, la techno de Detroit comme la magie dub de Basic Channel ou la science de la minimale de Mike Ink. En treize ans, alors que Âme aurait pu capitaliser sur le succès mondial de “Rej” et en sortir des clones à la pelle, le duo a construit patiemment son propre univers. Accompagnés de leur ami Dixon – accessoirement considéré comme l’un des meilleurs DJ’s au monde –, Kristian et Frank ont distillé les sorties au compte-gouttes, géré leur label Innervisions, mais aussi leur shop Muting The Noise et leur agence de booking Temporary Secret avec une méticulosité rare… Tout en montant les fantastiques Lost In A Moment, leurs trop rares soirées organisées dans des endroits qui sortent de l’ordinaire et devenues mythiques.

Retour en studio

Particularité, le duo s’est réparti les tâches, Kristian assurant les DJ’s sets de Âme pendant que Frank se charge des lives, tout en distillant, doucement mais sûrement, une autre manière de faire la fête, plus adulte, respectueuse et surtout exigeante. Un monde à part, un supplément d’âme et d’exigence dans un business qui en manque souvent cruellement et qui, avec la sortie de Dream House, que le duo considère comme son premier véritable album studio, ajoute une pierre à la drôle de galaxie house formée par Âme et Dixon. “Il y a trois ans, confie Kristian de passage à Paris pour un DJ-set le soir même, on s’est rendu compte avec Frank qu’on était de moins en moins en studio ensemble à composer des morceaux pour Âme, éparpillés entre nos familles respectives, nos week-ends sur la route et la gestion du label. On s’est dit que nos sessions en studio nous manquaient et qu’on devait se motiver et y retourner sans savoir vraiment ce qui allait en sortir : un EP axé sur le dancefloor, des morceaux plus calmes, un album peut-être ? On a dressé une liste commune de morceaux, d’albums et d’artistes qui ont eu une grande importance sur nous, une sorte de moodboard en somme, un grand mélange avec beaucoup de krautrock des 70s et de la new wave des années 80s, et on a réfléchi à comment intégrer ses influences marquantes à notre univers.”

La suite à retrouver dans Tsugi 113, en kiosque ou sur notre boutique en ligne.

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