Daftworld avec le premier masque des Daft Punk / ©Daftworld

Est-ce que Daftworld, le plus grand fan de Daft Punk du monde, va bien ?

Après la sépa­ra­tion du duo français, on a lais­sé le temps à Djamel, 38 ans, de digér­er la nou­velle, avant d’aller lui deman­der ce qu’il pen­sait de tout ça. Djamel, c’est Daft­world, le plus grand fan auto­proclamé de Daft Punk.

Un monde à lui tout seul. Daft­world alias Djamel est à 38 ans le fan auto­proclamé numéro 1 de Daft Punk. Le 22 févri­er, ses idol­es annonçaient leur sépa­ra­tion après 28 ans de car­rière et qua­tre albums stu­dio légendaires. Dis­ant résider à “Robotville”, Djamel n’est pas n’im­porte quel fan de Daft Punk ; avec une col­lec­tion de good­ies dédiés au duo éval­uée dans les mil­liers d’euros et une con­nais­sance ency­clopédique du groupe, il est LE fan”. Une référence en la matière, puisqu’il ani­mait jusqu’en 2016 une page Face­book (depuis sup­primée) qui rassem­blait plus de 500 000 fans du monde entier ain­si qu’un blog et un compte Twit­ter tou­jours act­ifs. Alors que le duo, qui a pen­dant 20 ans été un repère dans sa vie, a décidé de met­tre fin à l’aven­ture, on lui a demandé com­ment il vivait tout ça et ce qu’il en pensait.

C’est dur, c’est un peu comme un cauchemar hon­nête­ment. En plus, le même jour, je fai­sais une colo­scopie : c’était vrai­ment une journée de merde.”

©Daft­world

Bon… Est-ce que tu tiens le coup ?

C’est dur, c’est un peu comme un cauchemar hon­nête­ment. En plus, le même jour, je fai­sais une colo­scopie : c’était vrai­ment une journée de merde (rires). On m’a aver­ti par tex­to, mon portable fumait de tous les mes­sages et je me dis : “Nan, c’est pas pos­si­ble !” J’ai même pas eu le courage de regarder la vidéo mais je savais déjà que c’était la fin, je savais qu’ils en étaient capables.

Tu en pens­es quoi de cette fin, toi ?

Bal­ancer une fin de film comme ça, c’est comme si c’était écrit, comme s’ils savaient que les robots pou­vaient dis­paraître. Je vois le truc comme ça : ils ont com­mencé humains avec Home­work, après ils sont devenus des robots avec Dis­cov­ery et avec Ran­dom Access Mem­o­ries, c’est comme s’ils étaient rede­venus humains et déca­dents… Il n’empêche qu’il est bizarre ce con­trat avec Colum­bia, non ? Je veux dire, ça ne vous étonne pas que le label ait accep­té qu’ils se bar­rent après un seul album ? Je sup­pose qu’il y aura un album “best of”, parce que sur la vidéo c’est écrit “2021” et l’année est loin d’être finie, donc il y aura sûre­ment quelque chose qui va sor­tir d’ici la fin de l’année… Aus­si, il faut le dire, ne pas créer une nou­velle vidéo ensem­ble pour l’oc­ca­sion, ça donne vrai­ment l’im­pres­sion d’une fin bâclée, prob­a­ble­ment qu’ils en avaient marre de ren­fil­er les cos­tumes… Franche­ment, ils auraient pu faire une belle vidéo esthé­tique comme ils savent le faire, là ils ont vrai­ment fait le ser­vice min­i­mum, c’est bizarre… Et dom­mage ; ce n’est pas un final à la Daft Punk.

C’est bizarre… Et dom­mage ; ce n’est pas un final à la Daft Punk.”

Pourquoi ont-ils fait ça comme ça selon toi alors ?

Je pense qu’ils voulaient libér­er les jeunes fans de l’at­tente de les voir un jour en live. C’est comme pour leur dire : « Vivez votre vie ». C’est ce qu’ils m’ont dit la pre­mière fois que je les ai ren­con­tré : “Ne vis pas ça avec autant d’in­ten­sité, pense à ta famille, il faut aus­si vivre sa vie et ne pas tout dépenser pour Daft Punk.” Je pense égale­ment que le fait d’être casqué les saoulait : on voy­ait que Thomas [Ban­gal­ter], étant mar­ié à l’ac­trice Elodie Bouchez, avait beau­coup plus de mal à se cacher. On l’a vu démasqué plusieurs fois, aux États-Unis, pour la man­i­fes­ta­tion de Char­lie Heb­do ou la Coupe du monde. Je pense qu’il en avait marre. J’écoutais aus­si récem­ment des inter­views à pro­pos de RAM et je me rendais compte qu’elles com­mençaient à les agac­er, notam­ment cer­taines ques­tions de jour­nal­istes du style « est-ce que vous n’êtes pas un peu tombés dans le com­mer­cial ? » Ils en avaient un peu marre de ça aussi.

 

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Donc ce n’est pas vrai­ment la fin ?

Pour moi, c’est une pause. Je pense que pour l’in­stant, ils veu­lent se con­cen­tr­er sur leur car­rière solo. Ensem­ble, sous Daft Punk, ils n’ont plus rien à apporter, les qua­tre albums à eux seuls expliquent tout. Ils ont bouclé la boucle avec RAM parce que c’était un peu un Dis­cov­ery plus musi­cal, avec de vrais musi­ciens, de vrais instru­ments ; ils ont bouclé leur discogra­phie. S’ils refai­saient un nou­v­el album, ce serait se répéter. Ils revien­dront quand ils le sen­tiront… Et puis j’ai tou­jours eu cet espoir que, vu que ce sont des robots, ils ne peu­vent donc pas vieil­lir mais met­tre d’autres per­son­nes dessous, à la place. Ils sont tous les deux papas, ils pour­raient y met­tre leurs enfants pour repren­dre le flam­beau, ce serait mag­nifique ! La dynas­tie aura alors com­mencé avec le grand-père Daniel Van­garde (père de Thomas Ban­gal­ter et producteur-compositeur de musique des années 70, ndlr) puis le fils, puis les petits enfants.

