En direct des Chemical Brothers à la Fête de l’Huma

Une rave elec­tro anglaise dans la plus grande fête com­mu­niste de France, qui dit mieux ? Ce week-end au Bour­get, les Chem­i­cal Broth­ers se chargeaient de faire danser la jeunesse révo­lu­tion­naire de la Fête de l’Humanité. Récit. 

Les mau­vais­es langues diront Kamoulox. Les plus intel­li­gents préféreront en sourire. En arrivant à la Fête de l’Humanité, on se retrou­ve à 1000 lieux de n’importe quel autre fes­ti­val. Pin’s Fidel Cas­tro, ban­nières anti loi-travail et stands de fédéra­tions où jeunes et vieux débat­tent de l’avenir, avant de se réc­on­cili­er autour d’une bonne bouteille : la fête de l’Huma’ ressem­ble plus à un joyeux vil­lage gaulois foutraque qu’à un rassem­ble­ment de blogueuses modes de Coachel­la. Mais est-ce une mau­vaise chose ? La bonne humeur qui règne et la douce odeur de bar­be­cue qui flotte dans l’air nous rap­pelle une chose : un fes­ti­val, c’est surtout de la rigo­lade. Sauf quand il s’agit des Chem­i­cal Broth­ers. Après Rock En Seine l’an dernier, les deux britons étaient donc de retour à Paris pour ambiancer les jeunes fêtards com­mu­nistes de l’Humanité. Beau programme.

Un choc des cul­tures d’autant plus amu­sant que, juste avant la presta­tion du duo anglais, on assiste aux dernières min­utes du show d’une autre rock-star. Une vraie. Per­ruque blonde et lunettes noires sur la tête, Michel Polnar­eff enflamme la foule avec un “On ira tous au par­adis” (avec karaoke sur les écrans géants) final. Les Chem­i­cal ont la pres­sion. Et ils ne vont pas décevoir : 21h50, la lumière s’éteint sur la plaine de la Grande Scène, tan­dis qu’une reprise lanci­nante de “Tomor­row Nev­er Knows” des Bea­t­les reten­tit. Un clas­sique du groupe en con­cert. Pen­dant de longues min­utes, la chan­son, calme et poignante, se déroule, avant que les deux musi­ciens salu­ent la foule en même temps qu’ils se diri­gent au milieu de leur forêt de machines. Le ton devient alors plus acidulé, puisque le duo dégaine d’entrée son clas­sique “Hey Boy Hey Girl”. Comme à leur habi­tude les Chem­i­cal Broth­ers envoient des bass­es lour­des cou­plées à un jeu de lumière et des pro­jec­tions vidéo impres­sion­nantes. Les fans les plus aguer­ris pour­ront reprocher (à rai­son) au duo de réu­tilis­er des images et des effets util­isés sur scène depuis pas mal d’années. Mais au vu de la qual­ité de la per­for­mance, et du soin apporté à l’ensemble, dif­fi­cile d’avoir beau­coup de rancoeur.

Pen­dant tout le début du set, les clas­siques s’en­chaî­nent (“Do It Again”, “Go”) avant de par­tir sur des sonorités plus club avec des lasers dans tous les sens qui finis­sent de con­va­in­cre tout le monde. L’ambiance qui règne dans la plaine est assez à part : le Bour­get se trans­forme en rave joyeuse et din­go, on y danse dans tous les sens, des gens bal­an­cent des con­fet­tis à notre gauche, tan­dis qu’à notre droite on voit un fumigène rouge s’illuminer dans la nuit. La com­mu­nion avec le pub­lic est belle, et devient encore plus prég­nante lorsque le groupe entame l’émotionnel “Swoon”. Au même moment que le refrain explose, des bal­lons géants bal­ancés depuis la grande scène atter­ris­sent sur nos têtes. Un peu plus tard, une soucoupe volante et deux grands robots débar­queront aus­si sur la scène, pour impos­er encore plus la machine Chem­i­cal Broth­ers. Un Dis­ney­land élec­tron­ique ultra jouis­sif qui brûle les pieds autant qu’il irradie le cerveau avec ses effets de lumières dingues et épileptiques.

Ce qui sur­prend le plus, c’est com­bi­en le son du groupe arrive à rester dans l’air du temps : rien ne sonne ringard, vieux, ou usé. On danse sur des morceaux de quinze ans d’âge comme si de rien n’é­tait. On le remar­que encore plus lorsque, épuisé et heureux, les pre­mières notes ara­bisantes de “Gal­va­nize”, vieux de onze ans main­tenant, nous trans­portent une dernière fois dans la nuit. La plaine, enfumée et en furie, en réclame encore après deux heures de con­cert. Il est pour­tant l’heure du dernier métro : la lumière se ral­lume, on souf­fle un bon coup en regar­dant le ciel. Au même moment, l’écran prin­ci­pal affiche cette phrase qui s’accorde par­faite­ment avec l’ensemble de la presta­tion : “Don’t think”. Mer­ci, on n’y a pas manqué. 

Meilleur moment : On a beau avoir déjà vu le groupe en con­cert, “Swoon” reste un morceau qui pince le coeur et nous trans­porte dans un yoyo d’émotions en live. Snif. 

Pire moment : Un con­cert des Chem­i­cal Broth­ers, c’est beau­coup de fumée pour des super effets visuels. Moins rigo­lo quand on se trou­ve à prox­im­ité d’une souf­fleuse qui nous enfume la tête sans vergogne.

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