El amigo Rebolledo

C’est l’un des DJs et pro­duc­teurs les plus fan­tasques du cir­cuit. En solo, au sein de Pachanga Boys ou à la tête du label Hip­pie Dance avec son binôme Super­pitch­er, Rebolle­do met son imag­i­na­tion débridée au ser­vice de pro­duc­tions aux atmo­sphères inclass­ables. Ren­con­tre avec un fou de voitures qui voit la musique comme une his­toire d’amitiés.

Un pro­duc­teur mex­i­cain de tech­no natif de la petite ville de Xala­pa et instal­lé à Paris, voilà qui ne manque pas de sel. Et pour­tant, à enten­dre Mauri­cio Rebolle­do, qui vient de pass­er une heure coincé dans les bou­chons pour nous rejoin­dre, cela s’est fait le plus naturelle­ment du monde. “C’est arrivé comme ça. J’ai démé­nagé en Europe il y a sept ou huit ans après la sor­tie de mes pre­miers dis­ques sur Cómeme. Je venais sou­vent à Cologne et je restais chez Super­pitch­er. Alors que nous étions sur notre pro­jet Pachanga Boys il y a cinq ans, il s’est instal­lé à Paris. Je l’ai suivi, pen­sant que cela allait dur­er trois semaines, le temps de finir l’album, mais j’ai ren­con­tré quelqu’un et j’ai décidé de rester.” À l’écouter, tout paraît effec­tive­ment flu­ide et sim­ple dans sa car­rière. De DJ ama­teur, il est passé rési­dent dans un gros club, puis pro­duc­teur, même s’il a un temps songé à aban­don­ner. “J’ai com­mencé le mix en 2002, comme un hob­by pen­dant mes études de design indus­triel à Mon­ter­rey. Petit à petit, cela a pris le pas sur mon cur­sus uni­ver­si­taire. J’avais du mal à trou­ver des lieux pour jouer, car les clubs locaux suiv­aient la ten­dance de la house trib­ale ou pro­gres­sive anglaise à la Glob­al Under­ground. Ma façon de jouer, robo­t­ique et un peu rock’n’roll ne cor­re­spondait pas du tout à la mode, et j’étais à deux doigts de tout laiss­er tomber. Puis en 2004, La San­tan­era, un gros club de Playa del Car­men, m’a appelé pour assur­er la sai­son d’été. Je venais de finir ma sco­lar­ité. Je pen­sais que cela allait dur­er deux ou trois mois, mais l’été ne s’est jamais arrêté.”

À La San­tan­era, Robelle­do affine son style et pro­gresse à la faveur de ren­con­tres. Les DJs invités, loin des canons de la house com­mer­ciale, comme Kid Loco, les Améri­cains Rub N Tug ou encore l’équipe du fes­ti­val mon­tréalais Mutek, défi­lent aux platines, et un jour, l’équipe de Kom­pakt débar­que au Mex­ique. C’est la nais­sance d’une ami­tié avec Michael May­er, Super­pitch­er et surtout Matias Aguayo, qui va lui met­tre le pied à l’étrier. “Je n’avais jamais pen­sé à faire ma pro­pre musique, j’étais très heureux aux platines et en plus je suis très mau­vais devant un ordi­na­teur. Mais par­fois, il me venait des idées d’atmosphères par­ti­c­ulières que je voulais amen­er sur le dance­floor. Or je n’avais pas les bons dis­ques. Cela a agi comme un déclic et j’ai dit à Matias que je voulais ten­ter ma chance. Il m’a demandé par curiosité de lui envoy­er le résul­tat de mes essais. Il a trou­vé ça prim­i­tif et rugueux, mais a bien aimé.” Après un cours accéléré sur Able­ton, qui lui ôte toutes ses peurs tech­nologiques, beau­coup de sueur et d’essais, Rebolle­do envoie “Pitaya Fre­nesí” à Aguayo. Un pro­duc­teur est né, un label aus­si, le morceau fig­u­rant sur la toute pre­mière référence de Cómeme.

