FESTIVAL YEAH ! : la fête au château

Dif­fi­cile de trou­ver plus dépaysant, chaleureux et famil­ial que le Fes­ti­val Yeah!, dont la déjà 7e édi­tion a eu lieu le week-end dernier dans le Luberon. La cooli­tude garantie au sein d’un cadre excep­tion­nel : le château de Lour­marin, situé sur les hau­teurs à la sor­tie du vil­lage. C’est dans cette bâtisse du 15e siè­cle édi­fiée sur les ruines d’une forter­esse datant, elle, du 12e, que bat le poumon du fes­ti­val, co-organisé par le région­al de l’étape, Lau­rent Gar­nier. Les trois jours de con­cert ne se lim­i­tent pas au château, la fête est omniprésente dans tout le vil­lage. Au point que presque tous les habi­tants se sen­tent con­cernés par les fes­tiv­ités. Aux qua­tre coins de ce St Tropez des Alpilles sont organ­isés des chas­s­es aux tré­sors pour les enfants, des con­cours de pétan­ques et de tartes, un grand loto, une expo, un brunch détox, la dégus­ta­tion d’un cru local, une bourse aux vinyles… La musique résonne évidem­ment aus­si partout grâce à d’innombrables live et dj sets. Per­son­ne n’est oublié ! La fête est partout.

Chaque soir, la petite cour du château affiche com­plet avec 1200 festival(yeah)s ravis d’en faire par­tie. La par­ty du ven­dre­di reste tran­quille. En fin de soirée, la tech­no prim­i­tive de Nova Mate­ria donne quand même de l’ampleur à cette pre­mière soirée jusqu’ici plutôt sage. On ren­tre véri­ta­ble­ment dans le vif du sujet le same­di. Le pub­lic est accueil­li par des trav­es­tis sor­tis tout droit — ou pas — d’Alice au pays des mer­veilles. Char­mant et décalé. Au pied du château, l’espace mer­chan­dis­ing est au bord d’une pinède. Stands de t‑shirts, vinyles et restau­ra­tion se con­fondent. Une R12 “Starsky et Hutch” avec une planche de surf accrochée sur le toit fait son effet. Vin­tage à mort.

Leonie Per­net ouvre le bal du same­di. Décol­lage réus­si pour la parisi­enne venue présen­ter son pre­mier album Crave. Accom­pa­g­née depuis deux mois par son amie Marie Mil­lion, elle bluffe par sa séduisante et per­cu­tante maîtrise de la bat­terie (“Nan­cy”), du chant et des claviers. Le klaus nomien « Crave » et le mini tube pop “But­ter­fly”, deux som­mets de son album, sont joués sous le regard béat du fidèle Moustik et celui bien­veil­lant de Lau­rent Gar­nier, présents back­stage. “On était hyper con­tentes de jouer ici, nous a con­fié le lende­main Léonie Per­net. Lau­rent (Gar­nier) a été très accueil­lant et on a eu de très bons retours du con­cert. Avec Marie, on a de quoi être ravies. Du coup, là, je me fais un jour off (le dimanche), un pur week-end pour kif­fer le fes­ti­val et ce cadre mag­nifique.”

On change d’ambiance avec Snapped Ankles, quatuor lon­donien au sacré look : blous­es, et perruques-barbes dread­locks. Envelop­pé d’une lumière verte, leur dub trib­al post-punk quelque peu expéri­men­tal emballe le pub­lic. Ça tape dans les mains, ça crie. On n’est par­fois pas loin du pogo. Le final à ral­longe est incan­des­cent. Du feu, on passe aux glaçants The Psy­chotics Monks, qui indif­fèrent davan­tage avec leur rock métallique psy­ché et bruitiste. « Ça ne rigole pas », entend-t-on dans le pub­lic. On en prof­ite pour aller tester le Clas­sic Burg­er et refaire le plein de rosé, avant Under­ground Sys­tem, qui clô­ture cette deux­ième soirée. Issu de Brook­lyn, le groupe refait mon­ter le mer­cure grâce au charisme de sa chanteuse — coupe afro per­ox­y­dée et pan­talon moulant – et à des tubes déjan­tés comme “Just a place”. Elle passe d’un micro en forme de télé­phone rouge à l’ancienne à un hygia­phone. Musi­cale­ment et scénique­ment, un joyeux bor­del métis­sé !

Dimanche, le rendez-vous (incon­tourn­able) pour tout club­ber qui se respecte est fixé au ten­nis club. Le célèbre Camion Bazar y a pris ses quartiers pour un après-midi entier de fête et d’hédonisme. Sous le ciel un brin cou­vert de Lour­marin, les insé­para­bles Romain Play et Benedet­ta enivrent la foule pieds nus, con­quise au plus haut point. Leur house éclec­tique illu­mine les vis­ages. Le temps s’est arrêté, et surtout, per­son­ne ne veut que ça s’arrête.

Retour au château pour la dernière ligne droite. Laake et sa vio­lon­cel­liste ani­ment avec classe et brio le before avant l’ouverture des portes, entre savoureux hot dog chorizo-avocat et planch­es ibériques. En contre-haut, dans la cour, Gar­nier appré­cie le set. Ce dernier — sous le sobri­quet de DJ Jean Bon et habil­lé d’un t‑shirt « Etal+ » — lance à son tour les hos­til­ités avec un mini dj set pour le moins éclec­tique avant le pre­mier groupe, Yacht Club. Ça démarre fort avec Robert Miras et son « Jésus est né en Provence », avant d’enchaîner avec Michel Fugain “Fais comme l’oiseau” et un “Bohemi­an rhap­sodie” d’anthologie. Moment solen­nel. La foule est en com­mu­nion. Dif­fi­cile de pass­er après ça. Yatch Club ne cap­tive effec­tive­ment pas plus que ça. Phoebe Killdeer, accom­pa­g­née des Short Straws, est ensuite déchaînée avec son rock qui sent bon l’Amérique et les années 70. Ça fonc­tionne mais tout le monde attend le dernier pas­sage de Lau­rent Gar­nier, et les 2manydjs. Gar­nier finit en trombe et met le feu notam­ment avec “Bel­la Ciao” de Goran Bre­gov­ic et le “Fol­low me, Fol­low me” de Tejo remixé par Fat­boy Slim. Il n’y aura pas eu ambiance plus sur­voltée que lors des inter plateaux pos­sédés du pape Lolo Gar­nier. C’est une évi­dence et un plaisir immod­éré. Avant d’entrer en piste, David Dewaele, le cadet des deux fran­gins 2manydjs nous a avoué : “C’est un hon­neur énorme que Lau­rent nous ait invités. On vient d’ailleurs de lui dire que c’est unique de jouer ici, c’est pour nous un des tops shows de l’année.” Le charme opère direct. De Her­cules Love Affair “Blind”, à Vital­ic “Le rock 01” en pas­sant par Blur “Girls and boys”, Marie David­son “Work it”, Green Vel­vet “Laz­er Beams”, Jaydee “Plas­tic Dream” et Jacques Dutronc “Les cac­tus”. Un véri­ta­ble feu d’artifice de tubes le plus sou­vent remixés. C’est par­fait. Comme ce Fes­ti­val Yeah !

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