© Lila Azeu

20 ans de Solidays : 3 jours de love et un anniversaire record

212.000 fes­ti­va­liers ont foulé l’Hip­po­drome de Longchamp pour l’an­niver­saire de Sol­i­days : record d’af­flu­ence pour le fes­ti­val qui, depuis 20 ans, met en lumière la lutte con­tre le Sida. Trois jours de con­certs, de partage et de prise de con­science pour un pub­lic inten­sé­ment var­ié… Une grande réus­site.

Ven­dre­di, début tran­quille avec le hip-hop ciselé et col­oré de L’Or du Com­mun, avant le mélange surf-rock / rock-qui-tache de Requin Cha­grin sous la voix pure de Mar­i­on Brunet­to. On se dirige vite vers la scène Bagatelle pour voir un Eddy de Pret­to tou­jours aus­si classe, même dans une chemise sur-colorée à la lim­ite du bon goût. Le men­ton est haut, les textes mon­trent les mus­cles. Ses chan­sons sont scan­dées comme des hymnes par le pub­lic: “Quarti­er des lunes”, “Mamere”, “Nor­mal” et bien sûr “Fête de trop”… le “Kid” a fait du chemin. On le quitte le coeur un peu “Ran­dom” sous le soleil couchant. Après un tour rapi­de chez Brain Dam­age et Jain, on retrou­ve Nek­feu sur la scène Paris. Accom­pa­g­né par ses reufs Doums et Sneazzy, il met vite le feu et crée quelques remous dans la foule. Mais évidem­ment incom­pa­ra­bles aux pogos et aux cer­cles de danse qui se sont impro­visés devant le live de Bagarre. Et autant vous dire qu’on y a bouf­fé de la pous­sière par poignées. La rage aux com­mis­sures des lèvres, les canines scin­til­lantes, cinq mon­stres d’une énergie sex­uelle com­mu­nica­tive ont retourné le Dôme. De l’élec­tro sale, du dédain dans la voix et beau­coup d’amour : Bagarre, c’est le nou­veau rock ! “Danser seul ne suf­fit pas”, alors le pub­lic vibre comme un seul homme. La soirée s’achève avec deux lives de douce vio­lence, givrée cette fois-ci, par Mr. Oizo et Rebe­ka War­rior.

Les Soeurs de la Per­pétuelle Indul­gence © Olivi­er Samyde

Retour same­di à Longchamp pour une journée sous le signe de la com­mu­nion. D’abord avec Les Soeurs de la Per­pétuelle Indul­gence, un col­lec­tif queer qui livre un spec­ta­cle tout en humour cinglant et en bien­veil­lance préven­tive, avant la Céré­monie con­tre l’ou­bli devant la grande scène. Là, on scan­de les prénoms de ceux qui ont été emportés par le Sida cette année, on se tient la main en ligne, de grands patch­works sont déployés en éten­dards sur le son d’Antony & The John­sons “You Are My Sis­ter”… Moment de recueille­ment et d’é­mo­tion, qui se pro­longe avec les Maliens Amadou & Mari­am et surtout avec Her. Son chanteur Vic­tor Solf sem­ble très affec­té lorsqu’il chante le dernier sin­gle “Icarus” dédié à Simon Car­pen­tier, l’autre moitié du duo, décédé l’été dernier des suites d’un can­cer. Mais Vic­tor gère cette émo­tion et, avec une énergie féroce, il livre une soul empreinte de gospel pour un con­cert habité… Ca tran­spire le funk par ici. Mais pas le temps de lam­bin­er : sur la scène Bagatelle, Brux­elles arrive et ce serait dom­mage de la rater. Sur scène, Roméo Elvis est d’humeur taquine. D’au­tant plus quand la Bel­gique vient de ter­rass­er la Tunisie 5–2 en Coupe du Monde. Il déroule son album Morale2, il fait son habituel clin d’oeil à son pote Lomepal en reprenant quelques phras­es de “Yeux dis­ent”, puis chauffe le pub­lic à blanc en jouant avec lui. Dans la fos­se, c’est une marée humaine qui défer­le, dès le pre­mier morceau “Jaloux”. Plus tard devant le stand des objects trou­vés, on retrou­vera une pan­car­te “J’ai per­du un genou dans un pogo devant Roméo. Mer­ci de me con­tac­ter si vous le retrou­vez”. Pour la fin de soirée on retien­dra le clas­sic hip-hop de Chi­nese Man, les cuiv­res de Meute, la house trib­ale de Bam­bounou, la tech­no bru­tale et libéra­trice du tauli­er Arnaud Rebo­ti­ni… En oubliant assez vite les presta­tions d’Hun­gry 5 et surtout de David Guet­ta, hué pour son retard de 45 min­utes et un con­cert plus que moyen.