DESIGNER D’EXPÉRIENCES

Huit ans après ses toni­tru­ants débuts der­rière des machines, Rebolle­do a eu le temps de s’exercer, réal­isant une grosse poignée de remix­es pour Cor­re­spon­dant, Tur­bo ou encore Kill The DJ, un album chez Cómeme en 2011 (Super Vato), un CD mixé chez Kom­pakt en 2014 (Momen­to Dri­ve). Et surtout un excel­lent deux­ième album, Mon­do Alter­ado, sor­ti l’an dernier sur sa nou­velle mai­son Hip­pie Dance, qu’il a fondée et dirige avec l’ami Super­pitch­er, avec qui il partage une atten­tion toute par­ti­c­ulière portée aux atmo­sphères, qui pri­ment de son pro­pre aveu sur l’esthétique musi­cale. “Il existe une con­nex­ion incon­sciente entre mes études de design indus­triel et la manière dont je pro­duis ma musique. Quand je des­sine, je ne pense pas tant à l’objet ou à sa forme qu’à l’impact qu’il va avoir sur les gens, et c’est la même chose avec mes morceaux…”

Si Mon­do Alter­ado son­nait comme rien de con­nu sur la scène tech­no actuelle, avec ses beats prim­i­tifs, ses ambiances lour­des et pro­gres­sives, Mon­do Re-Alterado, son pen­dant de remix­es, demeure lui aus­si hors des modes. La faute à Rebolle­do, qui con­fesse n’écouter que les pro­duc­tions de labels et d’artistes amis, que l’on trou­ve d’ailleurs der­rière ces relec­tures. Ce qui a pour avan­tage immé­di­at d’offrir une réelle cohérence à ce dou­ble album de remix­es, qui ne souf­fre d’aucun grand écart styl­is­tique. “Je n’avais jamais pen­sé à com­man­der des remix­es de mes morceaux, mais après la sor­tie de Mon­do Alter­ado, cer­tains ont com­mencé à me dire que cela les intéresserait de s’y attel­er. Cela a mis un an à se con­cré­tis­er, car ce n’était que des amis… à qui je n’ai don­né aucune dead­line. Je suis ravi du résul­tat, mais je n’en attendais pas moins d’un crew con­sti­tué de Dan­ny Daze, Fan­tas­tic Twins, Maceo Plex, Fan­go, Super­pitch­er, Mike Simon­et­ti ou DJ Ten­nis.”

Si vous êtes plutôt Spo­ti­fy :

VOITURES DE SPORT ET TALONS AIGUILLES

Con­clure une dis­cus­sion avec Rebolle­do sans évo­quer sa légère obses­sion pour l’esthétique des années 80 (voitures de sport ruti­lantes, talons aigu­illes et lunettes de soleil) serait crim­inel. “J’avoue, j’adore ça. La pochette de Mon­do Alter­ado est d’ailleurs une recréa­tion de l’affiche du film Risky Busi­ness. Quand je cher­chais à m’acheter une Porsche 928, j’avais cher­ché des pochettes de dis­ques avec cette voiture dessus, et la seule que j’avais trou­vée était celle de cette BO. Je l’ai telle­ment aimée que j’ai voulu la recy­cler. En fait, cela n’a été qu’une excuse pour m’offrir une Porsche.” (rires) Désor­mais sta­tion­née en Espagne, la voiture de ses rêves va bien­tôt pren­dre le chemin du Mex­ique, nou­velle étape de la vie de Mauri­cio. “Je me fais con­stru­ire depuis trois ans une mai­son à côté de celle de mes par­ents à Xala­pa, avec un nou­veau stu­dio et un minus­cule club per­son­nel où je vais pou­voir tester mes pro­duc­tions. Je vais désor­mais partager mon temps entre le Mex­ique et l’Europe. J’ai besoin de retrou­ver un équili­bre entre la vie à l’européenne dans les grandes villes et une vie plus pais­i­ble à la cam­pagne. Cela ne m’empêchera pas d’aller sou­vent à Mon­ter­rey, au club TOPAZdeluxe, que j’ai ouvert il y a quelques années avec des amis. Mais avant de démé­nag­er, je vais finir la ver­sion com­plète de ‘Here Comes The War­rior’, d’une durée de 40 min­utes, qui sera le morceau ‘sig­na­ture’ du pro­jet The Mayan War­rior, une énorme voiture au sound-system mon­strueux qui fait chaque année le tra­jet entre Mex­i­co et le Burn­ing Man. Va voir sur YouTube, c’est énorme !”

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