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Tu con­sacrais beau­coup de temps à Daft Punk. Que vas-tu faire de ton libre maintenant ?

Ah, grande ques­tion ! Ça me fait bizarre, c’est sûr. D’un côté, ça m’enlève un poids vu que je n’aurai plus la col­lec­tion d’ob­jets à con­tin­uer ; ça m’a pris beau­coup de temps mais je peux encore la peaufin­er un peu, il y a tou­jours quelques petits arte­facts à chop­er… De toute façon, on va les revoir en solo et je vais pou­voir suiv­re ça et con­tin­uer mon petit bon­homme de chemin en tant que fan. Je serais bien ten­té de faire des hom­mages, des trib­utes, si je suis approché par un pro­mo­teur de soirée… Attends deux sec­on­des… [Il part quelques sec­on­des puis revient] Désolé, le lapin de la famille est décédé, les enfants sont tout chamboulés…

Tu n’as pas de regret qu’ils soient par­tis après tout ce temps investi ?

Non, au con­traire, je respecte vrai­ment ça, ils n’ont pas fait l’album de trop. On a atten­du huit ans après RAM, on a eu le temps d’écrire 10 000 fake news sur ce qu’ils allaient sor­tir ensuite ; moi, je me dis­ais qu’ils bos­saient mais que ça ne débouchait sur rien. Si c’é­tait le cas, il valait mieux arrêter là. Ah j’aurais telle­ment aimé être une petite souris dans leur stu­dio pour voir com­ment ça se pas­sait ! (Rires)

J’ai été un fan exemplaire !”

Et toi surtout, en tant que fan, tu n’as pas l’im­pres­sion que ce que tu as con­stru­it ne sert aujour­d’hui plus à rien ?

Pas du tout, c’était super ! Et j’ai été un fan exem­plaire j’ai envie de dire ! Il y a même eu telle­ment de légen­des urbaines sur moi, comme quoi je serais un stalk­er. Il y a des groupes Face­book lati­nos et améri­cains qui pensent que je le suis vrai­ment, que je séquestre les Daft quand je les vois, que j’ai pris des pho­tos du fils de Thomas quand il est né à la mater­nité, vrai­ment ! En fait, la nais­sance de mon fils a eu lieu presque en même temps que celui de Thomas, donc j’avais posté une pho­to de mon fils en dis­ant que nos enfants respec­tifs étaient nés presque au même moment, à deux mois d’écart, et ils ont repris ça en pen­sant que je postais des pho­tos du fils de Thomas ! Mais je ne regrette rien, j’ai été respectueux. Après, j’avoue que j’ai pas mal partagé des pho­tos d’eux démasqués sur mon compte Face­book [aujour­d’hui fer­mé, ndlr]… Mais j’ai fait du tri.

Qu’est-ce qu’il s’est passé avec ta page fan Face­book, pourquoi a‑t-elle disparu ?

Ah ben c’est les joies de Face­book hein ! Mais tant mieux j’ai envie de te dire, parce que je n’ai jamais eu envie d’être une sorte Youtubeur, moi, je reste dans le secret, je ne suis pas là pour m’afficher. C’était une belle aven­ture et ça va con­tin­uer, c’est sûr !

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C’est sûr, quand on ren­con­tre ses idol­es, c’est là qu’on devient vrai­ment investi. Surtout quand ils sont gen­tils, bien­veil­lants comme ça, tu te dis que t’es amoureux d’un groupe qui en vaut la peine. Ce sont vrai­ment les gars les plus cool du monde.”

Quel est le plus beau sou­venir que tu gardes de toute cette aven­ture comme tu dis ?

C’est l’album Dis­cov­ery. Wow, quelle claque ! C’est avec cet album que j’ai décou­vert la musique élec­tron­ique et leur univers. Le mélange de house fil­trée et de man­ga, c’était vrai­ment unique à l’époque. Mais il y a aus­si ma pre­mière ren­con­tre avec eux, c’est ça qui m’a fait devenir LE fan. C’é­tait lors de l’avant-première d’Inter­stel­la 5555 à l’UGC de Bercy en 2003, j’avais réus­si à chop­er une place au dernier moment. Pen­dant l’entracte, j’étais en train de cha­parder une affiche du film quand je me suis retourné et Guy-Man et Thomas étaient là. J’étais peint en bleu et tout, je m’étais déguisé comme un per­son­nage d’Inter­stel­la. On s’est par­lé, ils ont vu mon engoue­ment, ça a duré peut-être cinq, six min­utes et j’ai eu mes pre­miers auto­graphes. Je les ai revus ensuite qua­tre ou cinq fois. Un autre moment drôle, c’est la fois où j’ai vu Thomas Ban­gal­ter en train de danser sur son track “Rollin’ & Scratchin’ ” dans un DJ set de David Guet­ta pour la release par­ty de son album Ghet­to Blaster. C’était donc en 2004, quelque chose comme ça ; je sup­pose que David l’avait invité, et Thomas était au milieu de la foule à danser et per­son­ne ne le recon­nais­sait, c’était fou !… C’est sûr, quand on ren­con­tre ses idol­es, c’est là qu’on devient vrai­ment investi. Surtout quand ils sont gen­tils, bien­veil­lants comme ça, tu te dis que t’es amoureux d’un groupe qui en vaut la peine. Ce sont vrai­ment les gars les plus cool du monde.

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