Fête de la musique à l’Elysée : l’électronique prend la République

Il l’a dit, il l’a fait. Pour la fête de la musique, Kid­dy Smile, le DJ et pro­duc­teur parisien icône de la scène vogu­ing, est mon­té sur la scène de l’Élysée avec ses danseurs trans­gen­res. Sur son t‐shirt, les mots “fils d’immigrés noir et pédé”, façon de pro­test­er con­tre la loi asile et immi­gra­tion à laque­lle l’artiste s’oppose. Der­rière lui, les vieilles pier­res, les dra­peaux français et européen. Le sym­bole est fort.

On savait que la fête de la musique serait l’occasion de faire pass­er un mes­sage au Prési­dent de la République. Le cou­ple Macron sem­ble d’ailleurs l’avoir bien reçu, et avec le sourire si l’on se fie à la pho­to sou­venir.

Mais Kid­dy Smile n’a pas non plus per­du de vue l’objectif ini­tial de la soirée, ce pour quoi Busy P a décidé de le pro­gram­mer : trans­former la cour du palais prési­den­tiel en dance­floor. Et la playlist per­me­t­tait de voguer sere­ine­ment : on retient un beau pas­sage par Chica­go représen­té par le “Brighter Day” de Cajmere, plus l’hymne dis­co de la nation gay : “Born This Way” par Carl Bean. Le tout entre­coupé d’afrotrap avec “Faut qu’ça pète” de Sisi K qu’un type en costard qui pas­sait par là croit recon­naître : “C’est pas du Boo­ba ça non ?”. Non.

En fer­mant les yeux, l’Elysée ressem­blait donc à un club. Sans alcool dans la bière, mais avec un sys­tème son qui per­me­t­tait de s’amuser et des DJs de qual­ité – Out­re Kid­dy Smile on retient Cezaire et Chloé qui ont ouvert le bal avec de bons warm up, var­ié pour le pre­mier, résol­u­ment tech­no et deep pour la sec­onde. Chloé qui a d’ailleurs démar­ré son set par des “Do not try to get rich, that’s impos­si­ble (…). Do not try to escape pover­ty, that’s impos­si­ble” scan­dés — ça pose le décor. En clos­ing ? un DJ set du Prési­dent du soir — Pedro Win­ter – qui a pêle‐mêle bal­ancé du Star­dust et du Frankie Knuck­les, rece­vant même une acco­lade d’Emmanuel Macron sur “Your Love”. On regret­tera peut‐être que Kavin­sky ait prof­ité de cette entrée his­torique de l’électro à l’Elysée pour y gliss­er des gross­es tur­bines dub­step.

L’ambiance, for­cé­ment, était un peu par­ti­c­ulière. L’Elysée n’est pas un lieu dans lequel les danseurs se sen­tent tout à fait libres de leurs mou­ve­ments. Tout ici appelle au sérieux, y com­pris le beau pan­neau “inter­dic­tion de fumer” trô­nant dans la cour. “A un moment j’ai dû pos­er mon gob­elet dans le pot d’un arbus­tre pour avoir les mains libres. C’est étrange mais j’avais l’impression de faire quelque chose d’illégal”, explique Pierre, posé sur une marche avec ses potes, entre la cour et l’espace buvette. Pas vrai­ment le Berghain, l’Elysée, mais une forme de beauté et de poésie se déga­gent quand même de l’événement, comme si deux dimen­sions par­al­lèles finis­saient par se crois­er durant quelques heures. Les jeux de lumières sur la façade de l’édifice don­naient égale­ment une impres­sion de sur­réal­isme, ren­voy­ant l’image d’une récep­tion diplo­ma­tique sous acides. Pour l’apparition, en fin d’événement, d’Emmanuel et Brigitte Macron, la foule, dense en début de soirée, était bien clairsemée. Beau­coup étaient déjà ren­trés mais ce soir‐là, c’est vrai, il fai­sait un peu frais.

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