En direct du Neopop Festival à Porto

Cela fait 11 ans main­tenant que Viena Do Coste­lo vibre chaque été en mode grosse tech­no. Et une fois encore, l’édition 2016 ne déro­geait pas à la règle : Carl Cox, Nina Krav­iz, Pan-Pot, Ben UFO, Ben­jamin Dam­age, la citadelle a trem­blé sous une pro­gram­ma­tion aux petits oignions ! Récit.

Jeu­di : John Tal­abot, Unfore­seen Alliance, et des jambes en mousse

Dès le pre­mier soir, jeu­di, John Tal­abot nous accueille sur la Neostage, scène prin­ci­pale orne­men­tée d’une struc­ture imposante de néons et d’un écran géant. Et avec son mix tout en nuances mêlant longues nappes atmo­sphériques, gros pieds tech­no et petites pointes acides, le DJ espag­nol nous déroule le tapis rouge. Du “You’re wel­come” de Sven Dohse à l’hypnotique “Trans­pos­er” de Michael Kruck, il nous prou­ve à nou­veau toute l’étendue de son savoir-faire, tout comme l’Américain Solar sur l’Antistage qui vient sans aucun doute d’ajouter une pierre de plus à sa renom­mée sur le vieux con­ti­nent. Après un début de mix à l’ambiance som­bre et froide, il fait véri­ta­ble­ment décoller le pub­lic au bout d’un quart d’heure, notam­ment grâce à l’épileptique “Dis­so­ci­a­tion” de Silent Ser­vant, suivi par le “Com­put­er Beats” de DimDJ dont les vagues acides ont rapi­de­ment sub­mergé le dance­floor. Un set qui fera sans con­teste par­tie des grands moments du fes­ti­val, au même titre que le live d’Un­fore­seen Alliance ! Alors oui, il y a Xosar en face sur le line-up, mais le quatuor nous cap­tive en pro­posant un savant mélange de tech­no à la fois frontale, breakée et syn­thé­tique. Que ce soit sur la scène ou dans la fos­se, l’électricité est pal­pa­ble, et ce ne sont pas les mecs en train de danser dans la queue des toi­lettes ou au bar qui vous diront le con­traire ! Zadig revien­dra d’ailleurs aux platines aux alen­tours de cinq heures du matin, mais nos jambes avaient besoin de repos, et on s’est lais­sé tran­quille­ment rac­com­pa­g­n­er par le fameux “Poly” de Neu­tron jusqu’à la sor­tie du festival.

John Tal­abot par Rui Soares

Ven­dre­di : Antigone, Polar Iner­tia, et un burg­er qui pique

Si la pro­gram­ma­tion du ven­dre­di soir sur la Neostage aligne les gross­es têtes d’affiches (Carl Cox, Pan-Pot, Mata­dor…), celle de l’Antistage nous évo­quait déjà beau­coup plus la promesse d’une nuit de frénésie sous les étoiles, et on ne s’y est pas trompé. A com­mencer par le set d’Antigone qui dès le début s’affaire à retourn­er le cerveau de l’assistance à l’aide du “Major Axis” de Polar Iner­tia et de ce son de sonar qui nous hante encore aujourd’hui. Un mix au tra­vers duquel il baladera son pub­lic dans une tech­no indus­trielle, men­tale, mais tou­jours accom­pa­g­née par des ryth­miques fouil­lées : ici, l’autoroute 4x4 n’est pas la norme, et ça fait beau­coup de bien ! On aurait beau­coup aimé qu’il en soit de même pour Carl Cox, mais les morceaux s’enchaînent trop sou­vent de manière linéaire, sans relief. Alors oui, on n’a pas boudé notre plaisir non plus à danser sur toutes les pépites qu’il a bal­ancé, mais on aurait aimé un poil plus de nuances. Le bon côté des choses ? Cela nous aura per­mis de nous famil­iaris­er avec les foodtrucks du fes­ti­val et le fameux burg­er “Dragom” dont le nom vous a déjà mis sur la piste d’une sauce sévère­ment corsée au tabasco.