Her © Lila Azeu

Pour ce dernier jour, on retrou­ve Polo & Pan sous un Dôme bondé : coquil­lages, crus­tacés et élec­tro burnée. Ther­a­pie Taxi fait mon­ter la pres­sion avec “PVP” ou “Hit Sale” jusqu’à ce que Raphaël, l’un des chanteurs, fasse mon­ter une fan sur scène pour un bais­er tor­ride, sur le morceau “Bisous ten­dres” (voir directe­ment ce moment hot dans la vidéo ci-dessous). Défer­lement de groove sur Longchamp, d’abord avec Jun­gle entre basse ronde, déhanchés et har­monies à 4 voix… Puis FKJ jon­gle avec des boucles de basse, gui­tare, claviers, sax­o­phone et per­cus pour un live tran­spi­rant de soul. La madone Clara Luciani lâche une presta­tion élec­trique, ani­male et envoû­tante d’une voix droite qui transperce notam­ment sur “Eddy”, “Drôle d’époque” et “La Grenade”… Et le dernier con­cert du week-end a une saveur par­ti­c­ulière : les Mar­seil­lais d’I­AM fêtent eux aus­si un anniver­saire, avec les 20 ans du clas­sique L’é­cole du micro d’ar­gent. Les cheva­liers de l’apoc­a­lypse enchaî­nent les clas­siques, un pub­lic aux orig­ines divers­es les reprend en choeur… Et c’est sous la même étoile qu’on entend reten­tir les dernières mesures.


C’est épuisé et le coeur lourd qu’on quitte cette 20ème édi­tion. Rares sont les fes­ti­vals grand pub­lic où l’on peut ressen­tir autant de fer­veur, autant de rassem­ble­ment autour d’une cause com­mune. On ne compte plus le nom­bre de bais­ers, de câlins et autres moments de partage qu’on a pu observ­er pen­dant ces trois jours. Avant pra­tique­ment chaque con­cert, la foule enton­nait un “joyeux anniver­saire” reten­tis­sant et scan­dait haut et fort le nom de Sol­i­days. Le record d’af­flu­ence devrait “génér­er plus de 2 mil­lions d’eu­ros de fonds” selon Luc Bar­ruet, co-fondateur de l’as­so­ci­a­tion Sol­i­dar­ité Sida et patron de Sol­i­days. Un argent rever­sé prin­ci­pale­ment aux 100 asso­ci­a­tions, engagées, inno­vantes, venues du monde entier et présentes ce week-end au Vil­lage Sol­i­dar­ité. Sol­i­days, c’est aus­si un lieu de ren­con­tre, de forums, con­férences, expo­si­tions autour du thème du Sida, de la préven­tion et des évo­lu­tions de son traite­ment. Ce fes­ti­val pétri d’amour met en lumière des luttes qui con­tin­u­ent tout au long de l’an­née. Pour repren­dre les mots d’Ar­naud Rebo­ti­ni aux César qui affir­mait qu’ ”Act Up existe tou­jours et le Sida n’est pas qu’un film”, il faut garder en mémoire que le virus est tou­jours là et que Sol­i­dar­ité Sida, ce n’est pas qu’un fes­ti­val.

© Brice Dela­marche

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