Crédit : Nicko Guihal / Zénith Paris La Villette

Feu! Chatterton au Zénith de Paris : plus grand que nature

C’est quoi un con­cert ? Et encore mieux, c’est quoi un con­cert réus­si ? Une relec­ture avec maes­tria d’un cat­a­logue, avec inter­lude à échang­er avec le pub­lic, tube et reprise bien sen­tie en rap­pel (en l’oc­cur­rence “Syra­cuse”), et salut final plein d’é­mo­tion sous une stand­ing ova­tion ? Il y avait tout ça au con­cert de Feu! Chat­ter­ton au Zénith de Paris le jeu­di 24 jan­vi­er. Con­cert réus­si, donc. Mais le quin­tet parisien est allé au-delà de tout ça et a pro­posé autre chose, un je-ne-sais-quoi qui a trans­for­mé leur con­cert en spec­ta­cle. Arthur Teboul, le chanteur, y a racon­té des his­toires, son allure de dandy un poil bour­ré chevil­lé au cos­tume trois-pièces. Peut-être qu’il y a de lui dans ces paroles, comme sur le tou­jours poignant “A l’aube” racon­tant le départ vers d’autres con­trées d’un ami proche. Mais le groupe a tou­jours gardé une dis­tance de grands con­teurs au long de cette setlist où le chant suran­né, avec dic­tion à la Aznavour, se cogne à une BO rock ou vague­ment jazz bien plus mod­erne. Arthur a beau bal­ancer un “j’ai grand besoin de m’é­panch­er” entre deux titres ou se racon­ter sur “Sou­venir”, c’est fait avec une telle classe et une telle pudeur que cha­cun peut trans­pos­er les siens, de sou­venirs, sur cette grande épopée en musique d’un peu moins de deux heures. Et en cela, avoir invité Cat­a­stro­phe (voir Tsu­gi 109) en pre­mière par­tie était très malin, puisque le col­lec­tif touche plus au théâtre musi­cal qu’au con­cert au sens clas­sique du terme. Longs mono­logues appelant à vivre pleine­ment et sans peur du ridicule, dans­es décom­plexées, chan­sons dont on ne sait pas vrai­ment s’il s’ag­it de foutage de gueule ou non (“Nuggets”, ça par­le de pépites d’or métaphoriques ou de poulet frit?), hap­pen­ing con­sis­tant à manger, lit­térale­ment, les peurs des spec­ta­teurs inscrites sur des petits bouts de papi­er… C’est à un con­te en musique que nous ont invités les Cat­a­stro­phe, avec comme envie affichée de cham­bouler le pub­lic et de le faire réfléchir sur sa pro­pre manière d’ap­préhen­der la vie. Un spec­ta­cle donc, qu’on pen­sait, aus­si bien pour Cat­a­stro­phe que pour Feu! Chat­ter­ton, dif­fi­cile­ment trans­pos­able dans une grande salle froide comme le Zénith. Faux : il s’est passé quelque chose ce jeu­di soir là. Quelque chose d’un peu plus grand qu’un con­cert.

Crédit : Nicko Gui­hal / Zénith Paris La Vil­lette

Crédit : Nicko Gui­hal / Zénith Paris La Vil­lette

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