En atten­dant Carl Cox, par Rui Soares

En par­lant de cors­er les choses, on a pris le temps d’écouter Ini­go Kennedy, posé la bouche pleine au bord de la citadelle. En rel­e­vant dès le début le BPM, le patron du label Asym­met­ric annonce tout de suite la couleur : deux heures de mix sans con­ces­sion, à l’image de l’ambiance apoc­a­lyp­tique du morceau “Arsenic” de Shak­en Opus. Heureuse­ment, Polar Iner­tia est là pour tem­po­ris­er juste après. Le Français est sans aucun doute un inter­locu­teur de choix lorsque l’on par­le de tech­no comme d’une invi­ta­tion au voy­age. Enca­pu­chon­né, le Parisien s’amuse à tri­t­ur­er ses machines tout comme l’échine de son dance­floor. Au même titre que l’on joue avec un yoyo, il oscille entre sou­p­lesse et fer­meté, entre grandes plages syn­thé­tiques et ryth­miques cadencées, gar­dant ain­si tou­jours l’emprise sur son pub­lic ! Dona­to Dozzy n’a alors plus qu’à clore les débats en sur­fant sur la vague. Et quelle vague ! Une lame de fond si vio­lente qu’au moment d’entendre réson­ner les dis­so­nances du “Hel­le­gat” de Gun­nar Haslam, on s’inquiéterait presque pour la citadelle. Fort heureuse­ment, les archi­tectes de l’époque avaient vis­i­ble­ment prévu la défer­lante sonore.

Polar Iner­tia par CDpho­to Lab

Same­di : Fati­ma al Qadiri, Ben UFO, et tout fout le camp

Et au milieu de la tem­pête vint la brise, dès le lende­main soir : Fati­ma al Qadiri. A l’instar de son dernier LP, elle oscille entre tech­no et bass music, pro­posant un set qui, loin d’avoir ravi le pub­lic (tout le monde squat­tait le live de Birth of Fre­quen­cy) a au moins eu le mérite d’aérer un peu l’atmosphère. C’est d’ailleurs un point com­mun qu’elle partage avec Eti­enne Jaumet qui joue après elle. Le mem­bre de Zom­bie Zom­bie a même réus­si à ramen­er la foule vers la grande scène. Que ce soit avec son micro, son sax­o­phone ou der­rière ses syn­thés, il pousse les mélodies sur la longueur, flir­tant avec le psy­chédélisme, sans jamais en abuser. Une ouver­ture en grandes pom­pes d’une Neostage qui allait s’embraser pour la pre­mière fois ce soir là. Car si nous avons passé la majeur par­tie du fes­ti­val sur la scène indus, c’est bel et bien lors de cette dernière soirée que le dance­floor prin­ci­pal est devenu le théâtre de la folie sal­va­trice que seule la tech­no peut prodiguer. A com­mencer par Ben UFO qui a encore prou­vé ici toute sa valeur sans avoir l’air de forcer. Lançant les hos­til­ités en mode dance­hall, l’Anglais met le dance­floor à sac et réus­sit même à ramen­er la house au cœur du débat avec le “Final Cred­its” de Mid­land. Impressionnant.

La Neostage par Rui Soares

Il nous a fal­lu un moment pour nous en remet­tre, mais Ben­jamin Dam­age et Maceo Plex sont là pour nous aider. Entre le pre­mier dont les effluves d’Obsid­i­an imprèg­nent encore large­ment le live et un Maceo Plex qui depuis son pas­sage à Pea­cock n’en finit plus de met­tre le pub­lic à l’envers, on a préféré prof­iter plutôt que pren­dre des notes. Nous aus­si on aime bien fer­mer les yeux et oubli­er le boulot de temps en temps !

Meilleur moment : Ben UFO, des pail­lettes et des bal­lons de bau­druche géants !
Pire moment : Euh… c’est pour quoi les stat­ues d’animaux sur scène avec Maceo Plex ?

A not­er que la plu­part des sets de l’An­tistage se réé­coutent en stream­ing (ici pour le jeu­di, pour le ven­dre­di et pour le samedi). 

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